Publicité

Un petit goût d'Aubrac en Wallonie picarde

En passant du blanc bleu belge à l'aubrac, Philippe Duvivier veut privilégier un élevage "naturel" et une viande de qualité. ©Tim Dirven

Soucieux d'alimentation durable, Philippe Duvivier a renoncé au blanc bleu belge et se lance dans l'aubrac. Une reconversion qui ne passe pas toujours très bien.

Une vaste prairie ondoyante, baignée de soleil. Au fond, un troupeau compact d'une quarantaine de bovins placides. Leur pelage couleur froment et leurs cornes en forme de lyre attirent l'attention. On est loin du traditionnel blanc bleu belge, fleuron de l'élevage bovin en Belgique. La race aubrac, originaire de la région éponyme du sud-oust de la France, se fait une petite place en Wallonie picarde.

Le résumé

  • Soucieux de privilégier les circuits courts, Philippe Duvivier vient d'acheter une quarantaine de bovins de la race aubrac.
  • L'aspect social et le désir de "reconnecter éleveurs et consommateurs" ont été déterminants dans son choix.
  • Son initiative a surpris beaucoup de monde et suscité des réactions parfois violentes.
  • Philippe Duvivier espère être rentable d'ici trois ans.

En reprenant l'exploitation de ses parents à Bouvignies, près d'Ath, Philippe Duvivier n'avait qu'une idée en tête: privilégier les circuits courts. Pour lui, le blanc bleu belge ne cadrait pas avec son ambition de gérer un élevage le plus naturel possible. Trop chronophage pour le nouvel exploitant, qui gère la ferme à titre complémentaire: fonctionnaire wallon en charge des primes agricoles, Philippe Duvivier est aussi président de la Fugea, le syndicat agricole wallon proche des petits exploitants.

Les 180 bêtes blanc bleu belge ont donc été vendues et remplacées par une quarantaine de bovins de la race aubrac. Philippe Duvivier n'en fait pas mystère, son initiative a été un crève-cœur pour ses parents. "Le blanc bleu belge, c'était toute leur vie."

Mais pourquoi l'aubrac? Si la charolaise, la limousine, la blonde d'Aquitaine sont aujourd'hui bien connues en Wallonie, l'aubrac y est quasi inexistante. "D'un tempérament calme, la vache aubrac est aussi très autonome: elle vêle sans assistance et a une aptitude maternelle très développée", explique Philippe Duvivier.

Injures

"Je veux reconnecter éleveurs et consommateurs."
Philippe Duvivier

Séduit, l'exploitant athois a déboursé quelque 70.000 euros pour acheter une quarantaine de bêtes (vaches, veaux et un taureau) auprès d'un éleveur de la région de Laguiole, dans l'Aveyron. L'aspect social a été déterminant dans son choix. "Je ne veux pas me retrouver embarqué dans des contraintes de volumes avec la grande distribution. Je veux reconnecter éleveurs et consommateurs et faire en sorte que la viande soit partie prenante d'une alimentation durable", dit-il.

"Le secteur agricole manque de remises en question. Si on fait un pas de côté, on se fait fusiller."
Philippe Duvivier

Son initiative a surpris beaucoup de monde. Pas toujours en bien. L'éleveur d'aubrac s'est pris des tombereaux d'injures sur Facebook et s'est même retrouvé avec deux têtes de cochon sur son seuil. Philippe Duvivier en est plus attristé qu'amer. "Le secteur agricole manque de remises en question. Si on fait un pas de côté, on se fait fusiller. Je défendrai toujours le blanc bleu belge, mais pour moi ce n'était pas possible de continuer."

Philippe Duvivier veut privilégier une agriculture sociale. "Le plus facile pour moi aurait été de faire venir une société qui retournerait toutes les terres et me permettrait de me lancer dans des cultures à destination industrielle comme les pommes de terre. Mais je ne veux pas de cette logique ultralibérale. Et je ne voulais pas laisser partir l'exploitation familiale."

Débouchés

Se tourner vers une race méconnue comme l'aubrac implique une prise de risque au niveau des débouchés. Mais Philippe Duvivier se dit confiant.

6,50
€/kg
Philippe Duvivier espère pouvoir obtenir au moins 6,50 euros le kilo de ses bêtes de race aubrac.

"La vache aubrac donne une viande fine et savoureuse. Et le consommateur veut des produits de qualité et les plus naturels possible. Je devrais pouvoir en obtenir au moins 6,50 euros le kilo", dit-il. À titre de comparaison, le prix de la carcasse blanc bleu belge plafonne autour de 5,30 euros.

Deux bêtes de réforme (des vaches trop âgées qui ne sont plus aptes à produire du lait et sont dès lors vendues pour la viande, NDLR) ont été abattues vendredi chez un boucher des environs. Et la coopérative voisine Coprosain a déjà confirmé l'achat des dix veaux.

Philippe Duvivier espère arriver à la rentabilité d'ici trois ans, avec un troupeau porté à 80 ou 100 têtes. Il envisage déjà un partenariat avec un ami, directeur à la commune d'Ellezelles, qui a lui aussi acheté des aubrac en activité complémentaire.

L'horeca, vitrine de l'élevage bovin local

Depuis 2018, une bonne centaine d'éleveurs familiaux wallons se sont regroupés au sein de la coopérative agricole "En direct de mon élevage". Objectif: favoriser au maximum la vente de viande bovine en circuit court, dans une transparence maximale tant au niveau de la filière que des prix. Une initiative née du scandale Veviba, qui avait suscité une prise de conscience sur les effets pervers de l'industrialisation excessive.

Déjà très présente dans la distribution (Colruyt, AD Delhaize…) et chez les bouchers, notamment via le groupe Detry, la coopérative se tourne à présent vers l'horeca. L'idée, c'est de proposer ses produits aux restaurateurs wallons qui, pour l'instant, utilisent principalement des viandes étrangères ou venant de filières belges plus industrielles.

"Nous voulons cette diversification vers l'horeca pour en faire une vitrine de notre savoir-faire local. Nous visons aussi les collectivités (écoles, maisons de repos…)", explique Béatrice de Laminne, présidente du conseil d'administration d'"En direct de mon élevage". La coopérative, qui se fournit auprès de 150 fermiers wallons (dont 120 coopérateurs), abat actuellement quelque 200 bêtes par semaine. Ses responsables ne cachent pas que la réouverture prochaine de l'horeca risque de faire reculer les ventes dans la distribution. "En nous liant à l'horeca, nous anticipons une éventuelle perte de revenus", dit un responsable de la coopérative. L.V.D.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés