analyse

La production de la Chloé est retardée d'un an à Charleroi

©Tim Dirven

La production de la Chloé, le véhicule électrique du chinois Thunder Power, débutera à Charleroi en 2022. Il y a 5 mois, la Sogepa tablait sur une mise en production en 2021 afin de ne pas se faire distancer par la concurrence.

Présent en Chine avec la délégation de la mission princière belge depuis le week-end dernier, le ministre de l’Économie Willy Borsus a profité de son passage à Shenzhen pour rencontrer les dirigeants de Thunder Power. Le temps d’un léger lunch mercredi midi, le numéro deux du gouvernement wallon PS-MR-Ecolo a fait le point sur le déploiement des voitures électriques de Thunder Power sur l’ancien site de Caterpillar à Charleroi. 

"Le message que le CEO me délivre, c’est un message très volontariste, c’est un message qui détaille le travail fait ici en Chine. Il m’a expliqué l’avancement de la construction de leur usine en Chine. À la suite de cet entretien, je reviens avec un sentiment positif", confie Willy Borsus.

L’espoir carolo

En cheville avec la Sogepa, l’ambition de Thunder Power est de lancer la production d’une petite citadine électrique sur l’ancien site de l’américain Caterpillar. Le projet initial présenté l’été 2018 misait sur la Sedan, une grosse berline électrique. La configuration du marché européen a cependant poussé les acteurs du dossier à miser par la suite sur la Chloé, une petite citadine qui correspond mieux aux attentes des consommateurs européens.

Cela me semble être un processus raisonnablement rapide pour un projet de cette ampleur
Willy Borsus
ministre wallon

Sur le plan financier, le projet carolo représente un investissement de 175 millions d’euros à Charleroi, dont 50 millions à charge de la Région wallonne. Plus compliqué à faire avaler à la Région, les Chinois avaient à l’époque exigé que l’apport financer de la Région wallonne soit versé directement sur le compte de la holding basée aux Îles Vierges, un paradis fiscal repris dans la liste "grise" de l’OCDE et qui soulève une série de questions notamment sur les bénéficiaires des fonds.

En échange, les Chinois promettent de créer des centaines d’emplois à Charleroi en installant dans un deuxième temps leur centre de recherche et éventuellement une usine de production de batteries pour les véhicules électriques. On voyait grand!

Début de la production en 2022

Voilà pour le rappel des faits. Aujourd’hui, si l’objectif reste bien de lancer la construction de la Chloé en Europe avant que le véhicule existe en Chine, le calendrier dévoilé par les responsables chinois à Shenzhen hier fait état d’un retard dans l’état d’avancement du projet carolo.

Selon toute vraisemblance, la filiale belge de Thunder Power devrait être constituée d’ici la fin de l’année, voire début 2020. Dans la foulée, début de l’année prochaine, les équipes se chargeront de boucler le volet financier du projet. En parallèle, Thunder Power, aidé par l’intercommunale de développement économique carolo Igretec et la Sogepa, lancera une série de procédures afin d’obtenir les autorisations, les homologations du véhicule et les permis de construire. "La construction de l’usine à Charleroi commencera début 2021 et en 2022 débutera la production du véhicule", précise le ministre de l’Économie.

 Faut-il craindre la concurrence?

 Ce report d’un an pour la production par rapport au projet initial qui parlait de 2021 est d’autant plus interpellant qu’en juin dernier, Renaud Witmeur, le patron de la Sogepa, avait insisté sur la nécessité d’accélérer le projet face à une concurrence automobile européenne de plus en plus mobilisée dans le créneau de la voiture électrique.

"On est dans un marché du véhicule électrique qui est très concurrentiel."
Willy Borsus
Ministre de l’Économie

Afin de booster le tempo, les responsables chinois de Thunder Power avaient ainsi accepté de lancer la production de la Chloé en Europe avant même que cette dernière ne soit produite en Chine. À l’époque, le calendrier parlait d’un début de production en 2021 à Charleroi et il était vu comme une réponse nécessaire face à l’arrivée de la concurrence électrique sur le marché européen.

Pour expliquer ce retard aujourd’hui, certains acteurs du dossier pointent la complexité du projet.Mais le retard peut également se justifier par les procédures d’homologation des véhicules plus longues et plus complexes en Chine depuis quelques mois.

Un pari risqué

La grande question est maintenant de savoir si un nouveau délai sera dommageable pour l’avenir du projet carolo… En tout cas, tant à la Sogepa que du côté du ministre de l’Économie, personne ne se voile la face: on reconnaît que le projet est risqué. "On est dans un projet financier qui est complexe et dans un marché du véhicule électrique qui est très concurrentiel. Il y a une part d’incertitude mais le sentiment qui est le mien, c’est un sentiment positif par rapport aux interlocuteurs", estime Willy Borsus.

Face à cette inconnue, un acteur du dossier conclut avec une note d’espoir: "Ce projet, c’est un pari sur l’avenir.Il est toujours tenable mais c’est l’innovation qui permettra de faire la différence avec la concurrence." Et aussi le prix de vente du véhicule!

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