interview

Take Eat Easy veut prendre de vitesse la concurrence

Adrien Roose, Karim Slaoui, Chloé Roose et Jean-Christophe Libbrecht. ©Tim Dirven

Après Bruxelles et Paris, les coursiers à vélo de la start-up belge se relayeront bientôt dans les rues de Berlin, Madrid et Londres.

Depuis qu’elle a levé six millions d’euros, la start-up belge, qui veut réinventer la livraison à domicile, a déménagé dans de nouveaux locaux et engagé des collaborateurs supplémentaires qui font l’aller-retour entre Bruxelles et plusieurs villes européennes. Environ 350 coursiers à vélo se relayent dans les rues des capitales belge et française pour apporter petits et grands plats de leurs restaurants favoris aux clients affamés.

"On est en moyenne à plus de 20% de croissance"

Tout le monde y gagne: les établissements augmentent leurs ventes et les livreurs bénéficient d’un petit complément de revenus. Le client, lui, peut suivre en temps réel le cheminement de sa commande grâce à une page de tracking GPS. Quant à Take Eat Easy, elle prélève une commission de 30% sur chaque commande apportée au restaurant et une participation de 3,50 euros pour la livraison.

Après avoir éprouvé le modèle en Belgique et en France, les quatre fondateurs veulent l’étendre au reste de l’Europe. Et pourquoi pas même au-delà? Entretien avec Karim Slaoui et Chloé Roose, deux des cofondateurs (au centre de la photo).

©Tim Dirven

Vous avez récemment levé 6 millions d’euros auprès de Rocket Internet, DN Capital et Piton Capital. C’est un montant très élevé pour une petite start-up belge…
K.S: On se situe dans un secteur très prometteur. La livraison de restaurants est en train d’être révolutionnée par les nouvelles technologies. Dans les années 2000, internet a bouleversé la commande en ligne. Aujourd’hui, la technologie mobile, avec les smartphones, permet de rajouter une nouvelle dimension "delivery as a service" qui fait de la livraison un service que l’on peut proposer à la fois aux restaurants et aux clients. Pour les entreprises actives sur ce créneau, c’est un nouvel eldorado.

Dans le passé, il y a des exemples qui ne constituent pas une grande réussite finalement. Comme RestoPresto, par exemple.
K.S: On pense qu’ils sont arrivés un peu trop tôt, avant l’effervescence du mobile, et que leur technologie ne leur a pas permis de grandir suffisamment rapidement.

"Nous n’avons pas choisi le vélo parce que c’est "green" mais parce que c’est plus rapide!"
Chloé Roosen
Cofondatrice de Take Eat Easy

Six millions d’euros en un seul coup, ce n’est pas un peu risqué? Il va falloir dépenser cet argent plus ou moins rapidement en évitant les mauvais choix…
K.S: Il va falloir prendre des risques. L’idée, ce n’est pas, et ça n’a jamais été, de rester sur Bruxelles et Paris mais bien de construire une activité globale, en Europe dans un premier temps. Nous allons nous lancer dans d’autres villes mais ce sont des risques calculés. Nous avons testé en profondeur notre modèle économique sur Bruxelles et notre expansion sur Paris. Nous avons les chiffres nécessaires pour montrer que non seulement, le risque est calculé, mais qu’en plus, il est relativement faible par rapport à ce qu’il peut rapporter. Et c’est aussi ce qui nous a permis de convaincre nos investisseurs.

En parlant de chiffres, que pouvez-vous nous dire sur vos résultats sur les marchés belge et français?
K.S: Sur une année, c’est difficile à dire parce qu’on a décuplé. Disons que depuis septembre 2014, on est en moyenne à plus de 20% de croissance par mois.

Êtes-vous proche du break-even?
K.S: La question de la rentabilité n’est pas une bonne question à poser à une entreprise en pleine croissance. Actuellement, on investit tout ce qu’on gagne dans la croissance et l’agrandissement de nos équipes dans le but de venir aussi important que possible. Si on essaye d’être rentable trop rapidement, cela pourrait potentiellement nous empêcher d’investir dans nos collaborateurs alors qu’on en aurait justement besoin pour soutenir la croissance. Si on était rentable et qu’on générait déjà de l’argent, on n’aurait pas eu besoin d’investissements.

Face un fonds comme Rocket Internet, pensez-vous pouvoir garder le contrôle de la société?
K.S: Au niveau exécutif, on a gardé 100% du contrôle de Take Eat Easy. Nous ne sommes plus majoritaires au sein du conseil d’administration ,mais nous restons actionnaires majoritaires et nous conservons tous les pouvoirs de décision.

Le marché de la livraison est en plein boom. La concurrence s’étoffe. Ne craignez-vous pas qu’il soit rapidement saturé?
K.S: C’est un marché en pleine expansion, c’est normal qu’il y ait beaucoup de concurrence. Cela montre que c’est un marché en bonne santé. Mais il n’est pas petit non plus. Le marché de la livraison à domicile pèse plusieurs milliards d’euros en Europe. Avant qu’il soit saturé, il va falloir un petit peu de temps.

Allez-vous profiter de l’assise du fonds Rocket Internet pour vous développer en Allemagne?
K.S: Ce qui nous intéresse pour le moment, c’est le marché européen dans sa totalité. Il y a des grandes villes intéressantes, comme Berlin, Londres et Madrid. En Allemagne même, Munich, Hambourg, Cologne ou Düsseldorf constituent aussi des marchés intéressants. Une des questions auxquelles on est aussi en train de répondre est de savoir si notre modèle est valable pour les plus petites villes. Notre objectif c’est de devenir une société européenne et si possible de s’étendre au-delà.

Sur quels critères vous basez-vous pour construire votre réseau de restaurants et vous différencier?
C.R: Actuellement, nous avons environ plus de 150 restaurants en ligne sur Paris et plus de 100 restaurants à Bruxelles. Ce qui nous différencie beaucoup des sociétés de livraison classiques (qui référencent les restaurants, assurent la livraison eux-mêmes et font juste le go-between avec les clients), c’est la sélection de nos restaurants partenaires. À Paris, ce qui nous a permis de nous démarquer quand on est entré sur le marché, c’est que les trente premiers restaurants choisis étaient véritablement clés pour les consommateurs. Ils attendaient de pouvoir se faire livrer le burger de telle ou telle enseigne.

Quelle ville fonctionne le mieux, Paris ou Bruxelles?
C.R: Paris convient mieux à notre modèle économique. Les restaurants sont mieux répartis sur la zone dans son ensemble, contrairement à Bruxelles où la majorité des restaurants se situent sur quelques communes. Il est plus difficile pour nous d’atteindre nos clients puisque nous livrons dans un périmètre très limité autour de chaque restaurant. Et ça explique pourquoi à l’avenir, nous allons plus tendre vers des modèles comme Paris pour nous développer à l’étranger.

K.S Ce qui est important pour nous, c’est que le client ait accès à suffisamment de choix. Nous livrons dans une zone très limitée autour de chaque restaurant. Un restaurant situé à Bruxelles-Ville ne va pas desservir toute la zone, par exemple. Si on veut qu’un client puisse avoir le choix d’une cinquantaine de restaurants, il faut donc qu’on ait un portefeuille d’au moins 150 restaurants sur Bruxelles.

Vous ne travaillez qu’avec des coursiers à vélo. Ce positionnement "green" ne risque-t-il pas de vous limiter?
C.R: Nous n’avons pas choisi le vélo parce que c’est "green", mais parce qu’à Bruxelles, c’est plus rapide! À la base, on avait même commencé les livraisons avec des voitures mais cela s’est vite révélé impossible à soutenir en ville. Avant toute chose, on est sur l’efficacité et le service. Le "green", c’est le petit plus qui est tout à fait cohérent avec notre positionnement qualitatif.

K.S: Au-delà du fait que ce soit plus rapide en moyenne, c’est aussi que l’écart-type est beaucoup plus faible. Une voiture, c’est beaucoup plus difficile à manier et le temps de trajet peut varier énormément en fonction des feux, de la place pour se garer, etc. Une des grosses propositions de valeur de Take Eat Easy, c’est qu’on permet au client de suivre en temps réel sa commande. On a réussi à avoir une précision dans la ponctualité assez remarquable dans un domaine qui est connu pour être difficile à ce niveau-là. D’ailleurs, à Bruxelles et à Paris , une grande majorité des clients qui utilisent notre service le réutilisent par la suite.

Finalement, depuis le début de Take Eat Easy, le projet a pas mal évolué…
K.S: A la genèse du projet, notre but était d’améliorer l’expérience utilisateur lors de la commande de plats avec livraison domicile. Nous pensions que cela passait forcément par l’interface de commande et on s’est focalisé sur cela en priorité. Mais on s’est rendu compte qu’améliorer l’interface n’avait pas beaucoup de sens si l’on ne pouvait pas garantir un choix de restaurants de qualité et un service de livraison impeccable. Jusqu’à février 2014, quand on n’avait pas encore les capacités pour livrer à vélo, on faisait encore parfois appel à des taxis pour assurer des livraisons (rires).

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