Ce qui se cache derrière le boom des immatriculations

Les revendeurs auront pu faire inscrire une partie de leurs véhicules sur une liste d’exception. ©BELGA

Les immatriculations auront connu une progression vertigineuse en août. À la Febiac, on nous parle d’une hausse de 30 à 40%. En cause, les nouvelles normes WLTP qui seront obligatoires pour immatriculer les véhicules dès le 1er septembre. Les marques automobiles ont dû en conséquence gérer tous les stocks des véhicules homologués et produits selon l’ancien carnet de conformité NEDC. À la DIV, c’est le rush. D’ici ce vendredi, les véhicules produits selon l’ancien carnet de conformité NEDC doivent être immatriculés. Chez Traxio, on dénonce le manque de flexibilité de la DIV.

"Pourvu que l’on n’ait pas un bug informatique à la DIV ou une panne de système dans un autre pays. Parce que lundi, on ne pourra plus immatriculer", dit Koen Maes. À deux jours de l’entrée en vigueur du WLTP, la nouvelle procédure d’homologation des voitures, le patron de Nissan au Benelux respire. Le plus gros du travail est derrière lui.

À partir de septembre, toutes les voitures immatriculées devront arborer le nouveau carnet de conformité basé sur ce cycle WLTP (Worldwide Harmonised Vehicle Test Procedure). En Belgique, il a été décidé que les constructeurs automobiles bénéficieront d’une tolérance équivalant à 10% de leurs volumes des douze derniers mois. Un constructeur automobile qui a, par exemple, immatriculé 3.000 voitures neuves sur les douze derniers mois pourra en inscrire 300 avec l’ancien carnet de conformité sur une liste d’exception à immatriculer dans les douze prochains mois.

Il a donc fallu dans toutes les marques faire des inventaires précis et mettre les véhicules un par un sur une liste d’exception. "Ça a demandé une bonne collaboration entre les importateurs et les concessionnaires", avoue Joost Kaesemans, directeur communication de la Febiac, l’association belge des constructeurs automobiles.

Pour les marques qui craignent de ne pas avoir assez avec les 10% de marge, il faut immatriculer les voitures excédentaires avant le 31 août. Elles pourront par la suite être vendues comme occasion. Ce qui ne se fera pas sans une perte de valeur. "Certains constructeurs ont poussé des voitures vers les concessions. Et s’ils n’ont pas réussi à les vendre, les concessionnaires doivent immatriculer pour réaliser les volumes prévus, ce qui génère des frais supplémentaires", regrette Carl Veys, président de Traxio, la fédération qui regroupe concessions, agents et autres vendeurs de voitures et de mobilité.

+30%
Les immatriculations de voitures neuves devraient avoir progressé de 30% à 40% en août. Les constructeurs ont dû liquider leurs stocks NEDC via des actions spéciales ou en les immatriculant eux-mêmes.

À la Febiac, on nous le confirme déjà: les immatriculations en août vont décoller. À trois jours du décompte final du mois d’août, on y estime que les immatriculations ont bondi de 30% à 40% par rapport au mois d’août 2017. Dans les mois qui viennent, on devrait donc avoir l’effet inverse avec des immatriculations en nette baisse.

Il faut dire que de nombreuses marques ont mis en place des actions spéciales dans le but de liquider leurs stocks. "Toutes les voitures NEDC qui restent en stock ont pu être placées sur la liste de dérogation. Nous avons aussi fait des promotions pendant l’été pour nettoyer les stocks NEDC. Ce qui nous a permis de ne pas devoir immatriculer nous-mêmes les stocks", témoigne William Meerschaut, porte-parole de Hyundai.

3 questions à Philippe Decrock

Porte-parole de Traxio

1. Les marques automobiles disent en général qu’elles sont prêtes pour les nouvelles normes. Où est le problème, selon Traxio?

C’est vrai, la plupart des marques ont anticipé et mis les voitures sur les listes d’exception qui leur laissent un an pour immatriculer les véhicules avec l’ancien carnet de conformité. Cette liste est limitée à 10% des ventes en Belgique et seuls les importateurs officiels peuvent déposer cette liste. Mais en Belgique, il n’y pas que des importateurs dans le secteur. Il y a par exemple aussi les vendeurs des pays voisins, les "parallélistes", qui n’ont pas le droit de mettre leurs véhicules sur cette liste. Chez certaines marques, il reste des stocks de voitures qui ne sont pas sur la liste des importateurs. C’est inquiétant.

2. Où se trouvent ces voitures qui ne sont pas sur les listes d’exception?

Dans toute une série d’endroits. Il y a par exemple des voitures dans des petits garages. Il y a par exemple quelques voitures de marque française chez les concessionnaires. Il y a des garages indépendants qui ont acheté des voitures neuves à l’étranger. Enfin, il y a le particulier qui a acheté un véhicule produit avant le 31 mai, mais ne l’a pas encore immatriculé pour toutes sortes de raisons.

On avait pensé pouvoir négocier avec la DIV comme toujours afin de trouver une solution pour ces véhicules. Quand on passait d’une norme Euro à une autre, c’était possible de les immatriculer comme occasion. Depuis ce week-end, on sait que cette porte est fermée. On sait que pour plus de 100 voitures au moins, ce ne sera pas possible. Ils devront soit immatriculer cette semaine, soit se réveiller lundi et ne plus pouvoir immatriculer. La DIV a tenu à rester très stricte.

3. Des voitures ne pourront donc jamais être immatriculées?

On continue à discuter avec la DIV. On ne sait pas s’ils décideront de faire quelque chose rétroactivement pour le secteur. Le premier septembre, des particuliers et des garages auront un trou financier et une voiture toute neuve qu’ils ne pourront pas immatriculer. Le particulier ne comprendra pas qu’on lui interdise d’immatriculer une voiture neuve Euro 6 mais bien un vieux diesel d’occasion Euro 3.

Une marque comme Ford, qui travaille directement avec ses concessionnaires, a eu moins de mal dans la mesure où il y a moins de stocks sur le territoire. Chez BMW, qui a plus tôt que d’autres décidé de publier des scores WLTP, il n’y aura pas de problème non plus.

D’une manière générale, la plupart des grandes marques ont pu anticiper les difficultés. "La législation est connue depuis pas mal de temps. On a pu anticiper les choses même si force est de reconnaître que l’on a dû beaucoup travailler pour résoudre tous les problèmes avec le réseau", indique Koen Maes. Il regrette ce ratio de 10% retenu en Belgique, qu’il estime comme "un peu juste vu le contexte compliqué". On pense par exemple au choc sur le diesel, qui a généré un déséquilibre entre les stocks importés et les ventes réelles.

Sonnette d’alarme

Chez Traxio, on tire carrément la sonnette d’alarme. Selon la Fédération, de nombreuses voitures ne seront pas immatriculées à temps et ne pourront plus l’être au 1er septembre. Philippe Decrock, porte-parole de la Fédération, énumère des petits vendeurs indépendants de voitures, mais aussi des particuliers qui doivent faire adapter leur véhicule chez un carrossier pour une personne à mobilité réduite, ou encore un client qui a voulu profiter d’une remise mais qui attend que son fils ait son permis pour immatriculer son véhicule. Autant de gens qui risquent, selon les règles actuelles, de ne plus pouvoir immatriculer du tout leur véhicule par la suite en Europe.

Selon Traxio, la DIV a indiqué que si les véhicules homologués selon l’ancienne norme NEDC n’étaient pas immatriculés d’ici le 31 août et s’ils n’étaient pas sur les listes de dérogation, ils ne pourront plus être immatriculés du tout. "On doit donc payer la taxe de mise en circulation (TMC) maintenant et le client final devra à nouveau la payer", regrette encore Carl Veys. "Pour nos petits membres, payer ces TMC et les taxes de circulation pour une bonne partie du stock peut s’avérer compliqué. On a contacté les Régions, qui nous ont répondu qu’il n’était pas question de changer la taxation ou de mettre en place une taxe temporaire. Ils nous ont renvoyés vers le Fédéral", explique Philippe Decrock.

Un autre public problématique est celui des collectionneurs, qui achètent des voitures sans spécialement les immatriculer. A la Febiac, on connaît ainsi le cas de ce collectionneur qui a 15 voitures de sport premium non immatriculées dans son garage. S’il veut les immatriculer, il devra payer une montagne en un coup en taxes. S’il ne le fait pas, il risque de se réveiller lundi sans la moindre possibilité de les immatriculer.

Stéphane Sertang, patron du groupe Ginion, nous confie que ses équipes ont appelé tous ses clients qui ont des voitures haut de gamme et qui pourraient être concernés, pour leur expliquer qu’il était peut-être temps de passer à la DIV…

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content