En pleine guerre commerciale, le tigre chinois sort ses griffes

©VIA BLOOMBERG NEWS

Le constructeur automobile Ford écope en Chine d'une amende de 21 millions d'euros pour infraction au droit de la concurrence. C'est plus précisément la coentreprise formée par Ford et Changan Automobile qui est visée. Quand le tigre chinois s'oppose à l'ours américain...

Après FedEx, place à Ford. En pleine guerre commerciale sino-américaine, les autorités chinoises infligent une amende de 162,8 millions de yuans (21 millions d'euros) à la coentreprise formée par Ford et Changan Automobile. Le montant équivaut 4% du chiffre d'affaires réalisé l'an dernier par l'entité. Le motif? Infraction au droit de la concurrence.

→ Depuis 2013, Changan Ford fixait un prix minimal de revente pour ses voitures dans la ville de Chongqing (sud-ouest). Pour l'administration en charge de la réglementation des marchés (SAMR), il s'agit d'une violation de la loi. En effet, ces tarifs "imposés" ont empêché les autres distributeurs de fixer librement leurs prix, de quoi mettre à mal une saine la concurrence, indique le SAMR.

Dans le chef de Changan Ford, on déclare avoir déjà corrigé ces pratiques commerciales. Néanmoins, cette amende intervient alors que Ford s'efforce de relancer ses ventes en Chine, son deuxième marché mondial où les activités sont en déclin depuis la fin de 2017.

La "Blacklist" chinoise

©IMAGEGLOBE

Ford n'est donc pas la première entreprise américaine pointée du doigt par les autorités chinoises. Elles ont annoncé ce mardi le lancement d'une enquête sur FedEx. Elles soupçonnent l'entreprise de transport de colis de porter atteinte aux droits et intérêts de ses clients.

Doit-on voir dans ces deux dossiers une réponse du tigre chinois à l'ours américain?

"Harcèlement", "fusillades", "vols", elle a publié une série de situations alarmistes à destination de ses ressortissants se rendant aux Etats-Unis.

La Maison-Blanche a en effet déclaré la guerre à Huawei. Le groupe télécoms chinois s'est ainsi vu limiter l'accès au territoire et aux entreprises américains. Dans la foulée, la Chine avait menacé elle aussi de blacklister des entreprises "étrangères" qui portent atteinte aux intérêts des entreprises nationales.

Elle a aussi mis en garde ses citoyens désireux de se rendre aux États-Unis. "Harcèlement", "fusillades", "vols"... elle a publié mardi une série de situations alarmistes à destination de ses ressortissants se rendant aux États-Unis. La Chine agite ainsi la carte de la menace touristique dans son conflit avec Washington.

Ford et d'autres

Certes, les autorités chinoises démentent tout lien entre l'amende à Ford et les tensions commerciales. "C'est difficile de n'y voir aucun lien", conçoit Andrew Polk, cofondateur du bureau de recherches Trivium China à Pékin.

Néanmoins, dans cette escalade aux sanctions commerciales et technologiques, de nombreuses entreprises risquent de se faire rattraper. Il semble en effet que la Chine soit effectivement en train d'élaborer une liste des "entités peu fiables" ouvrant un large spectre de cibles potentielles, allant de Alphabet (Google) à Qualcomm en passant par Intel mais aussi des entreprises non américaines qui ont, par exemple, coupé les ponts avec Huawei, comme le Japonais Toshiba ou Softbank.

La liste d'entreprises non fiables ne sera utilisée par la Chine qu'en cas de représailles ultimes dans la guerre commerciale actuelle.

Les autorités chinoises veulent ainsi se montrer inflexibles face à la juridiction "longue portée" des États-Unis tout en se montrant rassurantes: cette liste d'entreprises non fiables ne sera utilisée qu'en cas de représailles ultimes dans la guerre commerciale actuelle.

Rappelons par ailleurs que Ford n'est pas le premier constructeur victime des tensions géopolitiques. En 2016, General Motors via sa joint-venture SAIC Motor s'était vu accusé de violation des règles de concurrence. À l'époque Donald Trump venait d'être élu et les relations étaient déjà tendues entre les deux pays. Trump dénonçait la position de la Chine par rapport a Taiwan et l'accusait d'avoir volé un drone américain en Mer de Chine.

Le pessimisme du FMI

Les entreprises qu'elles soient chinoises ou américaines ne devraient pas être les seules à souffrir de cette guerre commerciale que se livrent les deux puissances. Le FMI a averti des conséquences néfastes d'une telle querelle sur l'économie. Le Fonds monétaire international a donc légèrement revu à la baisse ses prévisions de croissance pour la Chine. La seconde économie mondiale devrait voir son PIB progresser de 6,2% cette année et de 6% l'an prochain.

"Tout le monde est perdant dans une guerre commerciale. Si les échanges commerciaux sont menacés, s'ils sont affectés, la croissance en pâtira", avertit Kenneth Kang, le directeur adjoint du département Asie-Pacifique du FMI. "Nous encourageons toutes les parties concernées à travailler ensemble pour parvenir à un règlement durable."

Mardi, la Banque mondiale avait également revu à la baisse la progression du produit intérieur brut à 6,2% en 2019 (contre 6,6% en 2018).

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect