Une nouvelle usine de désalcoolisation va voir le jour à Charleroi

©Kristof Vadino

Les frères Meurens et Philippe Stassen se sont associés pour créer une société de désalcoolisation à façon à Charleroi. Objectif: capter la nouvelle tendance dans la bière et le vin. Au passage, ils ont fait renaître une usine de ses cendres…

Le marché de la bière sans alcool prend de l’ampleur. Sous nos latitudes, il progresse d’une trentaine de pour-cent par an. Les consommateurs se montrent un peu moins empressés pour goûter les vins sans alcool, mais ils commencent à y venir aussi. Les amateurs des pays nordiques apprécient les vins dont la teneur en alcool est réduite de moitié environ, à 5,5 degrés: une tendance intermédiaire, qui permet notamment aux producteurs et distributeurs de payer moins d’accises. En Belgique, les grands brasseurs tels AB InBev et Alken Maes (groupe Heineken) disposent déjà de leurs unités de désalcoolisation.

Pour les brasseries de plus petite taille, le défi des boissons désalcoolisées est délicat: l’investissement reste élevé, en regard de perspectives commerciales encore incertaines. Philippe Stassen et les frères Olivier et Patrick Meurens ont mis un outil au point, qu’ils comptent leur proposer pour résoudre le problème.

Ce trio d’entrepreneurs originaires du pays de Herve a investi 7 millions d’euros dans une nouvelle unité de désalcoolisation de vin et bière qui a commencé à produire l’an dernier à Courcelles, dans la banlieue ouest de Charleroi, et qui va donner cette année sa pleine puissance opérationnelle. MIS, l’entreprise qu’ils ont fondée pour la cause, produira aussi bien pour les besoins propres de Néobulles, la société de boissons de Philippe Stassen, que pour les brasseurs tiers qui voudront ajouter à leur gamme une bière sans alcool sans devoir investir.

Albert Frère à l’origine de la saga

L’usine qu’ils ont reprise à Courcelles a un riche passé. Cette unité spécialisée au départ dans l’embouteillage et la logistique a appartenu au groupe d’Albert Frère, qui l’exploitait sous le nom de Clos du Renard. Elle mettait les vins en bouteille pour le compte du groupe de grande distribution GB. Une activité qui nécessitait de la place, ce qui explique qu’elle s’étende sur quelque 12.000 m2.

Puis, après que le géant français Carrefour a repris GB en 2000, le groupe Frère est sorti du Clos, qu’il a revendu à un tiers. Au cours de la décennie suivante, Carrefour a progressivement cessé de faire embouteiller ses vins à Courcelles, préférant rapatrier cette activité en France. Malheureusement pour le nouvel exploitant de l’usine, le distributeur représentait plus de 90% de ses commandes. Résultat des courses, il a fait faillite en 2015.

Trouvaille

Coup de chance pour le site, à l’époque, Olivier Meurens tournait dans la région, en quête de machines pour l’activité de mise en bouteille qu’il souhaitait développer avec son frère Patrick. Il avait déjà en tête aussi l’idée de collaborer avec Philippe Stassen, celui-ci lui ayant confié qu’il cherchait à relocaliser son unité de désalcoolisation basée jusqu’alors à Herve, dans les murs de la cidrerie rachetée par Heineken.

Olivier Meurens a débarqué dans l’usine de Courcelles, qu’il a rachetée au curateur avec le concours de trois partenaires: le groupe de vins australien De Bortoli, son responsable pour l’Europe et son distributeur suédois. Les frères Meurens ont pris 40% de la nouvelle société d’embouteillage baptisée AB Solutions, chacun des autres associés y souscrivant 20%. "On a consenti ensemble l’investissement, ce qui nous a permis de réduire le risque et de garantir les volumes, puisqu’on embouteillerait aussi bien leurs vins que les nôtres", souligne Olivier Meurens.

Depuis 2016, AB Solutions met en bouteilles les vins que De Bortoli importe sur les marchés européens. Ce qui représente quelque trois millions de bouteilles par an, sans compter les "bag-in-boxes".

Mais les Meurens n’ont pas oublié Philippe Stassen. Un an plus tard, ils ont fondé avec lui la société MIS pour exploiter au même endroit une nouvelle ligne entièrement vouée à la désalcoolisation de vins et de bière. Les Meurens ont pris 52% des parts, Stassen les 48 autres pour-cent. "Les Meurens font le boulot, ce sont eux les opérationnels, explique Philippe Stassen. L’actionnaire principal doit être celui qui a la maîtrise de l’outil industriel."

Le procédé consiste à distiller sous vide et à basse température (25 à 30 degrés) la boisson à désalcooliser, puis à la mettre rapidement en bouteille pour ne pas altérer le produit fini.

Vins et bière

Ils ont engagé un œnologue, ainsi que trois maîtres brasseurs et ont installé un laboratoire sur le site. Les installations ont commencé à tourner l’an dernier et la petite équipe de quatre personnes a testé une série de vins en multipliant les cépages.

Parallèlement, MIS a conclu deux premiers contrats avec des brasseurs. "Nous ciblons les brasseries de taille moyenne, qui brassent plus de 10.000 hectolitres par an et qui veulent une bière sans alcool dans leur portefeuille." La Bière des Amis, créée pour Néobulles, devrait également connaître une version sans alcool dans les mois à venir.

Dans les vins, le premier client est évidemment Néobulles. Le deuxième sera peut-être De Bortoli, qui se montre intéressé. "Les Australiens ont des vins très particuliers, qui donnent d’excellents résultats à 5,5 degrés, relève Olivier Meurens. C’est idéal pour accompagner un repas d’affaires le midi."

"Au début, les professionnels du vin nous prenaient pour des farfelus, observe Philippe Stassen. Aujourd’hui, ils viennent frapper à notre porte."

Histoire de familles

Cette année, MIS devrait donner sa pleine mesure pour la première fois sur douze mois. "On sera capable de traiter un camion-citerne de 24.000 litres par pause de huit heures", dit Stassen. L’entreprise compte recruter du personnel. Elle fait aussi appel à sa voisine, AB Solutions, qui assure en sous-traitance la partie embouteillage de sa production désalcoolisée.

"Deux familles d’entrepreneurs qui étaient absentes de la région de Charleroi se sont réunies pour y investir, résume Philippe Stassen. C’est une aventure très excitante. Il faut chaque jour mettre de nouvelles actions en route. On n’a pas le temps de s’ennuyer."

Quant à Olivier Meurens, il conclut à la belle complémentarité des deux parties: "Nous allions les connaissances commerciales de Philippe avec l’expertise industrielle de mon frère et moi."

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