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Puratos, chef du labo qui veut fabriquer du pain sur Mars

©Thierry du Bois

Un consortium de sept entreprises et organisations belges doit lancer en janvier un vaste projet de recherche sur la production de pain sur Mars. Doté d’un budget de 6,3 millions d’euros, ce projet, dirigé par Puratos, doit aider dans un premier temps à doper et à rendre plus durable la production alimentaire sur Terre.

Une présence humaine permanente sur Mars n’est pas pour tout de suite, mais le scénario se précise. Se pose dès lors la question de l’alimentation des premiers pensionnaires qui séjourneront sur la planète rouge. Un consortium de sept entreprises et organisations belges s’apprête à lancer, en janvier prochain, un vaste programme de recherche sur un mode de production de pain adapté à la planète Mars.

Ce projet, baptisé SpaceBakery (Boulangerie de l’Espace) et placé sous la houlette de Puratos, le fabricant belge d’ingrédients de boulangerie et de pâtisserie, est doté d’un financement de 6,3 millions d’euros (dont 4,5 millions de subsides du gouvernement flamand) sur deux ans et demi.

"Travailler sur Mars doit nous permettre de trouver des solutions applicables à court terme sur Terre."
Filip Arnaut
Directeur de la recherche chez Puratos

Concrètement, le siège de l’entreprise hébergera bientôt quatre conteneurs interconnectés où sera développé un système de culture et de boulangerie écologique fermé. L’idée, c’est de recréer un environnement fermé et autosuffisant, apte à favoriser la production la plus efficace possible de blé et d’autres végétaux susceptibles de servir d’ingrédients pour la fabrication de pain.

Pourquoi du pain? Parce qu’il est très nutritif et qu’il constitue l’aliment universel par excellence. L’enjeu des recherches sera notamment d’améliorer la valeur nutritionnelle et la durabilité du pain, tout en veillant à une utilisation la plus efficace possible de l’énergie nécessaire pour sa production.

"L’atmosphère de Mars est constituée à 97% de CO2, contre 0,04% sur la Terre. Il y a en outre très peu d’eau et les températures sont extrêmes. Ce programme de recherche à très long terme doit aussi nous permettre de trouver des solutions applicables à court terme sur Terre", explique Filip Arnaut, directeur de la recherche et développement chez Puratos.

7 partenaires, 7 rôles

Chacun des partenaires aura un rôle bien précis. La société familiale basée à Grand-Bigard apportera son savoir-faire dans la panification. Puratos mise notamment sur les levains, sa grande spécialité. Les bactéries contenues dans ces ferments font lever le pain et représentent une alternative aux levures.

"Il faudra travailler en souterrain pour éviter les radiations solaires."
Filip Arnaut

La société Urban Crop Solutions, un fournisseur de solutions pour l’agriculture verticale, a développé l’infrastructure de croissance des végétaux et sera chargée de concevoir une atmosphère à climat variable. Elle développera également un algorithme d’intelligence artificielle pour optimiser la croissance des cultures et minimiser l’utilisation des ressources. "Il faudra travailler en souterrain pour éviter les radiations solaires", précise Filip Arnaut. Urban Crop Solutions collaborera avec la société technologique Magics Instruments pour étudier comment l’intelligence artificielle peut contribuer à optimiser la croissance des cultures. Cette dernière se focalisera par ailleurs sur l’automatisation de la pollinisation des plantes.

Les quatre autres partenaires sont des institutions publiques. Le groupe de recherche Biosciences du centre de recherche nucléaire (SCK-CEN) de Mol étudiera l’effet des micro-organismes sur la libération des nutriments absorbés par les végétaux et surveillera le climat microbien général dans un environnement fermé. L’université de Gand créera un modèle 3D de la croissance du blé, l’université de Hasselt se centrera sur l’utilisation des déchets de la plante de blé pour rendre circulaire le système fermé de la biosphère, et Flanders’ Food, le pôle de compétitivité agroalimentaire flamand, s’intéressera à la collaboration tout au long de la chaîne alimentaire.

"Le projet, qui court sur deux ans et demi, est très ouvert. Nous voulons pouvoir attirer d’autres partenaires – deux nous ont d’ailleurs déjà contactés – et nous communiquerons très ouvertement les résultats des recherches", souligne le responsable scientifique de Puratos.

Puratos, un centenaire rentable et "propre"

Avec un an de retard sur le programme prévu, Puratos franchira en 2019 – l’année de son centenaire – le cap des 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires. La force de l’euro face aux devises étrangères, qui rapportent plus de 50% de ses revenus, a pesé dans la balance. "À taux constant, on atteindrait les 2,4 milliards d’euros", assure Daniel Malcorps, le CEO de l’entreprise.

Celui-ci maintient l’objectif d’un chiffre d’affaires de 5 milliards d’euros d’ici 2030. "Notre croissance tourne autour de 7,5% par an, dont 6% de croissance organique", précise Daniel Malcorps.

Ce frein à la croissance n’empêche pas Puratos d’afficher une rentabilité plus que correcte, avec un retour sur investissement pour les actionnaires qui tourne autour de 11% par an.

Présente dans 71 pays, Puratos emploie aujourd’hui 9.400 salariés (dont 1.400 en Belgique). L’entreprise, dont l’actionnariat est toujours familial, investit aussi beaucoup, en recherche essentiellement. Mais aussi dans ses efforts pour le climat (5% des investissements). D’ici 2025, Puratos entend ainsi être neutre en CO2, que ce soit par le recours aux énergies vertes ou par la plantation d’arbres (300.000 en 2020).

Certes, Puratos n’est pas spécialement énergivore. Avec ses 112.000 tonnes de CO2 émis chaque année, le groupe dans son ensemble émet dix fois moins qu’une usine sidérurgique moyenne. Mais l’effort mérite d’être souligné.

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