analyse

Au niveau du prix mensuel, les voitures électriques sont déjà compétitives

©EPA

En finir avec les véhicules de société thermiques d’ici 2023 ne semble pas très compliqué au niveau des prix. Mais les bornes de recharge doivent suivre.

Face au manque d’infrastructure, aux véhicules plus chers ou au besoin de garage à domicile, passer au leasing électrique peut faire peur à beaucoup d’employés et d’employeurs. Une peur qu’il convient néanmoins de relativiser en fonction des réalités actuelles.

1. Les modèles arrivent en masse d’ici 2023

C’est fini le temps des modèles de voitures électriques qui se comptaient sur les doigts d’une main. La plupart des constructeurs automobiles arrivent dans les deux ans avec une grande offre de voitures électriques. La plus emblématique est peut-être l’I.D.3 de Volkswagen, avec des premières livraisons dès l’été prochain. Pour diminuer leurs moyennes de CO2, les constructeurs automobiles sont en effet contraints de proposer des voitures électriques afin d’éviter des amendes européennes. L’e-208 de Peugeot, l’e-Corsa d’Opel, la BMW i4 sont parmi les modèles qui vont se rajouter aux Nissan Leaf, Hyundai Kona, Audi e-tron, Mercedes EQC, Renault Zoé, Jaguar iPace, Tesla Model 3 et consorts déjà sur le marché.

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2. Pas particulièrement plus cher pour les entreprises

L’argument massue pour les voitures électriques vient du prix. "Il y a une offre qui arrive, mais difficile de dire à quelle rapidité. Pour l’instant, les voitures électriques coûtent de 20 à 25% en plus en leasing que les voitures thermiques. Cela va se traduire par une augmentation des prix pour les sociétés", nous répondait ainsi Frank Van Gool, le directeur de Renta, ce mardi matin.

"Le gouvernement doit prendre sa responsabilité au niveau du placement de bornes de recharge."
Miel Horsten
Directeur ALD Benelux

Quand ces voitures électriques sont plus chères, ne suffit-il pas d’opter pour un véhicule électrique d’une marque généraliste plutôt qu’une voiture thermique d’une marque Premium pour rester dans le même ordre de prix? "Oui c’est possible. Mais est-ce que tous les employés vont vraiment accepter cela? On va quand même descendre en confort. Peut-être que certaines personnes ont des véhicules d’une taille trop grande par rapport à leurs besoins, mais il y a aussi des familles qui ont besoin de véhicules d’une certaine taille. Que va-t-on faire pour eux?", répond Frank Van Gool.

En y regardant de plus près, dès aujourd’hui, un leasing d’une voiture électrique n’est pas particulièrement plus cher pour les entreprises. Selon les coûts totaux de possession que nous a fournis ALD Automotive, leader du marché du leasing, une Golf électrique coûte environ la même chose qu’une Golf diesel par mois à une entreprise, carburant et entretien compris. "Si nous tenons compte de la fiscalité et de la consommation, le véhicule électrique est une alternative viable pour les motorisations atmosphériques", abonde Miel Horsten, directeur Benelux d’ALD Automotive. La question est donc plus de savoir si le coût réel de la voiture est le même que celui qui est comptabilisé par l’entreprise dans le budget alloué au travailleur pour sa voiture. Ce qui peut beaucoup varier d’une entreprise à l’autre.

3. Taper dans la fourmilière

Visiblement, malgré un prix qui est pourtant attractif, le marché du véhicule électrique reste marginal. Si l’on en croit le secteur automobile (Renta, Febiac, etc.), il y a un manque criant de bornes de recharge en Belgique. La solution pourrait venir des constructeurs (qui construisent leurs bornes ou les installent chez les clients), voire même des sociétés de leasing. "Vu notre expérience, nous sommes parfaitement capables de prévoir les bonnes valeurs résiduelles pour les véhicules électriques et pouvons aider nos clients avec des solutions all-in (voitures +bornes de chargement par exemple). Nous sommes donc ravis de cette idée et voulons jouer un rôle actif dans la transition vers une mobilité écologique pour les entreprises, mais également pour les particuliers", détaille ainsi Miel Horsten.

Le marché des véhicules électriques s’affiche pour l’instant relativement stable, même si la Tesla Model 3 doit pousser les chiffres totaux de l’année 2019. Chez Nissan, où l’on vend des Leaf depuis 10 ans, c’est donc un peu la grimace. "Si j’ai une frustration cette année en Belgique, c’est d’avoir vendu moins de Nissan Leaf qu’en 2018", nous explique Koen Maes, le CEO de Nissan Benelux. Il serait donc selon lui bienvenu d’avoir un vrai coup de pied dans la fourmilière au niveau fiscal, pour que les voitures électriques se fassent enfin une place digne de ce nom en Belgique. "Le véhicule électrique a besoin d’un écosystème physique aussi. Le gouvernement doit prendre sa responsabilité au niveau du placement des bornes de recharge", estime Horsten.

3 questions à Frank Van Gool

Directeur de Renta

1/ Pour vous, 2023, c’est trop tôt pour des voitures de société exclusivement "zéro émission"?

Une bonne idée serait d’inclure les voitures hybrides dans une phase de transition, car tout le monde n’a pas un garage ou accès à une borne de recharge. Sur le fond, tout dépendra des modalités. Cette mesure vient de propositions du CD&V et de l’Open Vld. Il y avait déjà de grosses différences. Au CD&V, on était pour une grosse augmentation des cotisations ONSS dès 2023, qui aurait rendu le prix d’un véhicule non électrique impayable en société. À l’Open Vld, c’était via la déductibilité que l’on voulait travailler, avec une période de transition.

2/ C’est tout de même une bonne mesure environnementale ?

À peine 20% des kilomètres parcourus en Belgique le sont par des voitures de société. Si on vend ça comme une mesure révolutionnaire pour l’environnement, il faudra aussi regarder les 80% des voitures qui ne sont pas de société. En plus, les voitures de société ont deux ans en moyenne et ne sont donc pas les plus problématiques pour l’environnement.

3/ N’est-il pas justement important de pousser la voiture électrique dans le leasing pour avoir un marché de voitures électriques d’occasion dans quelques années?

C’est vrai que ça peut aider dans le marché de l’occasion, ça, c’est positif. Aujourd’hui, 80% des voitures que nous revendons après 4 ou 5 ans partent à l’exportation. Pour les voitures électriques, on s’attend à ce qu’elles restent sur le marché local, notamment parce qu’elles sont trop chères pour aller à l’Est. Et là on peut penser à un leasing de seconde vie pour ces véhicules, ce qui est intéressant.

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