interview

Le secteur automobile aborde 2019 avec beaucoup d'appréhension

L’e-tron, grand espoir électrique d’Audi construit dans son usine à Bruxelles. ©doc

En 2018, les ventes de voitures sont reparties à la hausse. Mais les guerres commerciales, la difficile percée des voitures électriques et les méga investissements dans les nouvelles technologies jettent une ombre sur 2019.

L’année 2018 fut un grand cru. Après 11 mois, les ventes de voitures en Belgique et en Europe dépassaient les résultats – déjà excellents – de 2016 et de 2017. Mais les premiers nuages noirs s’amoncellent dans le ciel. En 2018, les ventes de voitures en Chine – le plus grand marché automobile au monde – ont baissé pour la première fois. "Le film est mis sur ‘pause’", explique l’expert en automobile allemand Ferdinand Dudenhöffer. Avec la fin annoncée du diesel et la difficulté des voitures électriques à percer sur le marché, les constructeurs doivent investir massivement dans les moteurs électriques et dans les technologies pour voitures autonomes.

Comment l’industrie automobile survivra-t-elle en 2019? Aperçu des six principales questions que le secteur se pose aujourd’hui.

1. Les ventes de véhicules au diesel continueront-elles à s’effriter?

En 2018, la popularité du diesel a pris un coup dans l’aile. Les menaces d’interdiction du diesel dans plusieurs villes allemandes, l’introduction de zones à basses émissions dans des villes comme Bruxelles et Anvers et la hausse du prix à la pompe ont érodé l’attrait des modèles au diesel. Alors qu’à la mi-2017, près de la moitié des nouvelles voitures vendues en Belgique étaient encore équipées d’un moteur au diesel, leur proportion s’était réduite à 32% à peine en novembre 2018. Le diesel poursuivra-t-il son déclin en 2019?

La question du diesel se pose de façon aiguë pour les constructeurs allemands, qui ont investi des milliards dans cette technologie.

Les constructeurs automobiles tiennent à souligner que le diesel reste le carburant idéal pour ceux qui parcourent de nombreux kilomètres. Mais ce discours sera-t-il entendu en 2019? "Chez les particuliers, on a atteint le plafond pour le diesel, estime Michel Martens, du service d’étude de la Febiac, la fédération automobile belge. Mais tant que les voitures électriques ne perceront pas, le diesel restera intéressant pour le marché professionnel." La Febiac estime que la proportion de 25% de véhicules au diesel constitue le minimum absolu.

La question du diesel se pose de façon particulièrement aiguë pour les constructeurs allemands Mercedes, BMW et Volkswagen qui, tout récemment encore, ont investi des milliards d’euros dans cette technologie.

2. Les voitures électriques réussiront-elles à s’imposer?

Le remplacement des voitures à essence et au diesel par des véhicules électriques pourrait résoudre le problème des émissions. Mais alors que la percée des voitures électriques est annoncée régulièrement, les Belges restent frileux. Moins de 1% des nouvelles immatriculations en Belgique sont des voitures électriques.

Martens ne s’attend pas à une percée des voitures électriques avant 2020. "En 2019, nous verrons surtout débarquer des voitures électriques du segment supérieur." On pense par exemple au grand "game changer", le Model 3 de Tesla, qui devrait enfin débarquer en Europe au printemps 2019. Mais la concurrence s’est préparée à l’arrivée de Tesla et compte bien faire face. En septembre dernier, Audi a notamment lancé l’e-tron, un SUV électrique qui sera construit dans son usine bruxelloise. Sa version Sportback suivra en 2019. Mercedes-Benz lancera également sa première voiture 100% électrique en 2019, le SUV EQC, qui devrait se vendre entre 60.000 et 80.000 euros. La version électrique de la Volvo XC40, le petit SUV fabriqué par l’usine de Gand, sera aussi commercialisée en 2019.

Deux marques chinoises ont annoncé en 2018 qu’elles allaient construire des voitures électriques en Belgique. Il s’agit de l’entreprise hongkongaise Thunder Power, qui produira des voitures électriques compactes à partir de la fin 2020 sur l’ancien site de Caterpillar à Gosselies. Lynk & Co, la marque de l’actionnaire chinois de Volvo, Geely, comptait lancer la construction de SUV tendance dans l’usine gantoise de Volvo à partir de la fin 2019, mais le constructeur a récemment annoncé le report de ses projets pour des raisons d’ordre "macroéconomique".

3. Les constructeurs automobiles réussiront-ils à respecter les objectifs européens en matière d’émissions?

D’après les réglementations européennes, les nouvelles voitures ne pourront émettre qu’un maximum de 95 g de CO2 à l’horizon 2021. Cela s’annonce difficile car en 2017, les émissions moyennes des nouvelles voitures vendues en Belgique se montaient encore à 115,8 g de CO2 par km. Les constructeurs qui ne répondront pas à ces normes en 2021 devront s’acquitter d’une amende par véhicule non conforme immatriculé. Cette mesure devrait coûter des milliards d’euros aux constructeurs de voitures polluantes.

La tâche est encore compliquée par l’arrivée du test d’émissions européen WLTP (Worldwide Harmonised Light Vehicle Test Procedure), qui entrera en vigueur le 1er septembre. Ce nouveau test doit mesurer les émissions dans des conditions de conduite réelles, et pas seulement en laboratoire. Vu que ce test est plus réaliste que l’ancien New European Driving Cycle (NEDC), les émissions affichées des nouvelles voitures devraient nettement augmenter.

Parallèlement, les constructeurs sont de plus en plus sous pression pour réduire encore davantage les émissions de CO2. Les émissions de CO2 des voitures neuves devront être réduites de 37,5% d’ici 2030. L’industrie automobile dénonce un accord "socialement et économiquement injustifiable". Les écologistes trouvent que c’est toujours insuffisant.

4. La nouvelle génération de CEO survivra-t-elle?

Plusieurs marques ont perdu leur patron iconique en 2018. Le patron emblématique de Fiat, Sergio Marchionne, est décédé en juillet, le CEO de Volkswagen, Matthias Müller, a dû faire un pas de côté en avril. Le CEO d’Audi, Rupert Stadler, et celui de Renault, Carlos Ghosn, sont en prison. Le CEO de Daimler-Benz, Dieter Zetsche, partira à la retraite l’an prochain. La nouvelle génération – encore inconnue à ce jour – se retrouvera sous forte pression pour préparer les marques à la vague des voitures électriques et autonomes.

Le monde de l’automobile a surtout été secoué par la chute de Ghosn. Les tensions internes suite à l’alliance entre Renault, Nissan et Mitsubishi – le "bébé" de Ghosn – existent depuis des années. Son arrestation pour fraude a mis la collaboration franco-japonaise sous forte pression. Après Daimler-Chrysler, VW-Suzuki et Ford-Volvo, l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi pourrait être la prochaine à se retrouver au tapis.

5. Le secteur automobile retrouvera-t-il des couleurs en Bourse?

En 2018, les actions des constructeurs automobiles ont perdu près de 25% de leur valeur et font partie des grandes perdantes en Bourse. Depuis l’été, les avertissements sur résultats se succèdent, tant au niveau des constructeurs (comme BMW) que des sous-traitants (comme Michelin).

Le secteur a été fortement touché par la guerre commerciale lancée par le président américain Donald Trump.

Les nouvelles normes d’émission européennes n’ont pas aidé. "Les clients temporisent et commandent moins parce qu’ils souhaitent se débarrasser de leurs stocks", a expliqué Françoise Chombar, la patronne de Melexis, début décembre lors d’une journée réservée aux analystes. Melexis est un important fournisseur de puces électroniques pour le secteur automobile.

Les entreprises belges ne sont pas épargnées. En plus de Melexis (semi-conducteurs), on trouve sa société sœur X-Fab, Umicore (catalyseurs) et Recticel (habillage intérieur). En 2018, 30% en moyenne de leur valeur boursière sont partis en fumée.

6. Les voitures autonomes viendront-elles bientôt vous chercher?

Les voitures autonomes devraient révolutionner l’industrie automobile à moyen-long terme. En 2018 ont eu lieu en Belgique les premiers tests sur la voie publique. Mais on ne verra encore aucune voiture autonome sur nos routes en 2019.

General Motors se montre très ambitieux. En 2019, le constructeur américain veut lancer la production à grande échelle de voitures autonomes sans volant ni pédales. L’an dernier, Volkswagen a noué un partenariat avec la filiale d’Intel, Mobileye, pour lancer en Israël un service de taxis sans chauffeur dès l’an prochain.

Les entreprises technologiques se lancent, elles aussi, dans ce secteur prometteur. Avec sa filiale Waymo, Google est aujourd’hui la société la plus avancée dans le développement de voitures autonomes. Alors que la plupart des entreprises se limitent aujourd’hui à des tests à petite échelle, Waymo souhaite dès la fin 2018 lancer son programme Early Rider en Arizona. Les résidents pourront utiliser les voitures sans chauffeur comme taxis pour se rendre au travail ou à l’école.

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