Quelles cultures alternatives pour renouer avec le profit?

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Tour d’horizon des "autres cultures" possibles en Wallonie…

Le monde agricole est à l’honneur ces jours-ci à Libramont. Les agriculteurs ne manquent pas de raisons de se plaindre: problème endémique du prix du lait, notoirement insuffisant, mauvaises récoltes céréalières en raison d’un climat pourri, impossibilité de compenser les effets de celui-ci dans les prix du fait de la mondialisation des marchés…

Mais n’existe-t-il pas des alternatives en termes de culture, susceptibles d’aider le secteur à recouvrer une rentabilité en reconvertissant tout ou partie des terres? Tour d’horizon des "autres cultures" possibles en Wallonie…

Chanvre et miscanthus

"Il existe une série d’initiatives, mais dans des volumes limités, souligne Christian Hick, expert en bioénergies à la Fédération wallonne de l’agriculture (FWA). Différents investissements sont faits dans la filière du chanvre par des agriculteurs en partenariat." On songe aux coopérateurs de Belchanvre, qui ont réussi à fédérer 80 agriculteurs pour produire du chanvre et le transformer en béton chaux-chanvre, en panneaux d’isolation ou en huile alimentaire, ainsi qu’à Be.hemp, leur projet d’usine de défibrage à Marloie.

"D’autres agriculteurs misent sur le miscanthus, une graminée qu’on plante pour 15 à 20 ans et qu’on récolte annuellement, avec un bon rendement après 4 ou 5 ans, poursuit Hick. Le miscanthus a à la fois un pouvoir calorifique, un pouvoir absorbant et un pouvoir recouvrant. On le valorise soit en chaleur, en alimentant des chaudières poly-combustion, soit en paillage, sous forme de litières pour animaux ou pour remplacer l’écorce dans l’horticulture afin d’empêcher le développement des mauvaises herbes. Le miscanthus présente un grand intérêt environnemental car sa culture nécessite peu d’intrants et très peu, voire pas d’engrais et parce qu’il peut aussi jouer un rôle anti-érosif en contenant la perte de terres suite aux pluies. Je citerai aussi l’exemple des taillis de saules à courte rotation: du bois qui, une fois broyé et séché, est transformé en plaquettes pour alimenter des chaudières. Ces alternatives se mettent progressivement en place, mais rencontrent encore des freins: le miscanthus est très volumineux à transporter, il vaut mieux le valoriser en circuit court. Quant aux saules, leur utilisation est limitée aux chaudières de grande capacité. La filière chanvre réussit, elle, à structurer sa valorisation."

On parle toutefois dans chaque cas de surfaces d’exploitation très réduites. Pour les taillis en courte rotation, la Wallonie compte quelque 40 hectares de surfaces plantées; pour le miscanthus, on est à 140 hectares.

Pays de brasseurs, la Belgique, et la Wallonie en particulier, accueillent-elles à nouveau des cultures d’orge brassicole et de houblon, comme par le passé? "C’est un marché de niche, répond Hick. L’une ou l’autre brasserie artisanale tente de valoriser les produits cultivés dans sa région, tels que l’orge brassicole, mais cela reste très limité." Les conditions climatiques et les exigences de qualité des brasseurs rendent l’exercice difficile pour les paysans wallons: l’orge qu’ils produisent contient trop de protéines pour un bon maltage. Une autre difficulté tient à la taille réduite des exploitations, qui empêche de produire de l’orge à qualité constante, ce qui rebute les grands brasseurs. Les problèmes sont les mêmes pour le houblon: climat, qualité.

D’autres agriculteurs se diversifient dans le maraîchage, en plantant des potirons, du safran, des aromates (persil, thym…). D’autres encore déploient leurs efforts dans le domaine fruitier – la culture de la fraise déborde largement de la région de Wépion pour s’étendre à Nivelles, à Courcelles, à Marche-en-Famenne… On plante également des vignes dans la Région depuis quelques années, avec quelques beaux résultats à la clé comme le Domaine du Ry d’Argent, à Bovesse, ou le Vignoble des Agaises, près de Binche. Mais ces différentes diversifications requièrent à chaque fois un savoir-faire spécifique et parfois des investissements conséquents, sans oublier une bonne compréhension des enjeux de la distribution. Tout cela fait beaucoup de matières à maîtriser pour un seul homme ou une seule exploitation… "Il faut pouvoir le faire, conclut Hick: il faut à la fois investir, planter, transformer et vendre. Tout le monde n’est pas spécialiste en tout."

BioWanze

Si l’on prend un peu de hauteur et qu’on lorgne du côté des grands volumes, ces dernières années, la seule diversification de poids est celle offerte par le déploiement des biocarburants. Aux yeux d’Étienne Ernoux, qui préside la commission Grandes Cultures à la FWA, "la diversification, c’est BioWanze, qui consomme beaucoup de nos blés pour produire du biocarburant". Contrairement aux diverses initiatives de cultures alternatives, l’usine construite par la Raffinerie tirlemontoise opère en effet à grande échelle.

À noter que le plus souvent, ce ne sont pas les agriculteurs qui décident de l’affectation "biomasse" de leurs céréales, mais les négociants à l’étage supérieur, en fonction des qualités et des conditions de marché. C’est ainsi que le meilleur d’une production de colza partira vers l’industrie de transformation d’huile alimentaire, tandis que le "tout-venant" ira à l’alimentation de bétail et que le résidu se verra mué en biocarburant.

"On est obligés de créer de nouveaux métiers qui, au final, rapportent peu et coûtent cher aux pouvoirs publics", déplore Étienne Ernoux, qui critique les choix agricoles faits par l’Union européenne (une libéralisation opérée sans tenir compte des coûts) et les effets pervers de la mondialisation sur les prix.

Selon lui, certains nouveaux marchés de niche peuvent offrir des débouchés intéressants, mais encore une fois pour des petites quantités et moyennant un apport de capitaux suffisant, ce qui n’est pas à la portée de tout le monde. "Je connais un agriculteur malin qui produit de l’huile de colza de manière artisanale, et un autre qui s’est diversifié dans la distillerie de whisky, mais cela reste des cas particuliers."

Bref, à l’écouter, la solution pour résoudre la crise agricole ne viendra pas d’une simple diversification des cultures, mais plutôt de (nouveaux) choix politiques.

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