Pour l'auto de luxe, Genève laisse un grand vide

Alpine a dû organiser rapidement un événement dans son studio à Boulogne-Billancourt pour pallier l'annulation du salon de Genève. ©REUTERS

Qu'on le dise à demi-mot ou plus franchement, pour le secteur de l'auto de luxe, l'annulation du salon de l'auto de Genève est un sale coup.

Les clients du monde entier y viennent pour y découvrir les différentes hypercars et autres voitures sportives. Peu d'autres endroits dans le monde concentrent autant de clients potentiels de ce type de véhicules. Des centaines de Belges fortunés étaient attendus dans les allées du salon de Genève, à deux pas de l'aéroport, pour y découvrir les différents bolides de prestige. Le groupe Ginion en sait quelque chose, lui qui importe McLaren, Ferrari, Rolls-Royce, Pininfarina et Touring Superleggera en Belgique. "Dans le luxe, Genève représente un tiers de nos entrées de commandes. C’est aussi important que le salon de Bruxelles pour les autres marques", explique Stéphane Sertang le patron de Ginion.

Si l'on s'en réfère aux chiffres officiels de la Febiac, 17.866 cabrios, limousines, roadsters et ultrasportives ont été immatriculés en 2019, c'est un petit millier de véhicules en moins qu'en 2018. Évidemment, ces chiffres ne disent pas tout, car la catégorie "cabrio" par exemple recouvre de nombreux types de véhicules. Certains étant loin d'être du luxe haut de gamme.

Pininfarina a lancé la Battista Anniversaro, voiture électrique capable d'une vitesse de pointe de 350 km/h disponible en 5 exemplaires pour la somme de 2,6 millions d'euros. ©Photo News

Mais les véhicules de la catégorie ultrasportive se sont immatriculés à 3.175 unités en Belgique contre 2.829 en 2018, laissant entendre que le marché des voitures de luxe affiche tout de même de belles couleurs en Belgique. Surtout que, dans ce marché, de nombreux clients achètent des voitures auprès de vendeurs belges, mais les immatriculent à l'étranger. "J’ai bien travaillé dans mes marques au début de l’année grâce à Dream Cars au salon de Bruxelles. L'avantage dans le luxe, c'est qu'il y a une longue période entre la présentation et la livraison client. Si on est optimistes, on aura atteint le pic de la crise fin mars et on reviendra sur une activité normale en avril ou en mai et l'on placera des événements locaux à ce moment-là. On pourra alors rattraper le décalage de deux mois. Dans le cas contraire, je vais devoir travailler comme un bossu au second semestre", détaille Stéphane Sertang.

©Mediafin

Problème pour les jeunes marques

Il semble que l'annulation à la dernière minute du salon soit surtout malvenue pour les jeunes marques de prestige qui essayent aussi de se faire un nom. Pininfarina, qui table sur un long héritage de 90 ans dans la carrosserie, a lancé son aventure de marque à part entière avec son hypercar électrique, il y a plus d'un an. Genève est un endroit important pour la marque. "Nous aurions aimé que le salon de Genève ait lieu. Peut-être que la décision de l'annuler a été précipitée. C'est vraiment une foire qui fait office de boutique, tout particulièrement autour des voitures sportives et des hypercars. Nous allons compenser. Nous avons besoin de présenter les belles voitures d'une manière originale avec de l'expérience", dit Michaël Perschke, le CEO de cette nouvelle marque.  "Il faut revenir à la réalité. Nous voyons que globalement l'économie est forte et les marques très haut de gamme sont plus résistantes aux crises", ajoute-t-il.

"C’est un coup que ce soit annulé. Nous allons devoir nous rattraper pour les contacts clients avec du travail de terrain.
Patrick Marinoff
Managing Director d'Alpine

Alpine, dont la renaissance est à l'oeuvre depuis 2 ans et demi, est typiquement ce genre de marque de luxe qui pâtit de l'annulation du salon. "Ce n’est pas juste un endroit pour envoyer des messages à la presse, mais aussi un endroit pour rencontrer les clients en face à face. Notre stand est un show-room premium dans un lieu premium", détaille Patrick Marinoff, le managing director d'Alpine.

Avec plus de 7.000 voitures écoulées depuis sa renaissance il y a deux ans et demi, la marque veut encore parcourir du chemin. Elle est ainsi très forte dans son marché, la France, où elle revendique plus de 70% dans son segment. Elle n'est pas en reste au Benelux où la marque a immatriculé 232 voitures soit une ultra-sportive sur 13 vendues. 

Mais cette année, Alpine entend surtout se focaliser sur les autres grands marchés européens où elle est loin d'être leader. Dans cette optique, "c’est un coup que ce soit annulé. Nous allons devoir nous rattraper pour les contacts clients avec du travail de terrain", confie Marinoff. Pour Alpine, cela passera par de nombreux événements, des tests de voitures, un road-show en Europe à l'été et un focus particulier sur la Suisse, l'Allemagne ou le Royaume-Uni.

Surtout que l'autre crainte de 2020 est évidemment que le coronavirus ne touche aussi ce secteur particulier du luxe. La bourse peut avoir une influence certaine sur les affaires dans ce segment des autos de luxe, mais il est difficile de prévoir de quelle nature. Le CEO de Pininfarina rappelle que les soubresauts des dernières années ont toujours été temporaires sauf pendant la grande crise financière.

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