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Un simple passage à vide pour Colruyt? Pas si sûr…

En un an, le groupe Colruyt a perdu un cinquième de sa valeur. ©Photo News

Colruyt a prévenu que son bénéfice serait "nettement inférieur" à celui de l'exercice précédent provoquant une nouvelle chute de l'action. Cette tendance va-t-elle perdurer? L'avis des analystes.

Les temps sont durs pour Colruyt et ses actionnaires. En juin dernier, le distributeur signalait déjà que le bénéfice du dernier exercice (2020/2021) de 385 millions d’euros serait difficile à égaler, envoyant par le fond son action qui a dégringolé de 11% ce jour-là.

Depuis lors, l’environnement ne s’est guère amélioré. Une concurrence accrue tant en termes de prix que de promotions et les effets de l’inflation sur les coûts opérationnels ont forcé l’enseigne à revoir ses ambitions à la baisse. Elle parle désormais d’un résultat net consolidé pour 2021/2022 "nettement inférieur" à celui de l’exercice précédent sans être plus précise. Le chiffre d’affaires, de son côté, devrait toutefois afficher une "légère croissance".

En bourse, les profit warnings ne pardonnent pas. Le titre a encore une fois mordu la poussière, perdant jusqu’à 9% à la clôture de la séance ce jeudi, à 44 euros. Sur les douze derniers mois, le groupe a perdu un cinquième de sa valeur (-20%) alors que, dans le même temps, le Bel 20 grimpait de 29%.

Colruyt perd son plus gros fan

Du côté des analystes, chacun a sorti sa boule de cristal et sa calculette pour coller un chiffre sur l’expression "nettement inférieur" et sur ce que cela veut dire pour les prochains exercices.

"La visibilité est faible mais la question clé est: que cela signifie-t-il pour les années à venir?"
Fernand de Boer
Analyste chez Degroof Petercam

Fernand de Boer, de Degroof Petercam ("conserver"), jusqu’ici le plus grand fan de la valeur avec un objectif de cours de 54 euros pour un target moyen de 48 euros, table sur une baisse comprise entre 10 et 15%, soit un bénéfice oscillant entre 315 et 335 millions d’euros.

"La visibilité est faible mais la question clé est: que cela signifie-t-il pour les années à venir?". En d’autres termes, la rentabilité plus basse est-elle structurelle ou Colruyt est-il capable de regonfler ses marges?  L'analyste n’est pas très optimiste. Il reconnaît que les acquisitions vont apporter leur contribution dans les prochaines années, que le groupe va prendre des mesures et que la concurrence devra également répercuter la hausse des prix.   

"Cependant, cela n'enlève rien au fait que le marché belge est devenu de plus en plus concurrentiel, ce qui permet des marges moins solides. Par conséquent, nous prévoyons également d'abaisser nos estimations pour l'exercice 22/23 et au-delà d'environ 10%-15%." Et donc, il a logiquement réduit son objectif de cours qui passe de 54 euros à 46 euros.

KBC anticipe 360 millions d'euros

Même interrogation chez KBC SecuritiesThomas Couvreur rappelle que la baisse de la part de marché du premier distributeur belge, qui est passée de 32,1% à 31,3% en 2020/2021, était imputable au Covid-19, Colruyt disposant de moins de magasins de proximité que d'autres distributeurs.

"Maintenant que les choses reviennent à la normale, il semble que la concurrence soit plus forte qu'avant."
Thomas Couvreur
Analyste chez KBCS

"Maintenant que les choses reviennent à la normale, il semble que la concurrence soit plus forte qu'avant. Cela pourrait encore dégrader la part de marché de Colruyt, bien qu'il soit encore trop tôt pour le dire."

Avant l’avertissement sur résultat, l’analyste anticipait un résultat net de 383,8 millions d’euros. Il vise maintenant un chiffre de 360 millions. Il réitère toutefois son conseil de conserver la valeur et son objectif de cours de 49 euros.

Idem pour ING et Kepler Cheuvreux avec des objectifs de cours respectifs de 51 euros et 50,6 euros.

Les concurrents se portent beaucoup mieux en bourse

L'action Colruyt a du mal à tenir la comparaison avec ses pairs du secteur de la grande distribution. Depuis le premier janvier, le titre du distributeur de Halle a reculé de près de 10% alors que l'action Ahold Delhaize a grossi de 22%. Carrefour, qui a reçu une offre de rachat des Canadiens de Couche-Tard en janvier et reste depuis lors au centre de rumeurs d'acquisition, a gagné plus de 8% en 2021. 

Si on prend en compte la crise du Covid-19, la performance boursière des trois principaux acteurs du marché belge reste positive, mais avec des écarts considérables. Entre le point bas touché en mars 2020 et aujourd'hui, Ahold Delhaize a pris 55% et Carrefour près de 30%. Colruyt ne s'est adjugé "que" 8% sur la même période. 

À l'échelle de 10 ans, le rapport de force change quelque peu. Ahold Delhaize reste de loin le plus performant avec un gain de 228%. Colruyt suit avec un boni dépassant les 40%. Mais Carrefour (-8,2%) perd des plumes par rapport à ses rivaux. (S.N.)

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