interview

Andreas Cremer, CEO de la Febiac: "Cela ne sert à rien d'opposer cyclistes et automobilistes"

Andreas Cremer

Andreas Cremer, CEO de la Fédération Belge de l'Automobile & du Cycle (Febiac) depuis 100 jours en appelle au dialogue constructif au sujet de la mobilité et demande que l'on accélère le tempo sur les bornes de recharge.

Des restrictions en pagaille pour l'usage de la voiture, un salon qui ne peut pas avoir lieu et une industrie qui se transforme à marche forcée vers l'électrification, le mandat débuté il y a une centaine de jours par le nouveau patron de la Fédération belge de l'industrie automobile et du cycle, Andreas Cremer, ne sera pas de tout repos. L'ancien secrétaire général de l'usine d'Audi Brussels et ancien journaliste de la BRF conserve donc ses bonnes habitudes: il se lève tôt. Ça tombe bien, ce n'est pas le travail qui manque à la maison de l'automobile.

"Quand j’ouvre le journal, allume la TV ou la radio,  j’entends 'salon', 'conditions salons'. Je pense que nos membres sont assez contents des activités dans les concessions et que le momentum salon continue à vivre, même sans celui-ci", sourit le CEO.

Salon 2022 hybride

Le CEO s’attend à ce que l’édition 2022 du salon de Bruxelles se dirige plutôt vers un événement hybride, 50% digital/50% physique. "On ne pourra pas se passer du canal digital avec la jeune génération. Les constructeurs ont investi massivement dans le digital pour cette année et vont réutiliser leurs outils. Cependant, le digital ne va pas remplacer le fait de s’asseoir dans la voiture ou d'avoir une conversation sur place", estime-t-il.

"La voiture aura toujours sa place dans la mobilité. Dans certains cas, elle reste la meilleure solution."
Andreas Cremer
CEO de la Febiac

Avec la pandémie, le nombre de kilomètres parcourus en voiture est descendu en flèche. La période a vu de profonds changements pour la mobilité belge, surtout à Bruxelles. "Notre but n'est pas de vendre à mort des voitures pour les mettre en circulation. Mais je veux souligner que la voiture aura toujours sa place dans la mobilité. Dans certains cas de figure, elle reste la meilleure solution. Nous ne sommes pas dogmatiques. Il faut se parler et trouver des solutions. Il ne faut certainement pas placer les automobilistes contre les cyclistes, ce débat ne sert à rien. N'oublions pas que dans Febiac, le c veut dire cycle", insiste-t-il.

30 km/h

Andreas Cremer affûte donc ses arguments, car le CEO de la Febiac sera sur de nombreux fronts d'actualité. Est-il remonté contre la zone 30 km/h? "Nous ne sommes pas des râleurs. 30 km/h, ça peut faire du sens. Dans certains quartiers, la vitesse peut être dangereuse. Par contre, généraliser cette vitesse dans toutes les communes, c'est quand même un peu simpliste et pas du tout concerté. Il faut nuancer le dossier", répond le CEO.

"Dans certains quartiers, la vitesse peut être dangereuse. Mais généraliser 30 km/h dans toutes les communes, c'est un peu simpliste."

On lui rappelle que les Pays-Bas envisagent le 30 km/h dans toutes ses zones urbaines au niveau national. Le directeur de communication de la  Febiac, Joost Kaesemans, intervient : "pour que cette zone 30 ait du sens, il faut qu’elle soit respectée. Ce ne sera pas le cas si vous mettez juste un grand panneau 30 km/h sur un grand boulevard tout droit. Les Pays-Bas sont plus loin que nous. Pour chaque régime de vitesse, ils ont adapté la voirie", insiste-t-il.

Taxe au km

Ce ne sera pas le seul point chaud d'Andreas Cremer. La Febiac prône une taxe au kilomètre depuis plusieurs années, mais "nous avons toujours considéré qu'elle devait être nationale. Cela n'a pas de sens de le faire chacun dans sa baronnie. Sinon, cela va revenir à une augmentation de taxes pour les navetteurs. Et il faut être clair, une taxe au kilomètre doit remplacer les taxes annuelles", insiste le patron de la Febiac.

"Nous avons toujours considéré que la taxe au kilomètre devait être nationale. Sinon, cela va revenir à une augmentation de taxes pour les navetteurs. Et soyons clair: elle doit remplacer les taxes annuelles."

Mais son plus gros cheval de bataille sera peut-être celui de la mobilité électrique. Comment la rendre possible alors que l’infrastructure de recharge reste un gros défi? "Nous pouvons développer des nouveaux produits et services dans le sens d’une infrastructure de recharge intelligente, c’est une piste. Mais ne nous sommes pas capables d’installer toutes les bornes nous-mêmes. Nous pouvons par contre mettre ensemble les bons acteurs et rassembler les interlocuteurs qui pourraient booster ce dossier", détaille Andreas Cremer.

"On risque d'arriver à une situation où l'industrie est présente avec des véhicules électriques adaptés qui conviennent au client, mais qui ne se vendent pas à cause du manque de solutions de recharge"
Andreas Cremer
CEO de la Febiac

La course sera folle. 3,45% des immatriculations 2020 étaient des véhicules 100% électriques, auxquels s'ajoutent encore le succès des plug-in hybrides (environ 6% du marché neuf) qui ont aussi besoin de bornes. "Pour l'instant, l'essentiel des clients qui ont choisi une voiture électrique a une solution pour la recharger à la maison et/ou chez leur employeur. Quand on va augmenter la part de marché et avoir de plus en plus de voitures citadines électriques, ce ne sera plus le cas. Le problème est complexe et il faut aller vite, sinon on va rapidement arriver à une situation où l'industrie est présente avec des véhicules électriques adaptés qui conviennent au client, mais qui ne se vendent pas à cause du manque de solutions de recharge."

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés