analyse

A Francfort, la fin de l'ère thermique et des salons

Le concept BMW iNext présenté à Francfort. ©Uwe Anspach/dpa

Le modèle économique des salons automobiles est mis à mal alors que tout le secteur doit se réinventer pour passer à l'électromobilité.

Quatre ans presque jour pour jour après l’éclatement du dieselgate, le salon automobile de Francfort est méconnaissable. Mis à part Honda, Hyundai et Ford, la plupart des marques "non allemandes" ont décidé de ne pas venir à cette édition d’un salon qui était pourtant l'une des références du secteur il y a encore quelques années.

La vision EQS de Mercedes présentée à Francfort devrait être assez similaire au modèle de série. Elle promet 700 kilomètres d'autonomie en électrique. ©EPA

Le premier groupe automobile européen Volkswagen est quant à lui bien présent avec l’essentiel de ses marques automobiles, mais fini le grand palais pour Audi. Beaucoup de marques qui pèsent en Europe comme Peugeot, Citroën, celles du groupe Fiat Chrysler ou Toyota ne sont pas non plus de la partie.

Renault est bien de la fête, mais timidement au second étage du "forum". Les Français ne resteront qu’un jour pour la première mondiale de la nouvelle Captur. Un véhicule hyper important pour la marque dont la version précédente a été première de son segment en Belgique. Après la seule journée presse, Renault pliera bagages et ne restera pas pour la dizaine de jours du salon.

La commercialisation des e-Honda commence dans quelques marchés clés en Europe. ©EPA

Les choses changent: désormais, une partie des budgets marketing est utilisée pour faire de la promotion digitale et non plus de la promotion physique comme à un salon. BMW, qui avait un palais sur plusieurs étages lors des éditions précédentes, partage maintenant un seul étage avec les marques du groupe Jaguar Land Rover, Opel et Hyundai. Il faut dire que le timing n’est pas opportun. L’année est compliquée en Europe pour le secteur auto, avec des ventes en baisse et des coûts qui explosent. Le dieselgate d’une part et Tesla d’une autre ont poussé toute l’industrie à revoir ses plans et à se diriger vers l’électrique.

Boom électrique

Volkswagen veut que son ID3 devienne un modèle aussi important dans son histoire que la Golf. ©AFP

Ce qui était encore fort théorique est maintenant une réalité pour tout le monde. Mini électrique, e-Honda ou Mercedes EQC ne sont que quelques exemples des véhicules 100% électriques mis en avant par les marques. S’il y a encore de la place pour les voitures hybrides, presque aucune autre motorisation n’est mise en avant dans les discours.

À commencer par Volkswagen elle-même qui estime qu’il y aura un avant et un après ce salon de Francfort. "Il y a eu dans l’histoire de Volkswagen, la coccinelle qui était la voiture pour tout le monde. Il y a aussi eu la Golf qui était la technologie pour tout le monde. L’ID3 sera E-mobilité pour tous", détaillent les équipes dirigeantes de l'entreprise lors de la traditionnelle media night du groupe.

L’ID3, il n’y en a quasi que pour elle sur tout le stand Volkswagen. "Au printemps, les premières ID3 seront livrées. C’est la première voiture neutre en CO2 au monde avec la production et les cellules de batteries comprises. Dans l'électrique, le groupe Volkswagen a la Porsche Taycan, l’Audi e-tron, et maintenant l’ID3", insiste Herbert Dies, le grand patron du groupe Volkswagen. Et ce en plus des e-golf ou e-up dont les prix devraient bientôt baisser.

"Au printemps, les premières ID3 seront livrées. C’est la première voiture neutre en CO2 au monde avec la production et les cellules de batteries comprises."
Herbert Dies
patron du groupe Volkswagen

Les différentes marques du groupe se lancent à corps perdu dans l’électrique. Audi, qui produit sa première voiture électrique à Forest, a présenté un très court instant le second modèle qui sera produit à Bruxelles, l’e-tron Sportback. "Nous aurons 30 modèles électrifiés d’ici 2025 dont 20 entièrement électriques", rappelle Bram Schot, CEO de la marque. Dès la fin de l’année prochaine, Audi aura déjà 5 véhicules entièrement électriques en catalogue.

"Nous aurons 30 modèles électrifiés d’ici 2025 dont 20 entièrement électriques."
Bram Schot
CEO d'Audi

Même une marque comme Skoda s’y met avec sa Citigo de 260 kilomètres d’autonomie disponible fin d’année et basée sur la e-up de Volkswagen. Très attendue pour le marché fleet belge, la Skoda Superb hybride arrive aussi bientôt en concession. "Tu ne peux pas faire autrement que de passer à l’électrique", explique Catherine Geel, porte-parole de Skoda en Belgique.

Skoda arrive avec des voitures au gaz naturel comme sa Kamiq. ©EPA

Mais le principal frein aux véhicules électrique reste le prix. Le prix de base de l’ID3, qui se veut le véhicule abordable de VW, débutera juste sous les 30.000 euros. L’e-Honda sera commercialisée entre 33.000 et 35.000 euros en Belgique.

Les véhicules sont moins chers à l’utilisation et des primes conséquentes sont encore disponibles dans certains pays ou régions, comme en Flandre, mais sera-ce suffisant pour adopter une transition massive vers ces véhicules? "Une bagarre des prix se prépare pour l’année prochaine", entend-on ici et là. Avec les moyennes européennes strictes et les super crédits accordés aux véhicules 0 émission, les constructeurs vont devoir pousser très fortement ces véhicules.

"100% de nos ventes seront électrifiées en Europe en 2025", indique pour sa part le président européen d’Honda, Katsushi Inoue. La nouvelle Honda Jazz ne sera par exemple disponible que dans une version hybride dès à présent.

L'e-tron Sportback a fait une brève apparition à Francfort. Son lancement officiel est pour novembre à Los Angeles. ©EPA

L’hybride reste au cœur des stratégies. BMW se vante d'en avoir une dizaine en portefeuille. "Et ce sont toutes des vraies hybrides pour le fisc belge", insiste Eddy Haesendonck, patron de BMW Belux.

En face, Mercedes-Benz propose une gamme qui s’électrifie avec force. Les Class A et B vont en effet avoir leur version hybride plug-in. "D’un point de vue commercial, ce sont des véhicules hyper importants", dit Bastien Van den Moortel, porte-parole de Mercedes Belux.

Le défi de l’électrification reste de taille conséquente pour le secteur dans son ensemble que ce soit au niveau commercial, de la production ou de la disponibilité des composants. "Mais le challenge est excitant", nous glisse le porte-parole de Volkswagen, Jean-Marc Ponteville dans un sourire.

L'Audi e-tron produite à Forest et bientôt en Chine. ©Benjamin Everaert

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