Après 125 ans d'existence, Touring se cherche un second souffle

Le conseil d'administration de Touring "réfléchit" à un plan pour les 10 prochaines années, reconnaît le CEO de Touring, Bruno de Thibault.

125 ans après sa création, Touring est devenu un empire économique avec des ramifications dans l’ensemble du monde de l’automobile. Mais l’institution doit aujourd’hui se réinventer face aux nouvelles habitudes de mobilité des Belges.

Saviez-vous que la Cascade de Coo devait sa survie à Touring, tout comme l’Abbaye d’Orval ou les dunes de La Panne? C’est ce que l’on peut découvrir dans le magazine publié ce week-end par Touring à l’occasion de son 125e anniversaire.

Le Touring Club de Belgique est né en 1895 en tant que club cycliste. L’organisation militait pour des voies de circulation séparées pour les voitures, pour l’installation de panneaux indicateurs à l’entrée des communes et pour l’éclairage public. Ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale que le club s’est intéressé à l’automobile, alors en pleine ascension. Les "garde-routes" de Touring Secours sillonnaient tout le pays à l’aide d’un side-car pour aider les automobilistes. Ils sont ensuite passés à la célèbre Renault 4 jaune.

600.000
Les dépannages de voiture
Chaque année, Touring dépanne 600.000 voitures. Cela reste sa principale activité.

Le dépannage routier représente encore la principale activité de Touring. Toutes les dix secondes, le club dépanne une voiture en Belgique. Les activités d’assistance et de dépannage représentent la majeure partie des 250 millions d’euros de chiffre d’affaires. "Les quatre principales interventions restent les mêmes: crevaison, clés perdues, erreur de carburant ou batterie à plat", explique Bruno de Thibault (53 ans), CEO de Touring depuis peu.

Le nouveau patron est installé au 44, rue de la Loi. Touring quittera bientôt ce bâtiment légendaire après 100 ans de présence. L’an dernier, le club automobiliste a vendu son siège social à une ancienne connaissance: Befimmo. Dans les années 1990, Touring a offert le terrain de la parcelle attenante au géant immobilier. En échange, Befimmo a construit gratuitement le nouveau siège social de Touring.

Ce type d’arrangement astucieux représente un fil rouge dans l’histoire du Royal Touring Club. L’organisation réussit comme aucune autre à trouver de nouvelles sources de revenus. Par exemple, l’entreprise élargit systématiquement son empreinte dans le secteur financier. L’aventure a commencé en 1996 avec la création de Touring Assurances. Dix ans plus tard, Touring revendait sa participation à Winterthur, entretemps racheté par Axa. Touring perçoit depuis lors des royalties pour l’utilisation de sa marque.

Cette relation avec Axa rendait plus difficile pour Touring l'accès aux autres entreprises du secteur financier, qui craignaient que les données de clients ne se retrouvent chez la concurrence. Touring a alors rompu ses liens privilégiés avec Axa et vend désormais ses assurances assistance et dépannage comme "produit blanc" à d’autres acteurs financiers. Le club a conclu un accord avec Belfius Insurance, et ensuite – au grand dam de Belfius – avec BNP Paribas Fortis et AG Insurance. Yuzzu, la nouvelle marque d’Axa pour Touring Assurances, continue aussi à vendre les produits de Touring.

Vitrages

Touring utilise ces revenus pour diversifier ses activités. Le Club a ainsi signé il y a 20 ans une joint venture avec la famille Boden (Tongres), concessionnaire Opel. Touring leur rachète à bon prix des voitures de remplacement pour les clients de son service de dépannage, et les revend quelques mois plus tard comme voitures d’occasion. Avec la firme américaine Enterprises, Touring loue des voitures à l’aéroport de Zaventem.

En 2013, Touring s’est aussi lancé sur le marché des centres d’inspection automobile en rachetant la firme Autoveiligheid NV. Après de nombreuses acquisitions, ces activités représentent désormais 25% du chiffre d'affaires du groupe, et génèrent des ventes de 70 millions d’euros et des millions de dividendes.

"Nous essayons de réaliser des investissements s’inscrivant dans la philosophie de nos membres, explique Bruno de Thibault. Nous cherchons toujours des activités qui concernent la mobilité, qui existent depuis plusieurs années et qui enregistrent de beaux résultats. Mais nous prenons notre temps."

Tous les investissements de Touring ne sont pas des succès. Le club automobiliste annonce régulièrement le lancement de projets dont on n’entend ensuite plus parler. En 2007, Touring a ainsi lancé Medicare, un service grâce auquel les personnes âgées vivant seules pouvaient appeler les secours médicaux en actionnant un simple bouton. Lorsqu’il est apparu que 70% des appelants cherchaient surtout des contacts humains, le service a disparu. L’installation de défibrillateurs dans les entreprises et les clubs sportifs et un projet de voitures partagées dans la région de Bruxelles ont également fait long feu. "Nous commençons généralement par un projet pilote, poursuit de Thibault. Si ça marche, nous investissons davantage. Sinon, nous arrêtons."

"Nous croyons en Touring Glass, mais cette activité exige plus de temps qu'estimé au départ."
Bruno de Thibault
CEO de Touring

L’activité qui pose aujourd’hui problème est Touring Glass. Ce service de remplacement de vitrages automobiles a été mis sur pied par Touring en 2013, parce que les compagnies d’assurances et de leasing se plaignaient des prix élevés pratiqués par le leader incontesté du marché, Carglass. Mais en 2018, Touring Glass avait déjà accumulé près de 5 millions d'euros de pertes. Pour le patron de Touring, pas question toutefois de mettre fin à cette activité. "Nous n’avons pas pour ambition de devenir leaders du marché. Nous voulons arriver à l’équilibre en 2020. Nous croyons en cette activité, mais elle exige plus de temps qu’estimé au départ."

Double structure

Les problèmes liés à cette activité se font sentir dans les résultats de l’asbl Touring, qui comprend surtout les services de dépannage automobile. L’asbl, qui profite d’un régime de TVA préférentiel, a enregistré en 2018 une perte nette de 11,3 millions d’euros, qui s’explique en partie par la moins-value de 3 millions d’euros actée sur Touring Glass. "2018 fut une mauvaise année: nous avons eu beaucoup d’interventions de dépannage à cause des longues périodes de froid au premier trimestre", explique de Thibault, qui souligne que l’exercice 2019 s’est soldé par un bénéfice. La division Touring SA, en forte croissance, était bénéficiaire en 2018 mais fait face à une diminution de ses marges bénéficiaires.

Cette double structure pose aussi question depuis longtemps. Ainsi, Touring Glass est entièrement intégrée au sein de l’asbl. Les centres d’inspection automobile sont à 80% consolidés par la SA et 20% par l’asbl. Ces activités commerciales répondent-elles encore aux missions statutaires de l’asbl, comme la valorisation du patrimoine belge et la promotion du principe de solidarité sur la route? "Nous sommes parfaitement en ligne avec les réglementations" répond de Thibault. Le patron de Touring reconnaît cependant que le conseil d’administration "réfléchit" à un plan pour les dix prochaines années. Mais il n’en dira pas plus. Les résultats annuels montrent que l’asbl a provisionné 3,3 millions d’euros pour "la réorientation des activités". Le document qualifie les changements des habitudes de mobilité de "grande incertitude".

Touring se prépare avec des voitures "booster", capables de recharger les batteries vides de voitures électriques. En 2017, le Club a investi dans l’entreprise de logiciels gantoise Optimile, dont l'app permet aux clients d'acheter différentes formes de mobilité, comme un billet de train ou une voiture de location. Et Touring essaie de changer son image de défenseur de "la voiture reine". L’époque où le club attirait l’attention des médias avec des pétitions contre des radars ou l’idée de remorquer les voitures accidentées avec les victimes pour limiter les embouteillages fait désormais partie du passé. "On ne peut pas rester attaché au principe du ‘tout à la voiture’", explique le porte-parole Danny Smagghe.

"Nous n'offrons pas des produits pour un seul véhicule, mais pour toutes les formes de mobilité."
Bruno de Thibault
CEO de Touring

"Chaque usager de la route est un caméléon, conclut de Thibaut. Parfois il utilise sa voiture, parfois son vélo ou un autre moyen de transport. Nous offrons des services pour toutes les formes de mobilité ". Touring propose ainsi des services d’assistance aux cyclistes. Avec 20 dépannages de vélos par jour, cette activité reste cependant marginale en comparaison des 600.000 dépannages de voitures par an.

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