AG sous haute tension chez Renault

Jean-Dominique Senard, président de Renault, fera face pour la première fois à ses actionnaires. ©REUTERS

Le comité exécutif du groupe Renault fait face aux actionnaires réunis en assemblée générale ce mercredi. Avec une actualité brûlante au menu: le mariage annulé avec Fiat Chrysler et la crise avec Nissan.

Premier face-à-face de Jean-Dominique Senard, président de Renault , et ses actionnaires dans un climat tendu. Il y a un an encore, c'était Carlos Ghosn qui se tenait devant eux, vantant les bienfaits d'un partenariat renforcé avec Nissan. Depuis l'eau a coulé sous les ponts. Carlos Ghosn se bat avec la justice japonaise, l'alliance Renault-Nissan est en pleine tempête et le constructeur automobile doit manoeuvrer pour tenter de ne pas repousser définitivement les avances de Fiat-Chrysler.

En prenant la parole, Senard sera sans nul doute pressé d'expliquer comment il entend faire survivre cette alliance. "Senard est dans une situation délicate. Il a assaini la gouvernance de Renault, mais il y a encore du pain sur la planche et les problèmes de gouvernance de l'alliance Renault-Nissan sont toujours là", explique Denis Branche analyste chez Phitrust.

Il devra aussi faire la lumière sur la création de trois entreprises liées par des participations croisées de l'alliance, alors que son projet d'intégration renforcée avec Nissan -via une holding commune détenue à parité- a été rejeté au printemps par la partie japonaise.

3,9 millions
véhicules
L'an dernier Renault a produit, à lui seul, 3,9 millions de véhicules. Plus de la moitié des ventes sont hors d'Europe.

Cette situation, associée au mariage avorté avec l'Italo-Américain FCA, soulève donc bon nombre de questions sur l'avenir de Renault, qui à lui seul n'a produit "que" 3,9 millions de véhicules l'an dernier et dont les ventes - plus de la moitié hors d'Europe - ont souffert ces derniers mois des vents contraires sur les marchés internationaux. 

Renault peut-il rester seul ? Va-t-il relancer un projet d'alliance avec FCA ? L'alliance avec Nissan a-t-elle encore un avenir ? Autant de questions auxquelles Jean-Dominique Senard et le directeur général Thierry Bolloré devront faire face cet après-midi.

La déprime des actionnaires

Si les actionnaires s'interrogent sur ces questions, il y en a une autre sur laquelle, c'est la colère qui domine. Depuis l'arrestation au Japon de Carlos Ghosn, architecte de l'alliance avec Nissan et Mitsubishi, ils ont perdu de l'argent, beaucoup d'argent. L'action évolue à ses plus bas niveaux: quelque 55 euros. En un an, le titre a perdu un tiers de sa valeur.

Certes, il y a les turbulences traversées par l'ensemble des acteurs du secteur, mais les actionnaires pointent surtout la responsabilité des administrateurs. Pour eux, ces derniers n'ont pas suffisamment été vigilants dans la gestion de Carlos Ghosn. Plus de six mois après son arrestation pour des malversations présumées, Renault a annoncé récemment qu'il envisageait des poursuites contre l'ancien patron pour avoir engagé 11 millions d'euros de dépenses suspectes au sein d'une filiale commune avec Nissan basée aux Pays-Bas. 

Le patron de Nissan désavoué

Deux représentants d'actionnaires appellent à voter contre le patron de Nissan, Hiroto Saikawa. ©EPA

Si les dirigeants de Renault se présentent ce mercredi devant leurs actionnaires, ceux de Nissan s'adonneront à l'exercice le 25 juin prochain. Et l'ambiance ne risque pas d'être plus sereine. L'influente société de conseil aux actionnaires, Glass Lewis, a en effet appelé à voter contre le patron de Nissan, Hiroto Saikawa, lors de cette assemblée, lit-on dans un rapport. Un avis partagé par un autre représentant d'investisseurs, Institutional Shareholder Services (ISS).

"Malgré les initiatives prises" par Nissan pour renforcer la gouvernance, "nous sommes troublés par le fait que Monsieur Saikawa va continuer à siéger au conseil d'administration et rester à la direction de la compagnie", souligne Glass Lewis.

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