interview

Faut-il s'inquiéter pour l'avenir des usines Opel?

Carlos Tavares, CEO de Peugeot Citroën, lors du 87e salon de l'auto de Genève. ©REUTERS

PSA veut amener les bonnes pratiques chez Opel. Son patron, Carlos Tavares responsabilise les équipes d'Opel qui doivent construire leur propre redressement.

"Je mène une vie excitante, ne me plaignez pas", répond à une journaliste dans un sourire Carlos Tavares, le patron de PSA qui vient de plier le rachat d’Opel en l’espace de 4 mois à peine et qui saute de réunion en réunion au salon de Genève avec un planning minuté à faire pâlir certains ministres.

Il nous accorde, à nous et quelques journalistes, quelques minutes sur le stand de la marque DS. Pas le temps de s’asseoir : les questions des journalistes fusent.

Faut-il s’inquiéter pour l’avenir des usines Opel?

Ils doivent améliorer leurs performances. Nous les aiderons à devenirs plus efficaces comme on l’a fait avec PSA. Ils auront alors un meilleur futur.

Le deal c’est une bonne nouvelle donc?

C’est une bonne nouvelle pour tout le monde. En fin de compte, nous faisons face à un problème. Si cette compagnie a fait des pertes depuis plus de 10 ans, ça veut dire que cette compagnie n’est pas durable avec la performance actuelle. Ce que nous voulons faire, c’est aider à résoudre les problèmes. Si nous sommes plus performants, nous devenons profitables. Si nous sommes profitables, nous devenons durables.

Durant les prochaines années, vous allez vous retrouver avec énormément de capacité excédentaire et vous n’aurez pas encore réalisé les économies de coûts. Qu’allez-vous faire de cette capacité?

Nous ne spéculons pas sur le futur. Le pire peut toujours arriver, mais nous nous battons pour le meilleur. Laissez-moi vous rappeler que dans le groupe PSA, nous avons réussi à diminuer le seuil de profitabilité d’un millions de voitures. Si un scénario noir devait arriver, nous voulons avoir une situation financière saine pour résister. Nous voulons aller le plus vite possible pour améliorer la performance.

Que cela veut-il dire pour le reste de l’industrie?

Opel continuera de faire son business de la manière qu’il trouve la plus adaptée. Leur politique de prix, nous en parlerons avec eux, mais c’est surtout dans les coûts que l’on peut faire une différence. La structure de coûts sera plus intéressante avec le volume.

"C’est une opportunité d’avoir des usines au Royaume-Uni".

"Opel sera gérée par les équipes d’Opel. Nous mettrons les meilleures pratiques à leur disposition".

"Une fois que les Opel seront sur les plateformes PSA, nous pourrons les exporter partout".

"Les gens achètent des marques. Pas des groupes automobiles".

C’est très clair dans nos esprits que nous n’avons pas l’intention de venir chez Opel avec un plan préchauffé. La marque sera gérée par les équipes d’Opel. Nous souhaitons créer un cadre dans lequel, avec les bonnes méthodologies, les employés d’Opel puissent construire leur propre plan de redressement. Ils en bénéficieront les premiers. Nous mettrons toutes les meilleures pratiques sur la table. C’est à eux de prendre ce qu’ils veulent.

Avec 17% du marché en Europe, nous avons plus de poids pour influencer le marché. Mais notre but est de satisfaire les clients. C’est la seule chose que nous devrions faire, car c’est ça qui assure la durabilité d’une compagnie.

Il y a deux semaines, vous disiez que vous étiez soulagé de ne pas avoir d’usine au Royaume-Uni…

Aujourd’hui, je vous dit que c’est une opportunité d’en avoir. Si nous avons un "hard Brexit", le fait d’avoir une empreinte au Royaume-Uni pour y fournir le marché avec des barrières tarifaires, ce serait une très bonne chose. Il faudrait juste dans cette situation développer une base de fournisseurs locale qui vend en pounds.

Opel n’a pas fait un bon boulot jusqu’ici?

Je pense qu’ils ont fait ce qu’ils pouvaient. Avec General Motors et les résultats sur les dernières années, ils se sont déjà bien améliorés. Ils ne sont pas rentables, mais c’est à cause du Brexit. Ils sont sur le bon chemin. Nous devons supporter le momentum et l’accélérer. Maintenant, il ne faut pas juste être à l’équilibre. Il faut être bien profitable.

 

Quels marchés d’exportation pour Opel?

Beaucoup de marchés où les clients considèrent les marques allemandes. Si vous regardez les recherches marketing dans certains marchés, vous verrez que les gens choisissent des marques selon leur origine. Il est très clair que peu de gens passent des marques allemandes aux françaises. Certains consommateurs ont une meilleure opinion des marques allemandes en raison de l’image des premiums. Nous aurons un portefeuille plus large pour répondre à ces besoins.

Quel avenir pour Vauxhall dans tout ça ?

Il y a toujours un sens marketing d’avoir une marque locale pour le marché. Vauxhall est plutôt une bonne chose qu’une mauvaise chose. On me parle souvent d’emplois, mais moi je me demande comment on peut aider l’équipe manufacturière pour améliorer leurs performances, utiliser les meilleures pratiques des quatre dernières années de PSA. Ils sont intelligents et talentueux, ils prendront ce qu’ils trouvent utile.

Il n'y a pas d’accord de non-concurrence avec GM ?

Tant que j’utilise ma propre propriété intellectuelle, je suis libre. Quand nous pourrons utiliser la propriété intellectuelle de PSA pour les Opel, nous pourrons exporter des modèles d’Opel, ce qui n’est pas possible aujourd’hui. C’est une transition excitante. En réduisant nos coûts, et en améliorant la qualité, nous pourrons exporter, ce qui débouchera sur une super opportunité pour les usines.

Il y a beaucoup de spéculation sur ce que vous achetez réellement. Quels sont les brevets que vous achetez? Pourrez-vous continuer à travailler sur ces véhicules? Pourrez-vous vendre des Ampera-e et développer des véhicules électriques sur cette base?

C’est une question pertinente. Pour l’Ampera-e, nous pourrons continuer à la vendre pendant de longues années, ça fait partie du deal. Pour tout le reste, quand on passera de la génération de modèles actuels à la suivante, nous passerons de la propriété intellectuelle de GM vers celle de PSA. À partir de ce moment-là, nous pourrons vendre dans le monde entier.

Et les équipes de R&D de Russelheim, pourrez-vous utiliser leurs recherches?

Évidemment. Nous serons très contents d’avoir une plus grande force de R&D. Nous sommes 5 marques ne l’oubliez pas. Il faudra que les voitures d’Opel soient développées par Opel. Les CEO décideront entre eux de ce qu’ils font ensemble, car ils personnifient leurs marques et les représentent. Il ne faut pas oublier que les gens achètent des marques et pas des groupes automobiles.

Combien de temps va prendre la transition?

Le changement dépend des modèles. Nous attendrons la fin de cycle des produits. Un véhicule vit 6 à 7 ans, donc ça peut prendre un peu de temps. Mais il ne faut pas oublier que nous travaillons déjà avec Opel et que nous lançons des modèles avec eux. Ces modèles peuvent déjà être vendus à l’étranger.

Quelles sont les implications pour le réseau Opel?

J’ai rencontré les responsables du réseau hier. Je leur ai dit que tout le "product planing" d’Opel sera protégé et que toutes les technologies d’électrifications seront à leur disposition.

©EPA

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés