Et demain, nos voitures pourront prendre leur envol

©rv doc

Les voitures volantes sont un sujet très tendance et les prototypes sortent des laboratoires. Reste à voir si l’efficacité économique et la volonté de changer nos villes seront aussi au rendez-vous.

C’était l’un des thèmes phares des films de science-fiction des années 80 et 90. La voiture volante pourrait-elle bientôt devenir une réalité? En Slovaquie comme aux Etats-Unis en passant par la France, on semble en tout cas y croire. Uber vient en effet d’engager Mark Moore, un ingénieur en aéronautique de la Nasa qui s’est fait remarquer en 2010 avec son étude sur la faisabilité de véhicules électriques volants. Des espèces de taxis urbains qui conviendraient parfaitement pour des taxis du futur.

Uber, de son côté, a publié un document de 100 pages sur la question en octobre dernier. Baptisé "Uber Elevate", il passe en revue de manière quasi-exhaustive tous les challenges que ce type de transport amène.

Les solutions techniques sont là

Le premier qui vient à l’esprit est celui de l’efficience énergétique. Ce qui se rapproche le plus des véhicules urbains capables de voler verticalement, ce sont les hélicoptères, mais ceux-ci sont très énergivores et chers. Le transport aérien urbain n’est finalement une réalité que dans certaines villes, notamment brésiliennes pour de riches hommes d’affaires à la recherche de rapidité et de sécurité.

"Si vous n’avez pas un business case, alors tout cela n’est juste qu’un grand jeu technologique délirant."
Mark Moore
Ingénieur de la NAsa débauché par Uber

Mais les solutions techniques sont là, si on en croit des sociétés comme Airbus. Les véhicules volants pourraient bientôt être bien plus abordables moins énergivores et relativement silencieux car électriques. Uber a ainsi imaginé des véhicules avec des petites autonomies qui se rechargeraient sur des héliports urbains pendant que les passagers embarquent ou débarquent.

Air Mobility

Le patron d’Airbus, Tom Enders, a déclaré que même s’il n’était pas un fan de Star Wars, il avait toujours cru dans des voitures volantes qui évolueraient sur différents niveaux comme dans la saga. Airbus a créé il y a un peu plus d’un an une division dédiée appelée Urban Air Mobility.

Celle-ci aussi réfléchit à la mobilité aérienne du futur. Airbus avait alors dévoilé un projet de véhicule doté de 8 rotors sur deux couples d’ailes baptisé Vahana. Celui-ci pouvait être utilisé pour le transport de personnes ou de fret. Airbus a annoncé en janvier qu’il allait présenter son premier prototype d’ici à la fin de l’année, sans préciser s’il s’agissait bien de Vahana.

©Uber

D’autres grands noms ont mis de l’argent dans l’aventure. C’est d’ailleurs à la suite de la lecture de la publication de Mark Moore, que le cofondateur de Google, Larry Page, aurait décidé de financer deux start-ups de la Silicon Valley, Zee Aero et Kitty Hawk, afin de développer la technologie.

L’arrivée de Mark Moore chez Uber pour travailler sur le projet Elevate est comme un pied de nez pour Google qui est de plus en plus concurrent d’Uber.

Le départ de Mark Moore de la Nasa après 30 ans est également révélateur. Selon lui, la Nasa a abandonné ce type de projet au secteur privé. Ce qui est dommage alors que le niveau fédéral serait, selon Mark Moore, très bien placé pour relever tous les défis de sécurité d’un tel projet. Mais selon lui, la Nasa est trop bureaucratique et politique, ce qui la rend moins efficace et peu flexible pour ce genre de projets, à l’inverse de sociétés comme Uber.

Uber n’a pas précisé s’il comptait se lancer dans la création de prototypes. Un créneau déjà exploité par de nombreuses jeunes sociétés comme Terrafugia ou Moller International.

©Uber

Plus qu’un concept

Très loin de la théorie, un ingénieur slovaque, Stefan Klein, en est lui à la quatrième génération de son AeroMobil. Ce passionné de design automobile travaille sur ce projet depuis 25 ans. Il a financé ses deux premiers prototypes lui-même et s’est même une fois crashé avec une de ses créations. Aujourd’hui, le projet occupe des dizaines de personnes et le prototype 3.0 était exposé il y a quelques mois au cœur des institutions européennes dans le cadre de la présidence slovaque. L’AeroMobil est en effet une fierté nationale. Le CEO Juraj Vaculik et ses équipes commerciales font le tour du monde.

Klein et Vaculik peuvent se targuer d’avoir l’un des seuls véhicules qui n’a pas trop négligé le côté voiture de l’engin. Le terme "voiture volante" étant souvent galvaudé pour des objets plus volants que roulants, mais qu’on appelle voiture en raison de leur particularité de nous amener d’un point A à un point B.

Quand Stefan Klein décolle avec sa voiture, il prouve en tout cas à tout un chacun que la voiture volante n’est plus une fantaisie. La question sera davantage de reconnaître quelle sera la voiture volante la plus adéquate et surtout de lever les très nombreux freins au développement de cette technologie, nos villes n’étant pas pensées pour de tels véhicules.

Mark Moore, lui, pense que le business case est au rendez-vous. Il prend en exemple les 55 millions d’utilisateurs d’Uber que l’on pourrait mettre demain dans des voitures volantes. De quoi créer un marché massif et profitable selon lui.

Le rêve des voitures volantes soulève au moins quatre questions

Des nuisances?

Ce n’est pas à une bonne partie des Bruxellois et des riverains de la capitale que l’on doit expliquer que le transport aérien peut rapidement être générateur de grosses nuisances. En promettant des véhicules électriques et donc relativement silencieux, les acteurs comme Uber pensent avoir trouvé la parade. Il convient de préciser que des véhicules volants dans les villes changeraient tout de même considérablement nos structures de villes. Uber imagine donc utiliser des toits et autres espaces inutilisés pour faire des sortes d’héliports urbains. Aussi, la sécurité devra être au rendez-vous, car des crashs urbains de véhicules volants donneraient une image un peu apocalyptique du paysage.

Y aura-t-il des autoroutes dans le ciel ?

Qui dit trafic aérien, dit route de vol et contrôle aérien. Si demain, des milliers de véhicules urbains deviennent capables de voler, faudra-t-il prévoir des autoroutes en l’air ? Plusieurs villes, comme Sao Paolo, ont déjà des systèmes intelligents pour les nombreux vols d’hélicoptères qui s’y effectuent. Le big data, les algorithmes élaborés et la puissance informatique devraient régler une grosse partie des problèmes. On parle souvent de voitures connectées, des véhicules volants urbains devront certainement l’être.

Une autre solution serait de superposer des routes imaginaires en l’air comme dans les films de science-fiction.

A-t-on vraiment besoin d’une voiture volante ?

Si le terme le plus répandu reste celui de "voiture volante", beaucoup de concepts dessinés ressemblent plus, à quelques exceptions près, à des drones géants qu’à des voitures ou à des avions. La question est donc de savoir dans quelle mesure on a vraiment besoin d’une voiture volante? La réponse est peut-être tout simplement négative. Entre des voitures à quatre roues et des engins volants d’un nouveau type pour usage urbain, le business model des flying cars semble déjà prendre sens. Le terme voiture volante correspondant alors plus à un usage d’un point A à un point B en ville plutôt qu’à une véritable voiture capable de prendre son envol.

Faudra-t-il un double permis ?

N’importe quel pilote de loisir ou professionnel pourra vous le dire, piloter n’est clairement pas aussi simple que conduire. Et quand il s’agit de devenir pilote professionnel, on parle de centaines d’heures d’entraînement. Dès lors, ces voitures volantes seront-elles simples d’utilisation ? Certains, comme Mark Moore, estiment qu’on aura besoin d’êtres humains aux commandes dans les appareils pendant encore longtemps. D’autres se disent que comme la technologie est futuriste et que la conduite autonome est chaque jour un peu plus proche, les pilotes/conducteurs ne seront peut-être pas nécessaires dans un futur plus proche qu’il n’y paraît.

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