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Unilever annonce son "brexit"

Le siège de l'aile britannique d'Unilever est voué à devenir le siège du futur groupe unifié. ©REUTERS

Après 90 ans de structure duale, le géant de l'alimentaire et des soins se résout à trancher: à l'avenir, il ne sera plus anglo-néerlandais mais britannique. Un "brexit" d'entreprise motivé par la recherche de flexibilité.

Le géant anglo-néerlandais des produits de beauté, des produits de ménage et de l'alimentation Unilever opte pour la nationalité britannique. Après 90 années d'opérations sous structure duale, le conseil d'administration du groupe a tranché: il va fusionner ses deux entités pour ne plus conserver qu'une structure monolithique basée au Royaume-Uni. Il ne siégera donc plus dans l'Union européenne, mais n'en dit pas un mot dans son communiqué.

L'objectif est d’accroître sa flexibilité stratégique et sa réactivité, notamment sur le plan des acquisitions et des désinvestissements. La crise du coronavirus n'est pas étrangère à cette décision, puisque le conseil souligne que celle-ci a créé un nouvel environnement d’affaires où il faudra se montrer (plus) flexible.

La mesure de fusion proposée constitue l'exact inverse de celle imaginée trois ans plus tôt.

Soucieux de convaincre un maximum de parties prenantes, le groupe cite son activité dans le thé, qui fait actuellement l'objet d'une révision stratégique: la scission de celle-ci s'avérerait plus compliquée à gérer sous la structure duale que sous l'égide d'un groupe unifié, argue-t-il dans son communiqué. C'est un exemple des désavantages liés au statut bi-national, estime-t-il.

Une action pour une

Concrètement, la proposition sera soumise aux actionnaires des deux entités, à leurs personnels et aux autorités compétentes. Si elle est approuvée, l'opération se fera par absorption de l'entité néerlandaise Unilever NV par son pendant britannique Unilever PLC. Chaque actionnaire de la NV recevra une action de la nouvelle Unilever PLC par action détenue. Il n'y aura pas d'impact sur les opérations et les effectifs du groupe, qui resteront inchangés, assure Unilever dans son communiqué.

Le conseil d'Unilever s'engage notamment à maintenir aux Pays-Bas le siège de sa division Produits alimentaires et Rafraîchissement s'il devait décider de la scinder.

La mesure proposée constitue l'exact inverse de celle imaginée trois ans plus tôt. Le groupe avait envisagé de regrouper les deux entités sous drapeau néerlandais unique, mais y avait finalement renoncé en octobre 2018. En raison d'une forte opposition de la part des actionnaires britanniques et aussi parce que la solution envisagée à l'époque risquait de faire sortir l'action de plusieurs indices boursiers. Le plan précédent avait été défendu par Paul Polman. L'homme a, depuis, cédé son poste de CEO à Alan Jope.

En 2017, pour rappel, Unilever avait été pris pour cible par le groupe américain Kraft Heinz, qui avait tenté de le racheter via une offre publique hostile. Unilever avait réussi à repousser celle-ci, mais avait dû composer avec des fonds activistes. Mis sous pression, Paul Polman leur avait promis d'améliorer les marges du groupe.

Des gages à La Haye

Rendu prudent par l'échec de 2018, le conseil d'Unilever a cette fois donné des gages au gouvernement néerlandais afin, vraisemblablement, de prévenir toute opposition. Il s'engage notamment à maintenir aux Pays-Bas le siège de sa division Produits alimentaires et Rafraîchissement s'il devait décider de la scinder du reste du groupe. Cette scission demeure donc une option pour Unilever; la division représente 40% de son chiffre d'affaires et est basée actuellement à Rotterdam.

52
milliards d'euros
Unilever a enregistré un chiffre d'affaires de 52 milliards d'euros en 2019.

L'action du futur ensemble restera cotée sur les bourses d'Amsterdam, Londres et New York. Sa première place de cotation sera désormais Londres.

Actif dans trois secteurs - les produits de beauté et de soins, les détergents et savons, les produits alimentaires et boissons -, le groupe Unilever est présent dans plus de 190 pays et a enregistré l'an dernier un chiffre d'affaires de 52 milliards d'euros. Il emploie 155.000 collaborateurs et exploite quelque 400 marques, parmi lesquelles Dove, Knorr, Magnum, Lipton ou Rexona.

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