Nissan va s'imposer une drastique cure d'amaigrissement

Le patron de Nissan, Hiroto Saikawa, est de plus en plus contesté. ©AFP

Le constructeur japonais Nissan, un temps force de l'alliance qui l'unit au français Renault, est en plein marasme: il s'apprête à annoncer jeudi des mesures drastiques pour redresser ses comptes, les médias japonais évoquant plus de 10.000 suppressions de postes.

Le patron de Nissan, Hiroto Saikawa, avait prévenu au printemps: les réformes seront douloureuses, et le groupe n'a pas d'autre choix, acculé selon lui par la stratégie d'expansion à marche forcée menée par Carlos Ghosn, sauveur aujourd'hui vilipendé. "Nous ne commentons pas les spéculations", a réagi une porte-parole de Nissan. Mais d'après l'agence de presse Kyodo et des grands journaux, l'annonce tombera ce jeudi, à l'occasion de la publication par le constructeur de ses résultats trimestriels qui devraient être très médiocres.

Après une dégringolade de son bénéfice net de 57% en 2018/19 (exercice clos fin mars), Nissan redoute un nouveau plongeon de moitié cette année, à 170 milliards de yens (1,4 milliard d'euros), au plus bas en une décennie. Son compatriote Mitsubishi Motors, dernier venu dans l'alliance, présente quant à lui ses comptes ce mercredi et, après une très bonne année, il s'attend également à des profits en chute. 

"Inévitable"

Aux 4.800 postes déjà évoqués en mai par Nissan, au moins 5.200 emplois additionnels sont dans le viseur. Les réductions pourraient concerner des sites en Amérique du Sud et dans d'autres régions où la rentabilité de Nissan est faible, rapporte Kyodo. 

In fine, les effectifs seront diminués de plus de 7% dans un groupe de 139.000 collaborateurs. "C'est une réponse appropriée à des ventes moroses", a commenté froidement Janet Lewis, spécialiste du secteur chez Macquarie Capital Securities. "Les constructeurs automobiles sont en petite forme, et certains doivent réduire leur production", dit-elle, prenant en exemple les américains Ford et General Motors.

Une restructuration de grande échelle de l'ensemble de Nissan, et pas seulement des usines, est inévitable.
Tatsuo Yoshida
Analyste automobile chez Sawakami Asset Management

"Sourd ou aveugle"

Dans un contexte difficile pour l'industrie, Nissan semble aujourd'hui à bout de souffle. La firme subit un net recul des ventes de ses voitures aux Etats-Unis et en Europe, sans compter l'impact sur son image de l'affaire Ghosn elle-même. 

La compagnie nippone a largement contribué à déclencher la saga en menant l'enquête en interne sur son emblématique patron. Arrêté en novembre, le magnat déchu a depuis été inculpé à quatre reprises par la justice japonaise. "Il n'y a pas de formule magique pour ressusciter Nissan", mais il faut un "leadership solide" et ce n'est pas le cas de M. Saikawa, qui reste à la direction faute d'autres candidats potentiels, selon l'expert.

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