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Une serre urbaine sur le toit expérimentale à Gembloux

Haïssam Jijakli est le coordinateur du projet Serr’ure de Gembloux Agro-Bio Tech, un des quatre projets de serres en toiture soutenus par le programme européen Interreg.

Le programme européen Interreg soutient quatre projets de serres sur les toits. L'un d'eux sera installé sur celui du centre de recherche de Gembloux Agro-Bio Tech.

Inauguré en 2017, le centre Terra de Gembloux Agro-Bio Tech s'étend déjà. Par le haut. La faculté d'agronomie de l'Université de Liège a entamé la construction, sur le toit de son centre de recherche, d'une vaste serre de 200 mètres carrés. Sa mission: explorer les possibilités qu'offre l'agriculture urbaine.

Cette serre est une des quatre (sur dix) sélectionnées par le programme européen Interreg dans le cadre de son projet Groof (Greenhouses to Reduce CO2 on Roofs), lancé en 2018. Outre la Belgique, les trois autres sous-projets sont répartis entre l’Allemagne, la France et l’Espagne, l'ensemble étant coordonné depuis le Luxembourg. Dénommé Serr’ure (pour SERRe URbaine basse Energie), le sous-projet de Gembloux Agro-Bio Tech devrait voir pousser ses premières laitues, aubergines et tomates en septembre.

4,9
millions €
Le budget libéré par Interreg (4,9 millions d'euros) est complété par des apports publics et privés.

Le budget libéré par Interreg (4,9 millions d'euros, dont 500.000 euros pour Gembloux) est complété par des apports publics et privés. L'objectif de base est de favoriser l'émergence de projets commerciaux porteurs.

L'enjeu central: le coût énergétique

L'enjeu est double. Il s'agit, d'une part, d'étudier comment éviter au maximum la déperdition d'énergie pour réduire les émissions de CO2 et adoucir les coûts énergétiques, et d'autre part de chercher de nouvelles opportunités de développement de la production locale en milieu urbain. Pas négligeable quand on sait qu'en Wallonie, la demande de produits locaux atteint 70% de la consommation alimentaire alors que l'offre plafonne à 20%.

"Toutes les serres sont tournées vers un objectif central : la diminution du coût énergétique."
Pr Haïssam Jijakli
Coordinateur du projet Serr’ure à Gembloux Agro-Bio Tech

"Chacun de ces projets a un faisceau spécifique à explorer: installation de la serre sur un bâtiment ancien ou nouveau, en ville, en périphérie, avec des business models différents, etc. Mais toutes les serres sont tournées vers un objectif central : la diminution du coût énergétique", explique Haïssam Jijakli, fondateur du C-RAU (Centre de recherches en agriculture urbaine) et coordinateur du projet Serr’ure à la faculté de Gembloux.

En Allemagne par exemple, la serre est installée sur un bâtiment dédié à l’événementiel, alors que la serre française, financée par des privés, est centrée sur la production (elle doit servir de pépinière). La serre-pilote de Gembloux se consacrera pour sa part à la recherche de différents types de production en agriculture urbaine et servira pour des démonstrations, à but pédagogique notamment.

Le facteur poids

Les serres sont censées capturer l’énergie perdue dans le chauffage des bâtiments urbains. À Gembloux, elle est construite sur un bâtiment très récent. Il n’y a donc pas de déperdition de chaleur. La serre récupérera donc l’énergie dépensée pour garder les laboratoires adjacents à température constante, ce qui devrait permettre de couvrir ses besoins en énergie.

"Notre serre étant essentiellement dédiée à la recherche, nous avons demandé des paramètres flexibles. Les laitues requièrent des températures se situant entre 20 et 22 degrés alors que les tomates poussent à des températures allant jusqu’à 30 degrés", précise le Pr Jijakli.

La faisabilité économique de tels projets n'a rien d'évident. Avant de poser une serre sur un toit, il faut s’assurer que celui-ci puisse supporter le poids d'une telle installation et que son étanchéité soit préservée. Pour alléger au maximum la charge, la serre de Gembloux recourra à l'hydroponie, une technique de culture sans terre, les plants poussant sur un substrat et recevant de l'eau chargée en nutriments.

Moins d'eau

"Avec 50 cm de pleine terre, on atteindrait un poids de 500 kilos par mètre carré. Et les verres en double vitrage représentent une charge de 50 kilos/m2. Avec l'hydroponie, nous avons pu assurer une répartition du poids (100 à 300 kilos/m2) qui n’oblige pas à modifier la structure du toit", souligne Haïssam Jijakli.

15
Litres/kilo
Alors qu'une culture de tomates en pleine terre nécessite 60 litres par kilo produit, l'hydroponie permet de réduire cette consommation à 15 litres par kilo.

Autre atout de l'hydroponie: l'économie en eau. Alors qu'une culture de tomates en pleine terre nécessite 60 litres par kilo produit, l'hydroponie permet de réduire cette consommation à 15 litres par kilo.

À terme, le projet Serr’ure permettra de transmettre des connaissances acquises sur le terrain et d'en faire profiter des entrepreneurs qui ont installé une serre sur le toit de leurs locaux, afin d’en optimaliser le rendement.

D'autres jalons suivront. À Gembloux, on envisage déjà d’autres types de serres. "Suite au projet européen Groof, nous avons étendu notre cible aux serres installées sur le sol et connectées au bâtiment. D'ici 2023, nous aurons trois saisons de cultures derrière nous, ce qui devrait nous livrer assez d’informations, y compris sur les aspects économiques", dit le Pr Jijakli.

Le résumé

  • Gembloux Agro-Bio Tech (ULg) disposera en septembre, sur le toit de son centre de recherche, d'une serre de 200 mètres carrés.
  • Cette serre est une des quatre sélectionnées par le programme européen Interreg.
  • Objectif: étudier comment éviter la déperdition d'énergie et chercher de nouvelles opportunités de développement de la production locale en milieu urbain.
  • À terme, le projet Serr’ure permettra de transmettre des connaissances acquises sur le terrain et d'en faire profiter des entrepreneurs.

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