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analyse

"Des constructeurs chinois s'imposeront en Europe"

Le constructeur chinois GAC Motors était présent au Mondial de l'auto à Paris entre BMW et Mercedes-Benz. ©REUTERS

En Chine, les constructeurs locaux sont très compétitifs. L’arrivée de ces constructeurs en Europe se précise. Difficile néanmoins de savoir qui des Thunder Power & Co arrivera à s’imposer sur le Vieux Continent.

En Europe, quand on parle voitures électriques, c’est encore Tesla qui monopolise l’attention. Pourtant, une autre concurrence arrive de l’Est et on aurait tort de ne pas y prêter attention.

"Certains constructeurs chinois vont disparaître. Il y en a déjà qui soufrent. Mais d’autres constructeurs vont s’imposer."
Harald Krüger
CEO de BMW

Le marché chinois est de loin le premier marché automobile mondial, tous les constructeurs le savent. Un marché très compétitif où les constructeurs occidentaux se démènent pour détenir une part de marché significative face aux constructeurs locaux.

À l’image de Renault, qui a peiné à atteindre les volumes souhaités ces dernières années sur ce marché et qui va lancer un modèle électrique dédié au marché chinois, la K-ZE. "Ce sera une voiture abordable, ce qui veut dire au même prix que la compétition chinoise, mais bien meilleure au niveau qualité, autonomie", annonçait lundi soir le patron de l’Alliance Renault-Nissan, Carlos Ghosn.

Carlos Ghosn a présenté lundi soir un véhicule électrique destiné au marché chinois, la K-ZE. ©REUTERS

De leur côté, les constructeurs chinois se montrent de plus en plus intéressés par le marché européen à l’image d’un Thunder Power qui devrait s’installer sur le site de Caterpillar prochainement.

Les constructeurs européens craignent-ils cette nouvelle concurrence venue de Chine? "Pour une entreprise qui était au bord de la faillite il y a 5 ans et qui a une rentabilité supérieure au premier semestre que les concurrents premiums allemands, laissez-moi vous dire, on n’a peur de rien", nous répond le CEO de PSA, Carlos Tavares. "Nous sommes darwiniens, on est donc en mesure de s’adapter."

"Nous regardons évidemment tous les concurrents et quels seront leurs prochains mouvements, mais notre focus est sur nous. Il faut comprendre les clients, le cadre réglementaire, les tendances, l’évolution du design,etc. Ça a toujours été la force de Mercedes-Benz", estime pour sa part Britta Seeger, la patronne des ventes et du marketing de Daimler.

Au salon automobile de Paris, le chinois GAC Motors présente ses voitures entre les stands Premium de BMW et Mercedes-Benz. Une présence remarquée, même si le patron de la marque chinoise a indiqué qu’il ne s’aventurerait en Europe "qu’après 2020".

Comme les Japonais ?

La Chine n'a que récemment commencé à exporter ses marques dans des pays émergents. Mais vu l'ampleur de leur production, beaucoup se demandent si les constructeurs chinois pourront faire le même coup que les Japonais dans les années 70.

Les marchés européen et nord-américain, plus difficiles à conquérir en raison de normes environnementales et de sécurité strictes, résistent aux Chinois jusqu'ici. "Les Chinois arriveront certainement en Europe. Chez nous, 43% de nos ventes se font encore en Europe. C’est toujours notre premier marché. S’ils survivent en Europe, cela veut dire qu’ils sont compétitifs en termes de qualité", nous répond le CEO du groupe BMW Harald Krüger.

"La réalité, c’est que nos amis chinois ont fait de réels progrès, en termes de style, de moteurs, de design extérieur et de qualité."
Thierry Bolloré
directeur général adjoint du groupe Renault

"Les Chinois arrivent avec une autre base de coûts que Tesla, bien meilleure qu’aux Etats-Unis. Mais il leur faut un produit attractif avec une belle autonomie et réussir à gagner de l’argent avec cela. Certains de ces constructeurs vont disparaître. Il y en a déjà qui soufrent. Mais d’autres constructeurs chinois vont s’imposer. Il y a beaucoup d’argent en Chine", enchaîne-t-il.

Harald Krüger estime donc qu’il faut prendre tout le monde au sérieux. Il ne peut néanmoins s’empêcher, quand on évoque les voitures chinoises de GAC motors sur le stand voisin qui ressemblent à des BMW de répondre: "Nous avons déjà vu des belles voitures chinoises dans le passé. C’est très différent quand vous les conduisez… "

La vérité, c’est que l’arrivée des constructeurs chinois sur le sol européen reste une grande inconnue. Difficile de savoir lesquels arriveront vraiment à se faire une place chez nous parmi la foule de constructeurs chinois intéressés.

Guerre technologique

"Ça vaut la peine d’aller en Chine pour voir ce qu’il s’y passe. La réalité, c’est que nos amis chinois ont fait de réels progrès, en termes de style, de moteurs, de design extérieur et de qualité. Ils ont toutes les technologies et ils sont en avance sur le multimédia et la connectivité, certes avec leurs propres systèmes. Ils deviendront compétitifs à l’international comme ils le sont chez eux", anticipe Thierry Bolloré, directeur général adjoint du groupe Renault.

Il pense néanmoins que les constructeurs européens peuvent faire la différence avec des produits très modernes, mais qu’il sera dangereux de croire qu’on sera "protégé de cette compétition à l’avenir".

À Gosselies, on espère en tout cas que Thunder Power, déjà présente aux éditions 2015 et 2017 du salon de Francfort, sera du côté des gagnants en Europe. Au salon de Genève en mars, c’est encore une autre marque chinoise, Changan, qui sera présente dans les palais d’exposition.

"C'est la preuve que notre industrie est en vie et reste intéressante pour gagner de l’argent. Sinon, on ne dépenserait pas autant dans la R&D. La digitalisation, la mobilité électrique et la conduite autonome ont créé une véritable guerre de leadership technologique", conclut Krüger.

Thunder Power à Francfort en 2017. ©BELGAIMAGE

"Il faut des batteries européennes"

Carlos Tavares rappelle de son côté que le sourcing des batteries est entièrement asiatique (pour les cellules, NDLR) et principalement chinois. Il milite donc pour un champion européen de la batterie, car pour l’instant, "40% de la valeur ajoutée des véhicules électriques part en Asie". Une situation intenable selon le patron de PSA.

Il insiste que, comme les autorités européennes ont imposé le choix du véhicule électrique, ils doivent maintenant mettre en œuvre tout ce qui est nécessaire pour que notre industrie automobile reste compétitive.

Parce que quand la part de marché de l’électrique va progresser, "il est prévisible qu’il y aura une inflation du prix des batteries".

Thierry Bolloré, directeur général adjoint du groupe Renault, pense également que le "sourcing localisé serait une très bonne chose".

On a raté le premier train de développement des cellules batteries, estiment les deux patrons. Il est donc intéressant de se profiler pour la prochaine génération de batterie. "Si on veut rattraper le train ce sera 2028, 2030 sur les batteries solides", anticipe Tavares.

"Il y a une révolution des batteries qui est à l’œuvre", dit de son côté Bolloré. Il rappelle au passage que contrairement à ce que l’on pourrait croire, il y a encore du progrès à réaliser dans la voiture électrique sur les moteurs, sur la transmission énergétique et sur les batteries.

 

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