Une brasserie artisanale sur trois menacée de faillite

Le secteur brassicole vacille en raison de sa grande dépendance en l'horeca ainsi que du fait des mesures Covid. ©Photo News

Intimement liées à l'horeca, les brasseries artisanales sont exsangues. Leur fédération plaide pour une réouverture rapide des terrasses, puis pérenne du reste.

Les souffrances endurées par le secteur des cafés et restaurants contraints de rester fermés face au virus soumettent, en amont, leurs fournisseurs à de tout aussi dures contraintes. Parmi ceux-ci, les brasseurs sont frappés de plein fouet. Pour mesurer l'ampleur de l'impact sur eux, leur fédération Brasseurs Belges a demandé au bureau d'analyse de données d'entreprises Graydon de passer leur secteur au scanner.

Les conclusions de Graydon interpellent: si 87,5% des petites et moyennes brasseries belges (moins de 50 emplois) étaient saines avant la crise, elles ne sont plus que 28,4% aujourd'hui. Autrement dit, à peine une cinquantaine d'entre elles sont restées financièrement au-dessus de la ligne de flottaison, contre 150 il y a douze mois. Ils vivent une situation en réalité pire que celle des bars et restaurants. Selon la même grille d'analyse, 79% de ces derniers établissements étaient sains avant la pandémie, contre 37% aujourd'hui.

Parmi les entreprises en difficulté dans les deux secteurs, 31,8% des brasseries artisanales frôlent actuellement la faillite, pour 17,9% des cafés et restaurants. En nombre d'établissements, évidemment, le rapport est différent: on parle ici de 56 brasseries pour 2.251 entreprises horeca.

"Nous voulons ouvrir un débat constructif avec les autorités pour voir comment l'horeca peut être une partie de la solution plutôt que le problème."
Krishan Maudgal
Directeur de la fédération Brasseurs Belges

Le destin des deux secteurs est intimement lié. "Et chaque jour de fermeture supplémentaire représente un coût très élevé pour l'ensemble de la société belge", relève Krishan Maudgal, le directeur de Brasseurs Belges. Combien? Environ un million d'euros par jour pour les brasseurs et 7,5 millions/jour pour l'horeca. Les brasseurs plaident donc pour une réouverture complète et durable du secteur horeca le 1er mai prochain et pour la réouverture des terrasses dès les vacances de Pâques. "Nous voulons ouvrir un débat constructif avec les autorités pour voir comment l'horeca peut être une partie de la solution plutôt que le problème", poursuit Maudgal.

"Un endroit régulé"

Yvan De Baets, co-fondateur de la Brasserie de la Senne, enchaîne: "Un café ou un restaurant est un endroit régulé, où le tenancier agit un peu comme un shérif: il a l'habitude de gérer des groupes humains, il dispose des compétences pour faire appliquer des mesures de prévention dans son établissement." Et les terrasses peuvent offrir un environnement de détente sécurisé selon les protocoles stricts de l'horeca, ajoute la fédération.

La Brasserie de la Senne liée à 90% à l'horeca

La Brasserie de la Senne, qui a construit récemment une toute nouvelle usine sur le site de Tour & Taxis à Bruxelles, distribue 90% de ses bières via les cafés et restaurants. "Notre situation était tout à fait saine jusqu’en mars 2020, puis ce météorite nous est tombé dessus", décrit son co-fondateur Yvan De Baets.

Si elle n’a reçu aucune aide spécifique, l’entreprise a fait bon usage des mesures d’aide collective mises en place, telles que le chômage temporaire et le report de la TVA. "Des aides essentielles, certes, mais le problème reste entier, car pour les dettes, il ne s’agit que de report: à la reprise, il faudra reprendre les paiements alors qu’en réalité la crise va sans doute se prolonger." Pourquoi? "Parce que les bars et restaurants sont exsangues, qu’ils n’ont plus un sou vaillant: quand ils recommenceront à nous passer commande, ils ne pourront pas nous payer." Effet boule de neige en vue. Qu’on pourrait inverser en accroissant l’aide à l’horeca:  lequel sera alors en mesure d’irriguer ses fournisseurs, qui à leur tour... etc.

Autre problème: des aides régionales sont conditionnées à une chute du chiffre d’affaires d’au moins 40% (des primes Tetra à Bruxelles, notamment). "Si vous perdez 39%, vous n’y avez pas droit", s’insurge De Baets. "Il faudrait soit prévoir des paliers d’aide plus souples, soit analyser chaque situation comptable individuellement."

Il s'agit de sauver le secteur, mais aussi de contribuer à préserver la santé mentale des Belges, souligne Krishan Maudgal, qui cite une étude de l'Université d'Anvers à l'appui de ses dires. Celle-ci a montré le mois dernier que l'activité que nos concitoyens désirent le plus reprendre est de boire un verre ou manger en terrasse (71% des répondants). Accessoirement, il relève aussi que les pays limitrophes sont sur le point d'autoriser la réouverture de l'horeca, ce qui est susceptible de susciter un "exode" de consommateurs.

30 et 279
Millions d'euros
Les brasseries menacées de faillite ont besoin rapidement de 30 millions, les cafés et restaurants menacés, de 279 millions.

Les brasseurs auront aussi besoin d'une aide financière, ainsi que le montre l'étude de Graydon: les 50 entreprises directement menacées de faillite ne s'en sortiront plus sans soutien. Et si l'horeca rouvre plus tard, ce soutien sera plus coûteux. Graydon évalue les besoins à 30 millions d'euros pour les brasseries et 279 millions pour les cafés et restaurants anciennement sains à sauver, dans l'hypothèse d'une réouverture complète de l'horeca au 1er mai. Concrètement, il faudrait renforcer les primes actuelles à la fermeture ou à la chute de revenus, puis prolonger les aides lors de la reprise en maintenant la TVA à 6% dans l'horeca, l'exonération des cotisations ONSS, la récupération des accises sur les bières périmées, etc.

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