La responsable du dieselgate réhabilitée par la Justice allemande

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Le tribunal du Travail de Braunschweig a obligé ce jeudi le constructeur Volkswagen (VW) à modifier sa stratégie de défense dans le scandale des moteurs diesel truqués. Il devra réintégrer une cadre licenciée présentée comme responsable du scandale.

Stefanie J. pourra retourner dès ce matin si elle le souhaite à son poste de travail chez Volkswagen (VW), à Wolfsburg. Le tribunal des Prud’hommes de Braunschweig, dans le centre de l’Allemagne, a jugé ce jeudi "abusif" le licenciement pour "faute grave" de cette ancienne cheffe d’un service informatique et nié à Volkswagen tout droit à lui réclamer des dommages et intérêts pour le scandale des moteurs diesel truqués. Le groupe devra lui verser arriérés de salaires et de cotisations.

Le constructeur ne pourra plus demander à ses salariés de dommages et intérêts pour couvrir la pénalité de 33 milliards d’euros versée aux USA.

Surtout, VW devra changer sa stratégie de défense face aux tribunaux dans le scandale des moteurs diesel truqués. Le groupe, qui n’a jamais entrepris la moindre démarche juridique contre son ancien président omnipotent, Martin Winterkorn, à qui il verse même l’intégralité de sa retraite maison (3.100 euros par jour), a par contre engagé plusieurs procédures contre d’anciens cadres, présentés comme ayant "trompé" la direction. Le jugement rendu jeudi est le premier en la matière. Un second jugement est attendu pour l’automne, portant cette fois sur le cas d’un membre du directoire lui aussi licencié.

Stefanie J. est entrée chez Volkswagen en 1995. Cette ingénieure en génie des procédés de 52 ans y suit une carrière exemplaire qui la mènera jusqu’au poste de contrôleur de la qualité sur la chaîne de la Golf. Elle touche alors 15.333 euros bruts par mois. Jusqu’à son licenciement abrupt dans le sillage du scandale des moteurs diesel truqués, en août 2018.

"Le scandale est déjà suffisamment fâcheux comme ça… Mais la stratégie de défense de Volkswagen nuit encore plus à l’image du groupe."

Stefanie J. aurait fait partie, selon son ancien employeur, d’un cercle de cadres supérieurs qui auraient développé à l’insu de la direction le logiciel manipulant les émissions de CO2 des véhicules à moteur diesel du groupe, à l’origine du scandale. Volkswagen, qui lui avait accordé une nouvelle promotion en avril 2017, soit un an et demi après l’éclatement du scandale, reproche également à son ancienne salariée d’avoir détruit des documents compromettants… VW, jugeant Stefanie J. et d’autres cadres du groupe responsables de l’affaire, leur demandait dans une autre procédure des dommages et intérêts, afin de compenser les 33 milliards d’euros de pénalités que le groupe a dû verser aux Etats-Unis.

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Stefanie J. a reconnu les faits qui lui sont reprochés. Mais son avocat assure qu’elle aurait agi sous la pression, et non à l’insu de sa hiérarchie. L’intéressée a assuré pour sa défense avoir reçu comme consigne de "construire le truc, mais de ne pas se faire prendre." "Le scandale est déjà suffisamment fâcheux comme ça… Mais la stratégie de défense de Volkswagen nuit encore plus à l’image du groupe", s’indigne le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung, rappelant que Deutsche Bank avait suivi une stratégie similaire en 2013, présentant une poignée de salariés comme "des criminels cherchant à nuire à leur hiérarchie". Le tribunal des Prud’hommes de Francfort avait lui aussi tranché en faveur des salariés, jugeant leur licenciement abusif.

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