Face à la mainmise chinoise, l'Europe mise sur un "Airbus des batteries"

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Quasiment absente d’un marché des batteries automobiles dominé par la Chine, l’Europe s’éveille. Elle ambitionne de mettre sur pied un "Airbus des batteries".

La Chine domine l’industrie mondiale des batteries automobiles, mais l’Europe intensifie ses efforts pour combler son retard abyssal avec l’ambition affichée d’établir un "Airbus des batteries".

Au cœur de la suprématie chinoise, les cellules lithium-ion: c’est le composant clef d’une batterie rechargeable de voiture électrique, mais peu de constructeurs se hasardent à les produire. "Ils sont forcés de travailler avec les fournisseurs de batteries établis", faute "d’avoir le temps de développer leur propre technologie", ce qui impliquerait des investissements colossaux et risqués dans la chimie, souligne Xavier Mosquet, analyste du cabinet BCG.

En Chine, cap sur l’hydrogène

Déjà championne des voitures électriques à batterie lithium-ion, la Chine veut accélérer l’émergence du moteur à hydrogène: elle pousse ses constructeurs vers cette technologie prometteuse. Selon un plan gouvernemental dévoilé par la presse officielle, Pékin vise 5.000 véhicules à hydrogène sur les routes l’an prochain, 50.000 d’ici 2025 et un million en 2030. 

L’hydrogène, qui offre une autonomie et une rapidité de recharge comparables au plein d’essence d’une voiture classique, avec les avantages des véhicules 100% électriques (silence, absence d’émissions polluantes), apparaît comme la prochaine étape logique pour réduire les émissions.

L’Europe reste absente du paysage, avec seulement 1% de la production mondiale de cellules lithium-ion, alors que le marché mondial des batteries auto pourrait atteindre 45 milliards d’euros en 2027, dont 20 à 30% en Europe, selon BCG.

A contrario, la Chine abrite les deux tiers des capacités de production du globe. Assurant un quart de l’offre planétaire, le mastodonte chinois CATL est numéro un, devant le japonais Panasonic, un autre chinois, BYD, et le Sud-Coréen LG-Chem. Une domination logique: la Chine représente la moitié des ventes mondiales de véhicules électriques et Pékin impose aux constructeurs l’usage de composants locaux.

Par ailleurs, les chinois Tianqi et Ganfeng contrôlent un tiers de l’offre mondiale de lithium via leurs investissements dans les mines australiennes et chiliennes.

"Champion européen"

Sous pression, les constructeurs cherchent à réduire leur dépendance. "Nous travaillons avec cinq producteurs de cellules en Chine. Nous avons un accord avec CATL, mais ne voulons pas mettre nos œufs dans un seul panier", confie Stephan Wöllenstein, directeur de Volkswagen Chine. Le constructeur allemand a également annoncé début avril un accord avec Ganfeng pour garantir ses approvisionnements de lithium durant dix ans.

En Europe, l’importation massive de cellules lithium-ion serait prohibitive.

La question se pose désormais en Europe, où les ventes de voitures électriques devraient décoller, dopées par les restrictions d’émissions: l’importation massive de cellules lithium-ion serait prohibitive.

Préoccupés, Paris et Berlin ont signé fin décembre un accord "stratégique" pour développer une filière européenne de batteries: l’Allemagne entend y consacrer un milliard d’euros et la France 700 millions en cinq ans, évoquant des usines des deux côtés du Rhin.

Auparavant, l’Union européenne avait appelé à créer un "Airbus des batteries" associant constructeurs et firmes spécialisées. Parmi les groupes automobiles présents au salon de Shanghai, l’enthousiasme reste mesuré: pour l’heure, ils poussent surtout leurs fournisseurs asiatiques à s’installer en Europe.

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