Et si faute d'accord avec Renault, FCA regardait PSA autrement

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La réaction des marchés à l'annonce de la fin du projet de fusion entre Fiat Chrysler et Renault ne s'est pas faite attendre. Les titres de Renault et FCA ont ouvert en baisse. Mais ce sont surtout les supputations sur un retour des discussions entre PSA et FCA qui refont surface.

La réaction des marchés à l'annonce de la fin des projets de fusion entre Fiat Chrysler et Renault ne s'est pas faite attendre. Comme attendu, le titre Renault a ouvert en net recul: -7,8% dans un marché en hausse de 0,20%. "Il n'y a rien de positif dans le retrait de l'offre de Fiat sur Renault", indique Takeshi Miyao, un analyste chez Carnorama à Tokyo.

L'action FCA perdait, elle, 3,2% à 11,3 euros à l'ouverture de la bourse de Milan, avant de se reprendre quelques minutes plus tard. Notons que l'action du groupe Peugeot Citroën, PSA , a ouvert en hausse de 2,3%. 

"Avec cette échelle, la fusion aurait transformé le paysage mondial de l'industrie, encourageant peut-être d'autres constructeurs à reconsidérer leurs propres statuts de champions nationaux en faveur d'économies d'échelle permettant d'encaisser le choc des disruptions du secteur", indique Morningstar Equity Research. "Mais peut-être que FCA a malgré tout craqué l'allumette qui finira par mettre le feu."

Le secteur de l'automobile est en effet en pleine effervescenceFCA et PSA avaient récemment évoqué l'idée d'un partenariat, mais l'Italo-Américain avait refusé les avances françaises. Avec l'échec des discussions avec Renault, le spectre d'une reprise des contacts refait surface. 

"Les deux parties (Renault et FCA, NDLR) ont reconnu le besoin d'opérer des fusions et acquisitions ou de suivre d'autres opportunités. Si Nissan devait être un obstacle, les discussions pourraient reprendre entre PSA et FCA", explique un analyste de Jeffries. 

Un avis partagé par Oddo. "Si finalement rien ne se fait, Renault comme FCA devront trouver un plan B. Sur le court terme, la pression s'accroît pour que Renault consolide sa relation avec Nissan et atteigne les objectifs de son plan moyen terme. Pour FCA, les spéculations sur une reprise des discussions avec PSA pourraient s'en trouver ravivées."

FCA-PSA: Pour ou contre?

Les avantages et les inconvénients d'un rapprochement PSA-FCA ont déjà été énoncés à maintes reprises. Quels sont ces avantages?

→ Il y a d'abord la présence géographique des deux acteurs. Fiat, via Chrysler est bien implanté aux États-Unis; un marché que Peugeot a annoncé vouloir reconquérir à l'horizon 2026. Fiat est aussi bien implanté dans les émergents avec une belle activité brésilienne. A contrario, FCA peine à progresser en Europe hors de l'Italie.
→ PSA a évoqué l'intérêt financier: une telle alliance pourrait garantir un certain équilibre, de quoi rendre pérennes les effets du plan de restructuration. 
→ PSA pourrait soutenir FCA dans le développement électrique
→ Une alliance FCA-PSA aurait permis de talonner des mastodontes tels que VW ou Toyota. Ensemble, ils auraient créé le 4e groupe mondial.

Au rang des inconvénients, citons les modalités pratiques d'une fusion. Un spécialiste du secteur avançait les difficultés financières qu'aurait Peugeot pour acquérir FCA. "Il faudra probablement procéder par échange d’actions avec les propriétaires de ce dernier. Pour éviter de voir sa participation trop diluée dans le nouveau groupe, la famille Peugeot semble indiquer qu’elle serait prête à accroître sa participation à l’occasion d’une augmentation de capital."

Ici, aussi, l'État français devrait venir en soutien de PSA

Représentant de la famille Peugeot, Robert Peugeot déclarait, lui, déjà en mars dernier être très satisfait de ce qui a été posé par Carlos Tavares (CEO de PSA) avec Opel: "nous avons soutenu le projet Opel depuis le début. Si une autre occasion se présente, nous ne freinerons pas."

Un rapprochement PSA avec Jaguar-Land Rover a aussi été évoqué, mais le Britannique a annoncé hier un partenariat avec BMW dans le développement des véhicules électriques.

Renault déçu

Nous considérons que cette proposition est opportune, ayant beaucoup de mérite industriel et d'attractivité financière, créant un leader mondial de l'automobile basé en Europe.
Renault

Renault s'est déclaré déçu de "ne pas pouvoir approfondir la proposition de FCA". "Nous considérons que cette proposition est opportune, ayant beaucoup de mérite industriel et d'attractivité financière, créant un leader mondial de l'automobile basé en Europe", lit-on dans un communiqué.

Faute d'accord au conseil d'administration de Renault, FCA a en effet purement et simplement retiré son offre de projet de fusion. Il pointe désormais du doigt l'État français pour cet échec, estimant que les "conditions politiques" n'étaient pas réunies en France pour "mener à bien un tel rapprochement."

Une source proche du constructeur italo-américain était encore plus claire ce jeudi matin: "la position soudaine et incompréhensible de Bercy" se trouve au coeur de l'échec des discussions, selon elle. "De nouvelles exigences du gouvernement français ont conduit à cette situation dommageable pour toutes les parties."

Le gouvernement français, actionnaire à hauteur de 15% de Renault, avait fixé quatre conditions:

• la réalisation de cette opération dans le cadre de l'alliance entre Renault et Nissan
• la préservation des emplois et des sites industriels en France; 
• le respect dans la gouvernance des équilibres entre Renault et FCA; 
• la participation de ce futur ensemble à l'initiative des batteries électriques engagée avec l'Allemagne.

L'État français a demandé des garanties. Il a bien fait. Demander du temps pour un mariage, c'est normal.
Gérald Darmanin
Ministre du budget

Selon Bruno le Maire, ministre français des Finances, un accord avait été trouvé sur trois de ces quatre conditions. Il restait seulement à "obtenir un soutien explicite de Nissan", lié à Renault via un jeu complexe de participations croisées. C'est à cette fin que la France avait demandé un délai supplémentaire de 5 jours.

"L'État français a demandé des garanties. Il a bien fait. Demander du temps pour un mariage, c'est normal", a renchéri le ministre du Budget Gérald Darmanin sur Franceinfo. Il ne ferme cependant pas la porte à une reprise des négociations. "Aujourd'hui, il faut protéger l'emploi automobile français."

"Nul doute que le dirigisme économique à la française sera encore montré du doigt, peut-être à juste titre, mais mieux vaut se garder de jugements trop définitifs à ce stade", commente Aurel-BGC dans une note. "Quoiqu'il en soit, le retrait de l'offre de FCA fait tomber les deux constructeurs dans un vide stratégique, qui ne devrait pas plaire aux marchés."

Le retrait de l'offre de FCA fait tomber les deux constructeurs dans un vide stratégique, qui ne devrait pas plaire aux marchés.
Aurel-BGC


Le  pouvoir des Agnelli

Cette fusion aurait créé un groupe de plus de 30 milliards d'euros de valorisation boursière, produisant 8,7 millions de véhicules par an. Le projet prévoyait la création d'une holding basée à Amsterdam et détenue à parts égales par les actionnaires de Renault et FCA.

La famille Agnelli, qui possède 29% de Fiat Chrysler, aurait vu sa part mécaniquement diluée à 14,5%, mais serait restée de loin le premier actionnaire, pesant près du double de l'État français qui serait tombé à 7,5% du capital.

Un projet de fusion qui plaisait au marché

Le jour de l'annonce du projet de fusion, les actions Renault et FCA avaient signé des hausses à deux chiffres. Le marché saluait alors une fusion qui aurait mieux armé les deux groupes pour faire face aux défis de l'industrie automobile, aux changements rapides vers l'électrification des véhicules et la voiture autonome. Des projets aujourd'hui enterrés, semble-t-il.

En dépit de la baisse du titre ce jeudi, Renault évolue encore plus de 4% au-dessus de son cours d'avant l'annonce du projet avec Fiat Chrysler, signe que les investisseurs n'écartent pas la possibilité d'une reprise des discussions entre les deux constructeurs.

Depuis le début de l'année, l'action Renault recule de près de 4% contre une quasi-stabilité pour le titre Fiat Chrysler (+1%) et un gain de plus de 12% pour PSA.

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