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Nous avons regardé la TV en roulant

Test Audi AI ©Audi

Audi lance le premier modèle de série qui vous permet de faire autre chose que de regarder la route. La première option de niveau 3 de conduite autonome et de série, le "Traffic Jam Pilot", est prêt pour sa nouvelle A8. Reste aux législateurs de suivre.

"Nous devons être les seuls d’Allemagne à aimer les bouchons", plaisante Peter Bergmiller, project lead chez Audi. Son job est en effet des plus inhabituels. Audi est sur le point de fournir pour la première fois sur des véhicules de série un système autonome de niveau 3. Comprenez qu’il s’agira du premier système qui vous permet de faire autre chose que de regarder la route pendant qu’il est enclenché.

Dans le cas présent, il s’agit du "Traffic Jam Pilot" qui permet de laisser la voiture conduire toute seule sur l’autoroute dans des situations d’embouteillages ou d’accordéon jusqu’à 60 kilomètres/heure. Un système que L’Echo a pu tester avec quelques journalistes triés sur le volet dans la région de Düsseldorf.

Demonstration de la conduite autonome dans un embouteillage

Nous avons dû nous lever tôt pour être sûr de bien trouver les embouteillages et que notre chauffeur du jour puisse tester le système. Rien à dire, ça fonctionne. Pendant que la fonction est enclenchée, le chauffeur discute avec nous, nous regardons des vidéos sur le système embarqué, etc.

"Nous conseillons aux conducteurs de n’utiliser que ce qui est proposé par le système embarqué sur l’Audi", précise Bergmiller. Un simple smartphone, en cas de crash, peut en effet s’enfoncer dans le corps et vous être fatal. Audi ne veut pas de ce genre de risques pour ses conducteurs pour plusieurs raisons.

Le constructeur responsable

"On ne se rend pas compte, mais pour passer du niveau 2 au niveau 3 en voiture autonome, c’est un énorme challenge technique. Il a notamment fallu doubler tous les systèmes comme les freins."
Peter Bergmiller
Project leader chez Audi

L’une d'entre elles est d’ordre légal. Car ce qui est vraiment neuf avec le niveau 3, c’est que c’est le constructeur qui prend la responsabilité en cas de problèmes lors de la conduite autonome. Rien de très neuf là-dedans, explique néanmoins Bogdan Bereczki, l’ingénieur spécialiste des aspects légaux de la conduite autonome chez Audi.

"Le constructeur est responsable des ratés de ses systèmes comme il a toujours été responsable quand ses composants sont défaillants"
, détaille-t-il.

Il n’empêche, deux mémoires internes dans la voiture enregistrent les données. Une en cas d’accident et l'autre qui ne prend que quelques données comme la vitesse pendant l'utilisation des options autonomes. C’est le propriétaire du véhicule qui est propriétaire des données. Il peut de son plein gré les fournir à Audi pour prouver sa bonne foi. Un juge pourrait très bien les saisir pour régler un litige. A terme, le système pourrait aussi permettre au conducteur de se dédouaner d’un PV pour excès de vitesse par exemple, si la voiture n’a pas adapté sa vitesse en fonction des limitations.

"On ne se rend pas compte, mais pour passer du niveau 2 au niveau 3 en voiture autonome, c’est un énorme challenge technique", insiste Peter Bergmiller. Ici, comme c’est la première fois que le conducteur n’est plus responsable, il s’agit de tout doubler. Sans compter que toute la voiture depuis le début de la conception doit être pensée pour la conduite autonome.

Senseurs triplés

Au niveau des senseurs, le système est même triplé. En plus des caméras et des radars, la nouvelle Audi A8 dans sa version autonome niveau 3 embarque également un laser. La technologie laser n’est pas neuve, on trouve des applications laser dans nombre d’industries. "Ce qui est par contre nouveau, c’est de pouvoir l’utiliser dans un environnement autonome", dit Bergmiller. Un environnement qui est en mouvement constant avec des conditions météo parfois difficiles.

Test Audi AI ©Audi

Tous ces capteurs sont bien utiles, on l’a vu par deux fois pendant notre test en conditions réelles. Des voitures nous ont coupé la route et la voiture a dû freiner relativement brusquement. Rien de dangereux, mais assez pour se rendre compte que si un capteur ou software a un problème, il s’agit qu’un autre soit au rendez-vous pour éviter le crash.

Cette protection multiple, vous la retrouverez dans tous les éléments de la voiture. C’est ainsi que la fusion des données captées est réalisée deux fois par deux outils différents. Il en va de même pour l’interprétation des données. "Il est important de comprendre qu’il ne s’agit pas de deux systèmes identiques qui marchent en parallèle, mais de deux systèmes différents qui analysent les choses différemment puis qui confrontent leurs résultats", pointe Bermiller. Cette double sécurité, vous la retrouverez jusque dans les freins où deux types différents de freinage sont prévus.

10 secondes 

En cas de problème sur le moindre de ces éléments, la voiture vous demande de reprendre le contrôle. Idem si, par exemple, vous passez en mode manuel pour le changement de vitesse. Il va de soi qu’il reste interdit de quitter la place conducteur ou même de détacher votre ceinture, dans la mesure où le conducteur peut être amené à reprendre le contrôle du véhicule.

©Audi

La différence avec les systèmes de niveau 2, c’est que la voiture vous laisse 10 secondes pour reprendre le contrôle. Pendant cette période, c’est toujours la voiture et donc le constructeur qui restent responsables du véhicule. 10 secondes pour reprendre le contrôle, c’est énorme en termes de distance parcourue à 50 kilomètres/heure.

Quand la voiture vous demande de reprendre le contrôle, dans un premier temps, elle fait un bip en plus des avertissements visuels. Ensuite, en phase 2, elle commence à mettre des petits coups de frein d’abord doux, puis plus violents et le bruit devient plus fort et vraiment gênant, trois petits coups de ceintures sont également donnés. Dans la troisième phase, la ceinture se serre au maximum, les coups de frein deviennent plus intenses, le bruit d’alerte également. Les feux d’urgence s’enclenchent jusqu’à l’arrêt complet du véhicule. Si le conducteur n’a pas encore repris le contrôle, un coup de fil automatique sera composé vers les services d’Audi qui enverront les secours le cas échéant. S'il n’y a pas de réseau, les secours seront appelés automatiquement.

Un système qui peut paraître dangereux dans le trafic. "Mais rappelez-vous que nous sommes dans les embouteillages et c’est la bonne manière de réagir dans ce type de situation", nous explique-t-on en substance chez Audi.

"Le constructeur est responsable des ratés de ses systèmes comme il a toujours été responsable quand ses composants sont défaillants"
Audi
Bogdan Bereczki

Nous avons pu tester ce système d’urgence, mais pas dans le trafic. Dans le passé, des voitures autonomes avec deux volants sont déjà passées entre nos mains. Mais ici, il s'agit d'un modèle de série. En Allemagne, la loi a été modifiée pour que cette fonction puisse être légale sur les routes. Il s’agit maintenant que le pack option sur cette nouvelle A8 soit homologuée.

Les premières A8 nouveau modèle seront donc a priori livrées sans cette option. Chez Audi, on réfléchit néanmoins à voir si on proposera un package prêt à l’emploi. Le problème, c’est que chaque changement législatif même infime demande beaucoup de travail de modification d’un point de vue technique.

En attendant, le cadre législatif dans chaque pays doit être revu alors que la convention internationale de Vienne a déjà été amendée pour la conduite autonome. Mais même à l’international, certains points font encore débat.

Audi, de son côté, est prêt pour ce niveau 3. Reste aux législateurs à suivre donc. "Vorsprung durch Technik" (L’avance par la technologie) est le slogan de la marque, aime-t-on à rappeler chez Audi.

©Audi

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