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reportage

BMW sur les traces de Tesla

BMW vise un total de 25 modèles électrifiés d’ici 2023, dont plus de la moitié seront entièrement électriques. ©AFP

Longtemps sceptiques, les constructeurs allemands ont pris le virage de l’électrique. C’est le cas de BMW avec 2,3 millions de voitures vendues en 2020.

Pas moins de 400.000 voitures électriques vendues en 2020 en Allemagne, contre 112.000 un an plus tôt… Les véhicules propres représentent aujourd’hui 12,6% du parc automobile en République fédérale, contre 2,9% un an plus tôt.

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modèles électriques
Les constructeurs automobiles allemands ont sorti l’an passé 14 modèles électriques et 20 hybrides.

"Ça a été une surprise, je dois l’avouer, rapporte Jürgen Pieper, analyste chez Bankhaus Metzler. Depuis deux ans, la demande augmente. Et ce malgré la crise sanitaire, dont j’aurais au contraire attendu qu’elle incite les consommateurs à fuir les changements au profit des valeurs traditionnelles. D’autant que les prix sont encore élevés et que l’autonomie des batteries - 300 km en moyenne - est loin d’être optimale." 

De bons résultats

À la veille d’élections en partie dominées par les questions climatiques, les constructeurs se prennent d’optimisme, malgré les difficultés d’approvisionnement en matières premières et la pénurie de composants électroniques. "Les principaux constructeurs allemands ont présenté de bons résultats trimestriels", rappelle Jürgen Pieper. Malgré un recul des immatriculations en juillet (- 25%) et en août (-23%) du fait de la pénurie de composants.

"En Allemagne, certains centres-villes ne seront bientôt plus accessibles aux moteurs diesels, puis à l’ensemble des moteurs à combustion."
Bernhard Ederer
Porte-parole électromobilité de BMW

Secoués par le scandale des moteurs diesels truqués, malmenés par la concurrence de Tesla (le constructeur américain qu’ils ont longtemps snobé et qui veut produire l’an prochain 200.000 voitures électriques dans sa Giga Factory des environs de Berlin), les constructeurs allemands mettent désormais les bouchées doubles. Ils ont sorti l’an passé 14 modèles électriques et 20 hybrides. Quatorze nouveaux modèles électriques doivent être présentés cette année.

Des contraintes politiques

Les contraintes imposées par les politiques - renforcées après le scandale des moteurs diesel truqués chez VW - expliquent certainement le changement de cap chez les constructeurs.

"Sans le Dieselgate, l’Allemagne n’aurait pas connu un virage vers l’électro-mobilité aussi rapide."
Stefan Bratzel
Directeur du Center of Automotive Management (CAM)

"Les normes deviennent de plus en plus contraignantes en Europe, et plus encore aux États-Unis", rappelle Bernhard Ederer, porte-parole électromobilité de BMW. "En Californie, dans quelques années, les constructeurs qui ne proposeront pas un certain pourcentage de véhicules électriques dans leur gamme seront exclus du marché. En Allemagne, certains centres-villes ne seront bientôt plus accessibles aux moteurs diesels, puis à l’ensemble des moteurs à combustion."

Un peu partout à travers le pays, les municipalités ont adopté des mesures interdisant aux véhicules à moteur diesel de circuler dans les centres-villes, comme à Hambourg, Stuttgart, Berlin, Francfort ou Cologne… De fait, l’une des conséquences du scandale aura été de favoriser le développement de l’électro-mobilité, sonnant le glas du diesel en Allemagne, le pays qui l’a inventé. "Sans le Dieselgate, l’Allemagne n’aurait pas connu un virage vers l’électro-mobilité aussi rapide", estime Stefan Bratzel, le directeur du Center of Automotive Management (CAM).

Un changement des mentalités

Les ventes de voitures électriques ont bondi en Allemagne sous l’effet des aides de l’État. Le ministre de l’Économie Peter Altmaier réalisait avec six mois de retard - en juin dernier - son pari de voir rouler sur les routes du pays un million de véhicules électriques fin 2020.

"Le scandale a contribué au changement des mentalités", confirme Jens Müller, coordinateur qualité de l’air au sein de l’ONG Transport et Environnement à Bruxelles. "Il a placé la question de la pollution de l’air au centre du débat sur la mobilité. VW a accéléré les choses sans le vouloir!" Aujourd’hui, les ventes de véhicules à moteur diesel ont chuté à moins de 30% des ventes, un seuil historique depuis 2000 et l’essor du diesel dans le pays. 

Une histoire qui remonte à 2008

À Munich, la capitale de la marque au logo bleu et blanc (les couleurs de la Bavière), l’aventure de l’électrique remonte à 2008. BMW avait créé, en 1972, la première voiture électrique au monde, pour accompagner les coureurs des Jeux olympiques organisés dans la capitale bavaroise.

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millions de voitures
BMW vise les 2 millions de voitures électriques vendues fin 2025, soit dix fois plus qu’aujourd’hui.

L’épisode est aujourd’hui présenté comme un gag marketing. "2008 est l’année où on a commencé à travailler sur la i3, rappelle Bernhard Ederer. Les modèles se sont depuis enchaînés." BMW vise un total de 25 modèles électrifiés d’ici 2023, dont plus de la moitié seront entièrement électriques.

BMW vise les 2 millions de voitures électriques vendues fin 2025, soit dix fois plus qu’aujourd’hui. Rapidement, le groupe entend devenir "le plus vert d’Allemagne", une ambition qui répond aux attentes d’une clientèle de plus en plus soucieuse de l’environnement. Pour y parvenir, Oliver Zipse, le patron du groupe, a défini une feuille de route détaillée.

"D’ici 2030, nous devons réduire de 66% les émissions de CO2 sur l’ensemble du cycle de vie de nos voitures. Pour cela, un tiers des voitures que nous vendons devront être électrifiées d’ici 2025; la moitié en 2030. Parallèlement, nous devons mettre l’accent sur la durabilité de tous nos modèles dès le premier jour de leur développement: réduire la quantité de matières premières nécessaires et anticiper en amont les questions de la réutilisation des matériaux et du recyclage, en fin de vie des véhicules."

Durabilité économique

Rapidement, les nouveaux modèles de la marque devront compter davantage d’acier, de plastiques et d’aluminium recyclés. "Nous ne parlons pas seulement de durabilité d’un point de vue environnemental et climatique, mais aussi économique", précisait début septembre Oliver Zipse.

L’évolution actuelle du prix des matières premières montre avec quelles conséquences l’industrie doit compter, du fait de la limitation des matières premières. BMW estime à 500 millions d’euros les coûts supplémentaires liés à la pénurie de matières premières, rien que pour 2021.

"Nous sommes confrontés au défi de devoir gérer en parallèle le développement de l’électrique et l’évolution des moteurs à combustion."
Eberhard Ederer
Porte-parole électromobilité de BMW

Pour le climat toujours, BMW entend réduire d’ici 2030 d’au moins un quart les émissions de CO2 sur l’ensemble du cycle de vie d’une voiture, et de 80% les émissions de dioxyde de carbone sur les chaînes de production; de 20% dans la chaîne de distribution. Dans un avenir plus lointain, les batteries des voitures pourraient même servir d’accumulateur domestique, permettant de stocker le courant produit par les panneaux solaires installés sur le toit d’une maison équipée de photovoltaïque, et pourquoi pas alimenter la machine à laver lorsque la voiture est au garage...

Derrière VW et Daimler

En 2013, si le constructeur bavarois a sorti avec la i3 la première voiture électrique allemande fabriquée en série, BMW semble aujourd’hui à la traîne en termes de ventes, derrière VW et Daimler. "BMW a une stratégie moins claire", estime Jürgen Pieper. "C’est une stratégie de compromis entre les moteurs à combustion et l’électrique." 

"Contrairement à un constructeur purement électrique comme Tesla, nous sommes confrontés au défi de devoir gérer en parallèle le développement de l’électrique et l’évolution des moteurs à combustion", rappelle Eberhard Ederer. "Nous devons travailler dans les deux directions."

"Produire différents types de propulsion sur la même chaîne peut être un atout lorsqu’on produit de petites quantités."
Andreas Radics
Berylls Strategy Advisors

À la différence de certains de ses concurrents, BMW n’a d’ailleurs pas fixé de date pour la fin de la production de ses modèles équipés de moteurs à combustion, à l’exception de la ligne Mini, qui ne sera plus disponible qu’en version électrique dès 2030. "Les marchés vont évoluer de façon très différente à travers le monde", rappelle à ce sujet le constructeur.

Contrôler les risques et les coûts

À l’avenir, tous les modèles devront pouvoir être construits dans tout type de propulsion dans chacune des usines du groupe. L’atout? En tant que relativement petit constructeur, BMW pense pouvoir ainsi contrôler les risques et les coûts liés à l’électromobilité.

"Produire différents types de propulsion sur la même chaîne peut être un atout lorsqu’on produit de petites quantités", rappelle Andreas Radics, de Berylls Strategy Advisors. "Cela permet de réagir rapidement aux demandes des clients, d’augmenter rapidement la production si la demande pour un modèle électrique augmente brusquement, tout en réduisant progressivement la production de moteurs conventionnels."

Le résumé

  • Les ventes de voitures électriques ont bondi en Allemagne sous l’effet des aides de l’État.
  • BMW vise les 2 millions de voitures électriques vendues fin 2025, soit dix fois plus qu’aujourd’hui.
  • Le constructeur entend réduire d’ici 2030 d’au moins un quart les émissions de CO2 sur l’ensemble du cycle de vie d’une voiture.
  • Et n’a pas fixé de date pour la fin de la production de ses modèles équipés de moteurs à combustion, à l’exception de la ligne Mini, qui ne sera plus disponible qu’en version électrique dès 2030.

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