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PSA et Fiat Chrysler veulent s'unir pour gagner la course aux coûts

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Les conseils d'administration de Peugeot Citroën et Fiat Chrysler ont donné leur feu vert, mercredi soir, pour "créer l’un des principaux groupes automobiles mondiaux". Le nouvel ensemble, dirigé par Carlos Tavares et présidé par John Elkann, deviendrait n°4 mondial.

On en prend d’autres et on recommence. Après le mariage raté entre Fiat Chrysler Automobiles et l’alliance Renault-Nissan, c’est au tour de PSA (Peugeot-Citroën-Opel) de discuter noces avec FCA. Les deux groupes, qui emploient ensemble plus de 400.000 personnes dans le monde, ont confirmé mercredi matin être en pourparlers pour créer le numéro 4 mondial du secteur. L’annonce a plu aux investisseurs: à la clôture, PSA progressait de 4,53% à la Bourse de Paris, tandis que Fiat Chrysler Automobiles (FCA) grimpait de 9,53% à Milan.

Ce n’est pas la première fois que les deux groupes discutent d’une telle union.

Dans la soirée, les conseils d'administration de PSA et Fiat Chrysler ont donné successivement leur feu vert à une alliance, ont appris l'AFP et Reuters de sources proches du dossier. Cet accord prévoit que la gouvernance sera composée de 11 membres, dont six pour le groupe français et cinq pour l'italo-américain. Selon ces sources, les entreprises pourraient annoncer rapidement qu'elles sont en négociations exclusives, voire confirmer la transaction dès ce jeudi.

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Déjà sous l'ère Marchionne

Ce n’est pas la première fois que les deux groupes discutent d’une telle union. Quand l’ancien patron de Fiat Sergio Marchionne était encore des nôtres et qu’il venait de finaliser la fusion entre Fiat et Chrysler, il ne cachait à personne son envie de se rapprocher d’un autre groupe automobile. Il avait tenté le coup avec General Motors, mais aussi avec PSA.

La fusion permettrait à PSA de revenir sur le marché d’Amérique du Nord par la grande porte, alors que le groupe FCA redeviendrait l’un des acteurs majeurs du marché européen.

Déjà à l’époque, Marchionne insistait sur le fait que, face aux défis de l’industrie automobile moderne et aux coûts d’investissements qui s’annonçaient, il fallait de la taille. Son objectif était alors d’atteindre 7 millions de véhicules vendus d’ici la mi-2018. Aujourd’hui, FCA (Fiat, Chrysler, Dodge, Ram, Alfa Romeo, etc.) n’y est pas encore et n’écoule que 4,8 millions de voitures.

50 milliards
dollars
Le nouvel ensemble pèserait 50 milliards de dollars de capitalisation boursière (45 milliards d’euros) pour un chiffre d’affaires de près de 200 milliards d’euros.

Nouveau numéro 4

Avec les 3,9 millions de véhicules vendus par PSA, par contre, le nouvel ensemble rejoindrait le Top 5 des constructeurs automobiles mondiaux à la quatrième place. Au-dessus de PSA-FCA, il ne resterait que les trois constructeurs à plus de 10 millions de véhicules par an: le groupe Volkswagen, la Toyota Motor Corporation et l’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi.

La fusion permettrait à PSA de revenir sur le marché d’Amérique du Nord par la grande porte. De son côté, le groupe FCA redeviendrait l’un des acteurs majeurs du marché européen. Par contre, FCA et PSA ne sont pas forts en Asie, ce qui resterait la grande faiblesse du nouvel ensemble, alors que chaque membre du Top 3 automobile mondial y a une présence forte.

Tant le groupe FCA que PSA ont besoin d’une alliance.
Marco Bentivogli
Secrétaire général du syndicat Fim-Cisl

Le nouvel ensemble pèserait 50 milliards de dollars de capitalisation boursière (45 milliards d’euros) pour un chiffre d’affaires de près de 200 milliards d’euros. Les discussions porteraient sur une fusion entre égaux. Mais, d’autres options seraient également sur la table.

Le président du directoire de PSA Carlos Tavares deviendrait directeur général de la nouvelle entité, dont le conseil d’administration serait présidé par le patron de Fiat Chrysler (FCA) John Elkann, héritier de la dynastie Agnelli.

Depuis que Carlos Tavares a quitté son poste de numéro 2 chez Renault (sous Carlos Ghosn) pour rejoindre le concurrent PSA, il va de succès en succès. Il est l’homme qui a sauvé Peugeot quand le groupe a frôlé la faillite en 2012. Il est aussi l’homme qui a racheté Opel à la surprise générale en mars 2017.

Optimisme prudent chez les syndicats

Côté syndical, on est un peu pris à froid par l’annonce du jour. "Tant le groupe FCA que PSA ont besoin d’une alliance", a commenté mardi le secrétaire général du syndicat Fim-Cisl, Marco Bentivogli, auprès de l’agence italienne AGI, relevant que des contacts avaient déjà été pris par le passé. Même tonalité prudemment optimiste chez Force ouvrière, premier syndicat chez PSA.

"Je reste méfiant, mais je vois pas mal d’avantages (…) cela permettra à PSA d’avoir une taille plus importante vis-à-vis des gros, comme Toyota ou Volkswagen, et pour Fiat, d’accéder à une technologie qui leur permettra de respecter les futures normes d’émission de CO2", a réagi Patrick Michel, secrétaire général du comité de groupement PSA pour FO. "Des premiers éléments transmis par la direction du groupe à ce sujet (mercredi) matin", il apparaît "qu’il n’est pas prévu de fermeture de site en France dans le cadre de ce projet", a de son côté indiqué le syndicat CFE-CGC dans un communiqué.

Quid de l’État français?

La France et l’Italie ont insisté sur l’importance pour le nouveau groupe de maintenir l’empreinte industrielle.

Mais les jeux ne sont pas faits. Dans ses négociations avec Renault, Fiat Chrysler avait rapidement jeté l’éponge, n’ayant pas pu obtenir un engagement du constructeur français, freiné par l’État actionnaire. Or, l’État français est aussi représenté au capital de PSA, via la banque publique d’investissement Bpifrance qui détient environ 12%. Bercy a averti ce mercredi "suivre avec attention" les discussions engagées, prévenant que Paris se montrera "particulièrement vigilant" sur l’emploi, la gouvernance et l’empreinte industrielle de l’éventuel ensemble.

En Italie, le ministre de l’Économie, Antonio Misiani a estimé qu’il était vital de préserver les sites industriels de FCA dans son pays. La capacité excédentaire de FCA en Italie étant un problème récurrent alors que le groupe y emploie 60.000 personnes.

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