Pourquoi Makro doit changer de concept

©Dominic Verhulst/dotch.be

Deux ans après une première restructuration, le groupe Metro envisage de supprimer plus de 500 emplois en Belgique. Principal victime: Makro.

Nouvelles coupes claires dans la distribution belge. Après Carrefour, Makro (déjà), Cora, Home Market et Delhaize,  Metro a annoncé, lors d’un conseil d’entreprise, son intention de mettre en œuvre un plan de transformation qui pourrait entraîner la suppression de 505 emplois, soit 1/6ème des effectifs. Deux ans après avoir supprimé 374 postes chez Makro, le géant allemand de la distribution, qui figure dans le top 10 mondial du secteur, active donc à nouveau le couperet.

Le groupe Metro compte trois enseignes en Belgique: Metro, Makro et Media Markt:

  • La première s’adresse aux professionnels de l’Horeca et aux épiceries via neuf magasins,
  • La deuxième vise les indépendants et les familles (via une carte clients) au travers de six hypermarchés.
  • La troisième, active dans l’électronique et l’électroménager, n’est pas concernée par l’opération. À l’échelle internationale, Metro est d’ailleurs en cours de scission avec d’un côté l’alimentation, de l’autre l’électro.

Restructuration bis

Déjà touché il y a deux ans, c’est surtout Makro qui est concerné, même si le groupe n’a pas voulu communiquer la répartition des pertes d’emploi entre enseignes "par respect pour les représentants du personnel et les discussions que nous allons avoir avec eux", nous a indiqué la porte-parole Julie Stordiau.

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"Après la restructuration d’il y a deux ans et les efforts faits par le personnel en matière de flexibilité et de polyvalence, cela nous a surpris, même si le chiffre d’affaires de Makro est en fort recul", déplore Jean-Pierre Boninsegna, secrétaire fédéral du Setca. Lors de l’exercice décalé 2014-2015, achevé fin septembre dernier, le chiffre d’affaires consolidé des deux enseignes est en effet passé de 1.094 à 998,6 millions d’euros, imputables essentiellement à Makro. Cette baisse de chiffre d’affaires (95,4 millions) équivaut à l’équivalent d’un magasin selon le magazine spécialisé "Gondola". Ces trois dernières années, le groupe a affiché des pertes nettes qui ont culminé à près de 33 millions d’euros en 2014-15. Le résultat d’exploitation s’affiche également dans le rouge (-28,2 millions) de même que le cash-flow (-25,3 millions).

Modèle sous pression

Les difficultés de Makro illustrent celles du concept d’hypermarché qui ont amené ces dernières années les principaux acteurs, Carrefour et Cora, à sabrer dans leurs effectifs et à repenser le modèle, concurrencé par les enseignes spécialisées (Ikea, H&M, Decathlon, Media Markt…). Makro s’y est essayé il y a deux ans en centralisant davantage la logistique, ce qui devait permettre, selon Christophe Sancy, rédacteur en chef de "Gondola", plus de personnel en magasins pour la vente. En vain. L’enseigne souffrait aussi d’un manque d’investissement en marketing. "Peu de gens savent que Makro, moyennant l’obtention d’une carte clients, est accessible à tout le monde et pas seulement aux indépendants", reconnaît la porte-parole.

La situation délicate de l’entreprise explique que, contrairement à ceux de Delhaize, qui réalisait des bénéfices lors de l’annonce du plan social en 2014, les syndicats de Metro gardent leur calme, d’autant qu’aucune fermeture de magasin n’est prévue. "La procédure d’information et de consultation est en cours. Nous allons réunir nos délégués lundi et déterminer ensuite notre position mais on ne peut exclure des réactions émotionnelles d’ici là, précise Jean-Pierre Boninsegna. En tout cas, il ne peut être question de licenciements secs." "Nous allons tout faire pour les éviter et étudier toutes les pistes comme la prépension, les départs volontaires, etc., répond Julie Stordiau. "Il n’y a pas assez de prépensionnables", prévient cependant le syndicaliste.

Investissements

La restructuration — qui n’a rien à voir avec la prochaine scission du groupe, nous dit-on — n’est pas pure et dure. Le groupe annonce un investissement de 61 millions d’euros dans les deux enseignes.

Désormais, Makro va s’orienter vers deux types de clients: les particuliers et les professionnels de la construction/rénovation et du jardinage. L’enseigne se concentrera en outre sur trois spécialisations: l’alimentation de qualité, la fête (nourriture, décoration…) et la maison (aménagement, décoration….).

Makro entend aussi sous-traiter à des partenaires extérieurs, selon une formule à déterminer, les rayons textile et électro car il ne peut rivaliser avec les chaînes spécialisées de ces secteurs. Des investissements seront aussi consentis dans l’attractivité des magasins ainsi que dans une approche plus simple en termes de logistique et d’administration.

Quant à Metro, qui va bien mieux, il se concentrera sur l’Horeca au détriment des épiceries. Il sera organisé via une plateforme centrale, et non plus magasin par magasin. "Ceci permettra d’offrir aux restaurateurs une plus grande flexibilité horaire", assure Julie Stordiau.

En outre, l’enseigne poursuivra son expansion. Un nouveau magasin s’ouvrira bientôt à Anvers. Charleroi devrait suivre. Au total, Metro estime son potentiel à une quinzaine de magasins en Belgique. Enfin, les services centraux qui opèrent aujourd’hui pour les deux enseignes seront scindés. Des sièges centraux spécialisés seront créés pour les deux chaînes et seront installés à proximité des points de vente. C’est notamment là que des emplois devraient être perdus.

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