interview

Carlos Tavares (PSA): "La bataille du véhicule électrique se fera sur les coûts"

Carols Tavares, CEO du groupe PSA. ©EPA

En plein salon "virtuel" de Genève, le patron de PSA s'affaire à sa stratégie d'électrification. La bataille se jouera sur les coûts pour rendre les véhicules abordables, explique Carlos Tavares.

Le Salon de Genève étant annulé, c’est par téléphone que le grand patron de PSA, Carlos Tavares nous a accordé un moment presse avec quelques autres médias. L’homme qui a redressé Peugeot et Citroën, racheté Opel et arrange le mariage avec le groupe Fiat Chrysler s’active aussi sur le front de l’électrification et de la bataille contre les grammes de CO2.

On entend qu’il y a un basculement de l’électrique vers le thermique en production parce qu’il y a des tensions sur l’arrivée des batteries d’Asie, est-ce vrai?

Nous avons une stratégie de plateforme multiénergie avec des véhicules thermiques et électriques sur les mêmes lignes. Cela fait des merveilles dans le contexte que nous vivons. Cette flexibilité nous est fort utile, même si nous aurions préféré ne pas devoir la tester. Les clients sont au rendez-vous pour l’électrique? En fonction des différents modèles, les ventes des véhicules électrifiés oscillent entre 10 et 20%. Nous avons des acheteurs qui sont des citoyens engagés sur la cause environnementale. Il est encore un peu trop tôt pour porter un jugement. Il faudra voir au-delà de ceux qui ont un message à faire passer pour connaître le profil de nos acheteurs.

S’il y a pénurie de batteries, y aura-t-il une demande de report des objectifs de CO2 européens?

Je n’en vois pas le risque pour l’instant. Nous avons déjà énormément travaillé, pas uniquement sur les véhicules électrifiés, mais aussi sur le thermique. On a fait de gros progrès sur l’aérodynamique, le chauffage, les sous-caisses, la résistance au roulement des pneumatiques, etc. La preuve vient des améliorations spectaculaires sur notre CO2 au second semestre 2019.

Les délais seront-ils rallongés pour les commandes de véhicules à batterie?

C’est possible pour la mi-année, la demande pourrait être plus grande que prévu. Nous tenons nos clients informés des dates prévisionnelles de livraison. Mais nous avons un nombre significatif de véhicules qui sont prêts à l’avance dans le réseau.

En 2020-2025, ce sera la grande bagarre de diminution des coûts pour rendre ces voitures électriques abordables.
Carlos Tavares
CEO de PSA

Vous craignez une bataille sur ces composants batterie dans les mois qui viennent? Plusieurs groupes rencontrent déjà des problèmes d’approvisionnement sur les batteries...

Nous avons anticipé stratégiquement par la création du fournisseur européen de batteries dans notre partenariat avec Total (Saft). Nous avons pris cette décision avec Total en bonne complicité avec les pouvoirs publics et l’Union européenne. Nous ne voulons pas, sur quelque chose qui vaut 50% de la valeur ajoutée d’un véhicule, être totalement dépendants de nos fournisseurs asiatiques. J’observe qu’il n'y a que des remarques dispersées entre ceux qui ont estimé que c’était une excellente initiative et ceux qui considéraient que ce n’était pas une bonne décision. Les signes de ce que vous décrivez ne sont pas visibles actuellement. Ils pourraient l’être un jour ou l’autre.

Comment faire pour garantir la rentabilité de ces véhicules?

Nous allons agir sur les coûts et les recettes. La grande bataille, sous les contraintes de CO2 qui nous sont assignées, c’est de rendre cette mobilité propre abordable. Il faut que les voitures soient accessibles au plus grand nombre et que l’effet de masse soit une réalité. Il y aura une recherche de productivité accrue pour offrir des véhicules zéro émission que les clients savent se payer. En 2020- 2025, ce sera la grande bagarre de diminution des coûts pour rendre ces voitures abordables.

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