Un concierge pour voitures de collection

Avec trois entrepôts/garages en Brabant wallon, Laroche peut accueillir près de 200 véhicules, voitures, bateaux ou motos. ©Dieter Telemans

Passionné de vitesse et de belle mécanique, Claude-Philippe Laroche a fini par en faire son métier: l’entreposage de véhicules d’exception avec un service additionnel.

Dans son "bureau" qui jouxte un grand parking dans un coin encore bucolique du Brabant wallon, Claude-Philippe Laroche parlerait pendant des heures de chaque pièce qui décore ce musée particulier. Un musée à la gloire du mouvement et de la vitesse. Et peu importe si cela glisse, flotte ou roule du moment que cela va vite. Entre les voitures de route ou de course, les motos de grosses cylindrées, les paires de skis, les bateaux, pas vraiment la place de glisser un planeur, même si le maître des lieux en fut pilote chevronné. Apparemment, rien ici n’a moins de 25 ans d’âge. "Celle-ci, c’est ma première voiture", précise Claude-Philippe Laroche en montrant une MG Midget hardtop noire, en configuration rallye. "Elle est pourave et sa restauration me coûterait bien plus cher que sa valeur marchande. Mais je la garde…" Valeur sentimentale!

Sur un pont mécanique, un roadster Peugeot d’avant-guerre. Son gigantesque capot cache un moteur aussi grand qu’une machine à coudre. "Je la sors de temps en temps pour aller faire des courses à Waterloo avec ma femme. Elle a un capital sympathie incroyable. La voiture!" On voit mal cependant où ranger les petits pains du dimanche matin dans ce minuscule habitacle.

Indépendant

Mais Claude-Philippe Laroche est un passionné. Avec une préférence pour les voitures d’avant-guerre ou les motos. C’est donc assez naturellement qu’il a commencé sa carrière pour les grandes marques de voitures allemandes, VW, Audi, Porsche… comme commercial, mais aussi pilote essayeur. Mais l’homme est entreprenant. Il prend donc un virage total pour se lancer dans la restauration. Il aura deux restaurants à Bruxelles, dont il déposera le bilan. Il participera à la création de Nemo 33, la piscine de plongée la plus profonde d’Europe, dont il gère un temps le restaurant. Mais l’homme est indépendant et préfère voler de ses propres ailes.

"Il y a quelques années, n’importe quelle voiture passait pour une voiture de collection. Mais une Renault Megane ne sera jamais une voiture de collection."
Claude-Philippe Laroche

"Mes parents étaient galeristes, amoureux des belles choses, spécialisés dans l’art mosan du Moyen-Âge. J’en ai sans doute gardé quelque chose." Le côté indépendant certainement, même s'il est échaudé par son expérience dans l’horeca, où il a eu l’impression de se faire gruger par son personnel. L’attrait pour les belles choses aussi, sauf que l’art ancien s’est mué en design automobile.

200 véhicules

Laroche a donc fini par faire de sa passion pour la mécanique, la vitesse et les ancêtres un véritable business. Avec trois entrepôts/garages en Brabant wallon, Laroche peut accueillir près de 200 véhicules, voitures, bateaux ou motos. Mais South Motor Storage ne se limite pas à louer des emplacements de parking. "Je me définis volontiers comme un concierge pour les voitures de mes clients. Tout ce qu’ils veulent, c’est que leur véhicule soit disponible et en état au moment où ils désirent l’utiliser. Je m’en charge", affirme Laroche.

©Dieter Telemans

Les parkings sécurisés (Claude Laroche fait de la discrétion un point d’honneur de son service) sont accessibles 24h/24 au moyen de badge personnalisé. "Le premier service que je propose, c’est la sécurité et la facilité. Je propose des coffres-forts pour des voitures de collection, qui les mettent à l’abri de la poussière, du gel, de l’humidité, des rongeurs, des oiseaux…"

L’emplacement simple revient à 139 euros par mois. Assez peu onéreux comparé aux prix de location d’un emplacement dans un parking de base à Bruxelles (de 100 à 150 euros par mois). "Mes clients ne sont pas nécessairement des gens très fortunés. Ils se sont constitué une belle collection, mais n’ont pas l’espace nécessaire chez eux." South Motor Storage réalise tout de même un chiffre d'affaires de 300.000 euros.

Outre l’entreposage et le maintien des véhicules sous tension, Laroche propose quelques services additionnels qui donnent à ses prestations un caractère plus luxueux. Il s’agit notamment d’acheminer les véhicules sur les lieux de villégiature, sur plateau ou par la route, de faire régulièrement tourner la voiture, de jouer les interfaces entre le garagiste et le client dans le suivi d’un projet de restauration ou encore d’opérer en tant que courtier pour acheter ou vendre un véhicule pour le compte d’autrui. Il pilote aussi, sur circuit ou en rallye. Et se lève la nuit pour aller dépanner un client. Mais si c’est une panne d’essence, cela lui coûtera cher!"

Bulle

"L’idée de base, c’est que le véhicule soit à disposition à tout moment. Tous les autres services de 'conciergerie' en découlent", affirme Laroche qui privilégie le plaisir de la conduite. "Il y a quelques années, il y a eu une véritable bulle sur le marché des ancêtres. On a vu arriver des investisseurs qui n’ont jamais touché un volant. N’importe quelle voiture passait pour une voiture de collection et les valeurs se sont envolées. Mais une Renault Megane ne sera jamais une voiture de collection. Le modèle n’a rien de rare ni d’exceptionnel."

"Ces voitures, je les fais tourner, je les entretiens et les bichonne comme si c’était les miennes."
Claude-Philippe Laroche

Au contraire de certains modèles entreposés dans le parking de South Motor. De part et d’autre d’une très large allée centrale, les bolides sont alignés à bonne distance l’un de l’autre. "L’espace n’est pas très rentabilisé. Mais cela fait partie du service. Les manœuvres doivent être faciles. J’ai quelques clients plutôt âgés…"

Quelques Porsche très récentes laissent deviner leurs courbes agressives sous des housses noires frappées du célèbre écusson. Quelques-unes de leurs ancêtres sommeillent dans des bulles de plastic gonflées qui les protègent de la moindre poussière. Il y a là une Carrera RS Superlight. "Un bijou construit à 200 exemplaires, dont la carrosserie est tellement fine qu’on y ferait une bosse rien qu’en la regardant", fait remarquer Laroche.

Dans le fonds un quatuor de Mercedes d’âges et de types différents; sous des housses, l’une ou l’autre Jaguar; une MG TD fait briller les chromes de ses rayons, entre un roadster Riley des années 1930 ("un peu sale, mais c’est comme ça qu’elle est la plus belle!") et une Lamborghini GT 400 d’une rare élégance. "Certains modèles n’ont pas roulé aux mains de leur propriétaire depuis 10 ans. Mais je les fais tourner, je les entretiens et les bichonne comme si c’était les miennes. Et je fais faire un shooting photo pour le propriétaire chaque année."

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