"Où sont les bornes de chargement pour les voitures de société zéro émission?"

Bruxelles compte à peine 17 bornes de rechargement publiques, dénonce la Febiac. ©belga

Évoluer vers un parc automobile davantage axé sur les véhicules électriques, l'industrie y travaille. Mais que fait le politique pour encourager et soutenir cette évolution? La Febiac se pose la question alors que l'informateur Paul Magnette évoque un objectif de 100% de voitures de société "zéro émission".

"Étonnement". Tel est l'état d'esprit ce mardi matin à la Febiac. La fédération belge de l'industrie automobile et du cycle s'interroge en effet au sujet de la volonté de l'informateur royal Paul Magnette d'accorder, dès 2023-2024, les avantages fiscaux aux seules voitures de société "zéro émission".

Au niveau de l’infrastructure, on est encore loin d'être certain que la production et les réseaux électriques seront suffisants et il n'y aura pas suffisamment de bornes d'ici 2023.
Frank Van Gool
directeur de Renta

"Paul Magnette proclame cette mesure dès 2023, alors que dans l'accord des gouvernements wallon et bruxellois il n'y a pas un mot, pas une ligne sur les voitures électriques", indique Joost Kaesemans. La fédération se dit choquée d'une telle sortie alors que rien n'est fait pour soutenir l'industrie dans ses développements pour une mobilité électrique.

Le leasing en première ligne

La fédération du leasing est en première ligne en cas de changement législatif. "On est preneur de mesures pour un verdissement de la flotte", dit Frank Van Gool, le directeur de Renta. Mais une mesure d'arrêt "pur et dur" des voitures de société qui ne sont pas électriques dès 2023, c'est trop tôt y estime-t-on en substance.

À Bruxelles, on compte à ce jour 17 bornes de rechargement. Dans une ville comme Amsterdam, qui n'est pas orientée "voitures", on en dénombre 4.000.
Joost Kaesemans
Febiac

"Il y a une offre qui arrive, mais difficile de dire à quelle rapidité. Pour l'instant les voitures électriques coûtent de 20 à 25% en plus en leasing que les voitures thermiques. Cela va se traduire par une augmentation des prix pour les sociétés. Au niveau de l’infrastructure, on est encore loin d'être certain que la production et les réseaux électriques seront suffisants et il n'y aura pas suffisamment de bornes d'ici 2023", détaille Frank Van Gool.

À peine 17 bornes de rechargement publiques à Bruxelles

On dénombrerait 4.000 bornes de rechargement à Amsterdam, alors que ce n'est pas une ville orientée voitures, pointe la Febiac. ©rv

La Febiac, elle aussi, pointe des manques flagrants sur le marché belge pour qu'une politique tendant vers 100% de voitures de sociétés "zéro émission" puisse être appliquée. Elle se demande notamment où sont les bornes de rechargements nécessaires à un tel changement. À Bruxelles, les parkings en général, mais surtout ceux des entreprises, se réduisent d'année en année. Où donc mettre ces bornes? D'autant qu'un rechargement à domicile n'est pas toujours possible.

"À Bruxelles, on compte à ce jour 17 bornes de rechargement. Dans une ville comme Amsterdam, qui n'est pas orientée 'voitures', on en dénombre 4.000. Nous accusons en la matière un énorme retard et nos politiques n'ont pourtant aucune vision d'avenir", pointe ainsi la Febiac. 

Manque de soutien aux entreprises

Autre question: comment être assuré d'un approvisionnement suffisant en électricité verte? Et puis, quel soutien pour l'industrie? "Le secteur doit et va évoluer vers les voitures basse ou zéro émission. Certaines marques ont même déjà annoncé l'arrêt de production des moteurs thermiques", explique la Febiac. Du côté des sociétés achetant les véhicules, le changement est également en bonne voie. À ce jour, deux tiers des véhicules hybrides en circulation sont des voitures de sociétés. Ces efforts ont toutefois besoin d'être accompagnés, notamment via une fiscalité adaptée, estime la fédération de l'industrie automobile.

À peine 20% des kilomètres parcourus en Belgique le sont par des voitures de société. Si on vend ça comme une mesure révolutionnaire pour l’environnement, il faudra aussi regarder les 80% des voitures qui ne sont pas de société.
Frank Van Gool

Et les voitures qui ne sont pas de société?

Du côté de la fédération du leasing, on estime, par ailleurs, que cela ne servira pas à grand chose de ne viser que les voitures de société. "À peine 20% des kilomètres parcourus en Belgique le sont par des voitures de société. Si on vend ça comme une mesure révolutionnaire pour l’environnement, il faudra aussi regarder les 80% des voitures qui ne sont pas de société. En plus, les voitures de société ont deux ans en moyenne et ne sont donc pas les plus problématiques pour l'environnement", insiste Frank Van Gool.

Frank Van Gool: "Une bonne idée serait d’inclure les voitures hybrides dans une phase de transition"

Dites-vous en substance que 2023 c’est trop tôt pour des voitures de société zéro émission?

Une bonne idée serait d’inclure les voitures hybrides dans une phase de transition, car tout le monde n’a pas un garage ou un accès à une borne de recharge. Il faut que les gens aient encore une alternative. Sur le fond tout dépendra des modalités.

Cette mesure vient de propositions du CD&V et de l’Open VLD datant d'il y a 6 mois environ. Il y avait déjà de grosses différences. Au CD&V, on était pour un arrêt pur et dur dès 2023 avec une grosse augmentation des cotisation ONSS qui aurait rendu le prix d’un véhicule non-électrique impayable en société. À l’Open VLD, c’était via la déductibilité que l'on voulait travailler avec une période transition.

Vous dites que ces voitures électriques sont plus chères, mais ne suffit-il pas d’opter pour un véhicule électrique d’une marque généraliste plutôt qu’une voiture thermique d'une marque Premium pour rester dans le même ordre de prix?

Oui c’est possible. Mais est-ce que tous les employés vont vraiment accepter cela? On va quand même descendre en confort. Peut-être que certaines personnes ont des véhicules d’une taille trop grande par rapport à leurs besoins, mais il y a aussi des familles qui ont besoin de véhicules d’une certaine taille. Que va-t-on faire pour eux?

Les voitures de leasing d’aujourd’hui vont créer le marché d’occasion de demain. N’est-il pas justement important de pousser la voiture électrique dans le leasing pour avoir un marché de voitures électriques d’occasion dans quelques années?  

C’est vrai que ça peut aider dans le marché de l’occasion, ça c’est positif. Aujourd’hui, 80% des voitures que nous revendons après 4 ou 5 ans partent à l’exportation. Pour les voitures électriques, on s’attend à ce qu’elles restent sur le marché local, notamment parce qu’elles sont trop chères pour aller à l’Est. Et là on peut penser à un leasing de seconde vie pour ces véhicules, ce qui est intéressant. B.E.


 


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