Carlos Ghosn vire son avocat et perd ses indemnités

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Motonari Otsuru défendait Carlos Ghosn depuis son arrestation. Il annonce désormais se retirer du dossier. En France, Renault rabote les indemnités de son ancien dirigeant.

Carlos Ghosn change son fusil d'épaule. Le principal avocat de l'ex-homme fort de Renault et Nissan, arrêté le 19 novembre et détenu depuis dans une prison de Tokyo pour des malversations financières présumées, annonce se retirer du dossier. En fait, c'est Ghosn qui a viré l'équipe chargée de le défendre. 

"C'est le départ d'un processus pour rétablir mon innocence."
Carlos Ghosn

Carlos Ghosn parle dans une déclaration d'une étape importante. "Je suis impatient de pouvoir me défendre, avec vigueur, et ce choix représente pour moi la première étape d'un processus visant non seulement à rétablir mon innocence, mais aussi à faire la lumière sur les circonstances qui ont conduit à mon injuste détention." Il confirme que Junichiro Hironaka, célèbre au Japon, deviendra son nouvel avocat.

Motonari Otsuru, un ancien procureur qui assurait la défense du bâtisseur de l'alliance automobile Renault-Nissan-Mitsubishi Motors. ©REUTERS

Motonari Otsuru, un ancien procureur qui assurait la défense du bâtisseur de l'alliance automobile Renault-Nissan-Mitsubishi Motors, "a soumis une lettre de démission au tribunal", selon un communiqué du cabinet d'avocats. Aucune raison n'a été fournie pour expliquer cette décision.

"Il est probable que MM. Otsuru et Ghosn n'étaient pas sur la même ligne, sans quoi on ne démissionne pas comme cela. En général, les avocats japonais comme maître Otsuru veulent que les clients leur obéissent", déclare l'avocat Yasuyuki Takai, qui était membre de l'unité spéciale d'enquête du bureau des procureurs de Tokyo.

Qui est Junichiro  Hironaka?

A 73 ans, il est un vétéran diplômé de l'université de Tokyo. Habitué des médias,il dénote par rapport à son discret confrère Otsuru.

A son actif, on trouve la défense des célébrités et des politiques, des résidents de la région affectée par la catastrophe de Fukushima et travaillé sur des affaires criminelles.

Il a notamment participé avec succès en 2012 à la défense d'un homme politique influent, Ichiro Ozawa, fin stratège électoral accusé d'implication dans une affaire de financements non déclarés de campagne.
"J'ai parlé à M. Ghosn et à sa famille qui m'ont demandé de prendre l'affaire en main, et j'ai accepté". Il sera épaulé sur ce dossier son collègue Hiroshi Kawatsu.

Junichiro  Hironaka a désormais la délicate mission de défendre l'ancien capitaine d'industrie naguère vénéré dans l'archipel pour avoir sauvé le constructeur japonais Nissan de la faillite, et qui y est aujourd'hui vilipendé.

Une première réunion était pourtant prévue jeudi entre avocats, juges et procureurs, pour préparer le procès. 

Flegme et pessimisme

Motonari Otsuru, 63 ans, avait la délicate mission de défendre l'ancien capitaine d'industrie naguère vénéré pour avoir sauvé le constructeur japonais Nissan de la faillite, et aujourd'hui vilipendé. Depuis le début de l'affaire, il n'a fait qu'une seule conférence de presse début janvier, déployant un flegme qui contraste avec la verve des ténors du barreau qu'on peut voir ailleurs.

Il s'était alors montré pessimiste sur les perspectives de libération sous caution de Carlos Ghosn avant l'ouverture de son procès, dans plusieurs mois.

Dans une interview accordée fin janvier dans un parloir de sa prison de Kosuge, au nord de Tokyo, l'homme d'affaires franco-libanais-brésilien avait fustigé sa détention prolongée, une situation qui ne serait "normale", selon lui, "dans aucune autre démocratie". Visé par trois inculpations pour abus de confiance et minoration de revenus aux autorités boursières sur la période 2010 à 2018, il rejette toute malversation.

Indemnités rabotées

Alors qu'on assiste à un jeu de chaises musicales entre les avocats au Japon, au conseil d'administration de Renault, une décision est tombée visant à supprimer certaines indemnités de Ghosn.

"Le conseil a décidé à l'unanimité au cours de sa réunion du 13 février de renoncer à l'engagement de non-concurrence de M. Ghosn et par conséquent de ne pas verser la compensation correspondante", indique le groupe.

→  Ainsi, l'ex homme fort du groupe ne touchera pas ses indemnités liées à cette clause de non-concurrence de 2 ans. Cette clause est estimée à deux ans de salaire fixe et variable.

→ Il est aussi question de supprimer des actions de performance attribuées entre 2015 et 2018. "Carlos Ghosn a perdu les droits d'acquérir définitivement ces actions", indique Renault.
Le nombre d'actions supprimées varie selon les sources. Certains énoncent une valeur de 26 millions d'euros.

Ces décisions seraient soutenues par le gouvernement français, actionnaire de référence du groupe. Une source à Bercy indique que le ministre de l'Économie Bruno Le Maire avait demandé au principal représentant de l'État au conseil d'administration du groupe de "faire en sorte qu'on puisse réduire au maximum possible les indemnités de Ghosn. "On a toujours été contre les rémunérations excessives. Ce n'est pas une question de (...) présomption d'innocence ou pas. C'est une question de (...) décence."

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