D'Ieteren Auto licencie: "Nous n'avons pas le choix, on doit s'adapter"

D'Ieteren Auto accélère son plan de transformation. ©Jonas Roosens

La branche automobile de D'Ieteren a été prise de cours par le retournement du marché. Elle se retrouve obligée d'accélérer sa transformation et veut se séparer de 211 personnes.

Mercredi était "une journée particulièrement difficile" pour le CEO de D'Ieteren Auto, Denis Gorteman. La division distribution automobile du groupe D’Ieteren a annoncé mettre en œuvre un projet d’accélération de sa transformation pour répondre aux changements substantiels du marché automobile. 

D'Ieteren Auto savait que le monde automobile allait fortement changer dans les années à venir. La société avait donc anticipé une série de départs de manière progressive au cours des années à venir. Puis la crise du coronavirus est passée par là et a tout accéléré. "Dans notre plan stratégique 2025, nous avions prévu une baisse graduelle du marché automobile vers 490.000 voitures, mais pas de passer du jour au lendemain de 550.000 à 435.000 voitures, mais nous n'avons pas le choix, nous ne pouvons pas attendre", explique le CEO.

211 emplois menacés

Comprenez que D'Ieteren ne pourra pas faire l'économie de casse sociale. 211 emplois sont menacés en Belgique sur les 1.705 travailleurs de la filiale de D'Ieteren, soit 12,3%. La procédure légale d'information et de consultation des représentants du personnel - dite "Loi Renault" - a débuté mercredi. La première réunion avec les syndicats est pour ce jeudi 13h30.

"Avant, D'Ieteren c’était une famille. L'entreprise est aujourd'hui purement commerciale et les actionnaires n'ont plus d’autre idée en tête que de ramasser un maximum de pognon."
Jean-Paul Sellekaerts
Secrétaire syndical FGTB

"Lorsque l’on a un bas de laine de 1,5 milliard d’euros, que l'on ne sait pas dans quoi investir et que l’on décide de profiter de la crise du Covid-19 pour restructurer, ça pose question!", regrette le secrétaire syndical Jean-Paul Sellekaerts (FGTB). "Avant, D'Ieteren c’était une famille. Depuis que Roland D'Ieteren est parti et que Nicolas D'Ieteren a repris le flambeau, cela devient une entreprise purement commerciale dans laquelle les actionnaires n'ont plus d’autre idée en tête que de ramasser un maximum de pognon", tacle le syndicaliste qui a passé 17 ans dans la maison.

Il rappelle que la moyenne d'hez D'Ieâge cteren Auto est élevée et que beaucoup de ses collègues ont dédié 25 à 35 ans de leur vie au groupe. "D’Ieteren pourrait faire quelque chose pour ses travailleurs", déclare le syndicaliste.

Denis Gorteman, qui se veut constructif, a évidemment une autre analyse de la situation. Ce qui fait, selon lui, que D'Ieteren est une "entreprise saine" depuis plus de 200 ans, c'est que "nous prenons les mesures adéquates au bon moment. On ne doit pas les prendre quand on est au bord de la faillite", à un moment où D'Ieteren ne pourrait plus aider les travailleurs concernés pour la suite de leur carrière.

Pour Denis Gorteman, "il est dans notre devoir et celui des représentants du personnel de diminuer cette période le plus possible, car elle affecte les 1.705 travailleurs de la société".

La société a l’intention de cesser l’activité des contact centers à Kortenberg. D'Ieteren va aussi diminuer l'emploi au niveau logistique pour répondre à la baisse des livraisons et cherche aussi à se désengager des activités d’importation des produits Yamaha via une reprise.

Stratégie 2025

D’Ieteren pense aussi qu'à l'avenir, le marché s’orientera moins vers du véhicule neuf et davantage vers les véhicules d’occasion, la mobilité du futur et l’après-vente

"Nous nous attendions à une baisse lente et progressive du marché, mais avec ces changements brutaux, on ne peut pas attendre, on doit s'adapter."
Denis Gorteman
CEO de D'Ieteren Auto

Ici on pense donc que la baisse de volumes de véhicules neufs est une réalité qui va durer. Fini le marché à plus de 500.000 voitures, D’Ieteren pense que dans les prochaines années, le marché des voitures neuves va se stabiliser autour des 450.000 véhicules en Belgique. "Les impacts de la crise sont visibles et le resteront dans les mois et les 3 à 4 années à venir. Je doute que beaucoup de personnes soient à l’achat d’un véhicule neuf alors que les annonces comme la nôtre vont se multiplier", anticipe Gorteman.

Les associations sectorielles, Febiac et Traxio, pensent même que le marché va se contracter de 35% cette année, contre une estimation de 21% chez D'Ieteren. Une étude publiée ce mercredi matin par ces mêmes associations indique que les intentions d'achat des automobilistes sont en recul de 31 % suite à la crise du Covid-19. La baisse est même de 47% dans les ménages qui ont subi une perte de pouvoir d’achat avec la crise.

D'Ieteren veut donc se renforcer dans les activités d'occasion, les services après-vente et tous ces nouveaux métiers liés à la mobilité du futur. "La seule de nos activités qui a déjà retrouvé un niveau similaire à celui d'avant la crise, ce sont les véhicules partagés de Poppy, qui étaient ce mardi à 96% du niveau d’activité de février. C'est une preuve que le besoin de mobilité évolue et change", assure Gorteman.

D'ieteren Auto veut aussi regarder vers l'avenir et a débloqué un investissement global de 182 millions d'euros d'ici 2025.

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