La France conditionne son soutien à Ghosn à la tête de Renault à une baisse de sa rémunération

Carlos Ghosn reconduit au poste de PDG de Renault ©BLOOMBERG NEWS

Le conseil d'administration du groupe Renault a donné son feu vert à un nouveau mandat de PDG de Carlos Ghosn. Le groupe qui a aussi annoncé dans la foulée la création d'un poste de numéro deux confié dès lundi prochain à l'actuel directeur à la compétitivité, Thierry Bolloré.

Le conseil d'administration de Renault a donné ce jeudi son feu vert à un nouveau mandat de PDG de Carlos Ghosn qui a parallèlement nommé un numéro deux pour le groupe, Thierry Bolloré, conformément au souhait de l'Etat français de le voir préparer sa succession.

Bruno Le Maire, le ministre français de l'Economie, a assuré avoir conditionné son soutien  au PDG de Carlos Ghosn à une baisse de sa rémunération "trop élevée", estimant que l'Etat actionnaire n'était "pas spectateur, mais acteur""Oui, je le lui ai demandé", a affirmé Le Maire sur CNews, à propos de la diminution de 30% du salaire du PDG de Renault. 

"Mais j'ai dit très clairement à M. Ghosn que nous ne pouvions pas voter pour un dirigeant qui avait des rémunérations aussi élevées et que s'il souhaitait le vote par l'Etat de sa reconduction, il devait diminuer sa rémunération. Il a accepté."
Bruno Le Maire
ministre français de l'Economie

"Mais j'ai dit très clairement à M. Ghosn que nous ne pouvions pas voter pour un dirigeant qui avait des rémunérations aussi élevées et que s'il souhaitait le vote par l'Etat de sa reconduction, il devait diminuer sa rémunération. Il a accepté", a-t-il ajouté. 

"Le mandat de Carlos Ghosn sera soumis à l'Assemblée générale des actionnaires le 15 juin", a indiqué Renault dans un communiqué. Soulignant les "résultats exceptionnels" obtenus sous Ghosn par l'entreprise, le conseil d'administration lui a "également renouvelé sa pleine confiance en tant que Président-Directeur Général de Renault et Président-Directeur Général de l'Alliance" Renault-Nissan-Mitsubishi.

Diminution de salaire

Carlos Ghosn a accepté une diminution de son salaire de 30%, permettant au représentant de l'Etat au conseil d'administration de voter sa rémunération, a annoncé le ministre de l'Economie et des Finances Bruno Le Maire. "Désormais, cela nous donne les meilleures conditions pour préparer la prochaine assemblée générale" du 15 juin, a-t-il ajouté, alors que cette rémunération avait constitué dans le passé un sujet de conflit.

Les administrateurs ont fixé "trois objectifs prioritaires" pour le prochain mandat de quatre ans:

  • Le PDG devra, selon eux, "piloter les enjeux stratégiques du Plan Drive the Future", qui vise un chiffre d'affaires de 70 milliards d'euros en 2022 contre un peu plus de 50 en 2016.
  • Il devra aussi "engager les étapes décisives permettant de rendre l'Alliance pérenne".
  • Il devra également "renforcer le plan de succession à la tête du Groupe Renault".

Création d'un poste de numéro 2

L'alliance constitue un groupe aux équilibres complexes, entre intérêts français et japonais. Ce montage repose aujourd'hui en grande partie sur la personnalité du dirigeant franco-libano-brésilien. Carlos Ghosn, qui dirige Renault depuis 2005 et aura 64 ans en mars, a en outre décidé, "après avoir reçu l'avis favorable du Conseil d'administration, de nommer Monsieur Thierry Bolloré aux fonctions de Directeur Général Adjoint Groupe, à compter du 19 février 2018".

Thierry Bolloré devient le numéro 2 chez Renault ©Bloomberg

Bolloré est arrivé chez Renault en 2012 après une carrière internationale, dont plusieurs postes en Asie, pour le manufacturier de pneumatiques Michelin et l'équipementier Faurecia. Agé de 54 ans, il était jusqu'ici directeur délégué à la compétitivité. L'Etat français, qui détient 15,01% du capital de Renault et 21,93% des droits de vote, insiste de longue date pour créer ce poste de numéro deux.

Celui-ci aurait vocation à succéder ultérieurement à Carlos Ghosn. Le gouvernement n'avait pas caché sa volonté de voir un Français nommé à ce poste. Il s'inquiète notamment pour la pérennité de l'alliance et son ancrage français, dans la perspective de l'après Carlos Ghosn.

"Nous avons augmenté nos parts de marché sur tous les continents"

Renault a publié  un bénéfice net 2017 "record", en hausse de 50% à 5,1 milliards d'euros, et a annoncé viser un maintien de sa marge opérationnelle au-dessus de 6% en 2018.
Le chiffre d'affaires du groupe a progressé de 14,7% à 58,8 milliards d'euros, profitant de l'intégration pour la première fois de la filiale russe Avtovaz (marque Lada) dans le compte de résultats. Hors Avtovaz, il progresse de 9,4%.
La marge opérationnelle, à 3,9 milliards d'euros, représente 6,6% du chiffre d'affaires. Hors Avtovaz elle s'élève à 6,8% du chiffres d'affaires, contre 6,4% en 2016. Le résultat d'exploitation a progressé de 15,9% à 3,8 milliards d'euros.
La contribution du partenaire japonais Nissan, détenu à 44% par Renault, s'est élevée à 2,8 milliards d'euros.
Les bons résultats financiers s'expliquent par "des marchés porteurs" mais aussi une "performance intrinsèque de Renault vraiment bonne", a expliqué Clotilde Delbos, directrice financière du groupe.
"Nous avons augmenté nos parts de marché sur tous les continents", a-t-elle souligné.

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