Bilan amer pour Daimler

Mercedes avait présenté en 2019 le premier modèle de sa famille électrique EQC. Mais la ligne est confrontée à une multiplication de problèmes techniques.

Daimler a présenté hier un bilan catastrophique pour 2019. Le constructeur allemand a pris du retard dans le virage électrique et est rattrapé par le scandale des moteurs diesel truqués.

Le nouveau manager suédois à la tête de Daimler, Ola Källenius, a présenté mardi son premier bilan à Stuttgart avec d’entrée de jeu une succession de mauvaises nouvelles.

Daimler a réalisé en 2019 l’un des pires résultats de son histoire récente. Le bénéfice du groupe a chuté l’an passé de près des deux tiers, à 2,7 milliards d’euros malgré une légère hausse du chiffre d’affaires à 172,7 milliards d’euros avec 2,4 millions de véhicules vendus. "Ce ne sont pas des résultats avec lesquels nous voulons nous projeter dans l’avenir", a estimé Ola Källenius, en poste depuis mai dernier, sous pression après la présentation en novembre dernier d’un plan de redressement dont les premiers effets n’ont guère convaincu.

2,7 milliards
Bénéfice en chute
Le bénéfice a chuté de près des deux tiers en 2019, à 2,7 milliards, malgré une légère hausse du chiffre d'affaires.

"Daimler - c'est-à-dire le prédécesseur de Källenius et possible prochain président du Conseil de surveillance Dieter Zetsche – a raté le virage de l’électrique", constate le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung, pour expliquer la débâcle.

Mercedes avait présenté en 2019 le premier modèle de sa famille électrique EQC. Mais la ligne est confrontée à une multiplication de problèmes techniques. Or si le groupe ne parvient à redresser la courbe sur l’électrique, il risque des pénalités de plusieurs milliards d’euros pour non-respect des normes européennes en termes d’émissions de CO2. "J’ai confiance que nous atteindrons le cap des 100 grammes de CO2 par kilomètre", a expliqué mardi le nouveau patron de Daimler. La moyenne des véhicules du groupe est pour l’heure bien au-dessus, de l’ordre de 137 grammes de CO2 par kilomètre.

Des centaines de millions ont également été dépensés dans le recentrage de la filiale de services à la mobilité conjointe avec BMW, la gestion des airbags Takata défectueux et l’abandon du pick-up X, lancé en 2017 mais resté loin de ses objectifs de vente.

Surtout, les conséquences du scandale du diesel ont également pesé sur les résultats. Le groupe a dépensé l’an passé plus de 2 milliards d’euros en modifications techniques sur les véhicules concernés et en recours juridiques. Après des mois de déni, Daimler a finalement commencé à rappeler des centaines de milliers de voitures pour les équiper de nouveaux logiciels antipollution.

Réfléchir à une alliance

"Le groupe ferait mieux de mettre rapidement sur les routes des véhicules électriques produits en série."
Frank Schwope
Analyste de la Nord LB

 "Daimler est plus que jamais sous pression, constate l’analyste Frank Schwope de la Nord LB. Daimler a pris du retard dans le domaine des véhicules électriques. Les conséquences du scandale du diesel pèsent de plus en plus lourd. Au lieu de se lancer dans des projets irréalistes, le groupe ferait mieux de mettre rapidement sur les routes des véhicules électriques. Et Daimler ferait mieux de réfléchir, lui aussi, à une alliance avec des partenaires comme le font ses concurrents, soit dans le cadre d’une solution germano-allemande avec BMW, soit une solution germano-franco-japonaise avec les partenaires Renault et Nissan ou encore dans le cadre d’une alliance germano-sino-suédoise avec le gros actionnaire Geely et Volvo… Mais les handicaps sont élevés, du fait des structures d’actionnariat et des intérêts politiques en jeu."

Les résultats décevants présentés mardi auront des conséquences pour les actionnaires comme pour les salariés. Les 130.000 salariés du groupe verront leur prime passer de 4.965 euros en 2018 à 597 euros pour 2019. Surtout, le plan de réduction des effectifs de 10.000 suppressions de postes annoncé en novembre pourrait être revu à la hausse à 15.000 emplois, un chiffre non confirmé par le groupe. Quant aux actionnaires, ils verront leur dividende chuter de 3,25 euros à 90 cents.

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