Prix des aliments: pas d'inquiétude

L’augmentation du prix des céréales n’aura pas d’impact sur les coûts des brasseurs ni sur le prix de la bière, du moins pas à court terme. Pas de panique non plus pour les autres produits alimentaires. Seuls les producteurs de viande belges se montrent quelque peu inquiets.

"Il n’y a aucun problème de pénurie, mais plutôt une réaction hystérique des spéculateurs aux incendies en Russie, affirme Théo Vervloet, président de la fédération des brasseurs belges. Lundi, les prix avaient déjà baissé de 5 % suite à des déclarations des Etats-Unis disant qu’ils avaient des réserves et du Canada disant qu’il aurait assez de blé. En outre, les brasseurs belges n’achètent pas leur orge en Russie, mais sur les marchés européens; or dans le nord de la France, en Hollande, en Irlande, en Grande-Bretagne, en Allemagne, il n’y a pas eu de problème de récolte. Ensuite, ils n’achètent pas au moment de la récolte, mais avant ou après, par contrat. Certains sont couverts pour plusieurs années. Celui qui ne l’est pas paiera un peu plus cher, mais la fraction de l’orge dans le prix de revient n’est que de 25 %. La productivité des brasseurs a en outre augmenté. Il ne faut pas paniquer. Une augmentation de 10 à 20 % de l’orge mènerait à une hausse du prix de 1 %."

Un avis que partage l’agence de notation Fitch. "Dans un scénario extrême, un doublement du prix de l’orge réduirait la marge brute de grands brasseurs, généralement comprise entre 45 % et 55 % des ventes, à concurrence de 3 % à 5 % des ventes, estime Giulio Lombardi, senior director chez Fitch. Toutefois, à l’exception possible de la Russie, il est peu probable que cela se produise pendant les 9 à 12 prochains mois, étant donné que dans l’hémisphère Nord, la récolte est déjà à un stade avancé." La pénurie actuelle est moins grave que la flambée des prix des matières premières en 2007-2008 qui a touché tous les intrants, des coûts énergétiques à l’emballage et l’orge, ajoute l’agence.

Le brasseur belgo-brésilien AB InBev a lui-même affirmé hier bénéficier de programmes de couverture. "Il est couvert pour 2010 et une bonne partie de 2011 et ne prévoit pas de grand impact, rapporte Marc Leemans, analyste financier à la banque Degroof. AB InBev estime que la hausse est temporaire. Si cela continue en 2011, ce sera autre chose, bien entendu."

Et les autres produits alimentaires?

Du côté des autres produits alimentaires, les scénarios sont peu alarmistes également. La flambée des prix du blé pourrait créer une nouvelle vague d’inflation des coûts pour l’industrie alimentaire mondiale, mais l’impact est susceptible d’être limité à court terme, assure Fitch.

"Bien que les effets de cette nouvelle inflation des coûts varieront selon le secteur et la zone géographique, Fitch s’attend à ce que ce soient les petites entreprises alimentaires ayant un portefeuille de produits restreint dans la boulangerie, la pâtisserie ou les pâtes qui ressentent le plus de pression", explique Pablo Mazzini, senior director chez Fitch.

"On ne peut pas exclure un impact sur les prix, mais il est un peu tôt pour se prononcer. La dernière récolte de blé dur aura lieu en septembre au Canada, pays dont le poids est très important dans les échanges internationaux, explique Matthieu Soubry, administrateur de l’entreprise belge de pâtes Soubry. On ne sait pas encore si la hausse sera définitive. On aura probablement un prix supérieur à 2009, mais on ne vivra pas non plus une année catastrophique comme 2007."

Les boulangers refusent également de céder à la panique. "C’est une tempête dans un verre d’eau, causée par la spéculation, affirme Albert Denoncin, président de la Fédération francophone de la boulangerie. Nous les boulangers ne sommes pas acheteurs de blé mais de farine. Et les meuneries ont affirmé qu’elles ne prévoyaient pas de pénurie, malgré la Russie, et pas d’augmentation du prix. Elles s’approvisionnent en Europe et achètent par contrats. Si la hausse se poursuit, il faudra répercuter sur le prix du pain. Mais la farine représente 20 % du coût de fabrication. On est plus sensible à une hausse du mazout. Il y a deux ans, le prix du blé a augmenté de plus de 50 %, la farine a suivi, et le prix du pain n’a augmenté que de 10 à 12 cents. Mais on n’en est pas là, il n’y a pas le feu en la demeure. Ce n’est pas la peine de mettre du pain au congélateur. On n’augmente pas le prix du pain comme ça: face à la concurrence des grands magasins et des céréales en boîte, on veut garder nos parts de marché."

Les producteurs de viande belges se montrent beaucoup plus inquiets. "En 2007-2008, la filière a travaillé à perte car elle n’a pas pu répercuter la hausse du blé sur la viande. On va voir si les prix restent aussi élevés dans les mois qui viennent". Cette hausse des coûts vient en effet se greffer, explique Thierry Smagghe, administrateur délégué de la Febev, sur un problème de dumping social par l’Allemagne, pour lequel la filière a fait appel aux gouvernements belge et européen.

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