analyse

FCA-Renault, le champion industriel européen avorté

©AFP

Le constructeur italo-américain Fiat Chrysler (FCA) pointe du doigt "des conditions politiques défavorables en France" pour justifier le retrait de son offre de fusion à 30 milliards de dollars. Côté français, on se dit déçu et on brandit le mutisme de l'allié japonais Nissan en guise de drapeau blanc.

Cataclysme dans l'industrie automobile mondiale mercredi matin alors que Fiat Chrysler (FCA) revient sur son offre de fusion à 50/50 avec Renault. L'accord, censé propulser le nouveau groupe au troisième rang des constructeurs mondiaux, n'a pas réussi à convaincre l'Etat français, détenteur de 15% des parts de la marque au losange, dans les délais imposés par FCA.

Dans un communiqué officiel, le ministre de l'Économie et des Finances Bruno Lemaire, a déclaré "prendre acte de la décision de FCA de retirer son offre" avant de renvoyer la balle dans le camp de Nissan, avançant "l'attente du soutien explicite" du partenaire japonais de Renault comme dernier obstacle à la signature de l'accord.

Côté marchés, la déception s'est rapidement fait ressentir, la valeur de l'action Renault  accusant un recul de 7,8% à l'ouverture alors que le titre FCA  perdait 3,2% à 11,3 euros à l'ouverture de la bourse de Milan, avant de se reprendre en cours de séance. Notons que l'action du groupe PSA Peugeot Citroën   a ouvert en hausse de 2,3%. 

  • Les raisons de la colère

Pour mieux comprendre l'impatience et la grogne du camp Fiat Chrysler à l'égard de l'Etat français, il faut revenir aux 4 conditions strictes initialement posées par celui-ci en vue de la création du "super groupe". Bruno Lemaire avait en effet communiqué son inflexibilité sur les questions de préservation d'emplois et de sites industriels français, de gouvernance équitable, d'investissement dans les technologies d'électrification des véhicules et, enfin, de protection de l'alliance Renault-Nissan-Mitsubishi

Alors que FCA avait offert des garanties concernant les 3 premiers points, tout en avançant la possibilité de distribution d'un dividende spécial aux actionnaires français, c'est le délai supplémentaire demandé par le camp Renault qui a eu raison de la patience du groupe italo-américain. En cause, on citera la prudence des représentants de l'Etat, mais, surtout, l'absence de soutien explicite de la part de Nissan.

A ce propos, certains observateurs s'interrogent sur le manque de concertation entre Renault et son homologue japonais lors des négociations. D'après "Les Echos", il semblerait aussi que, lors de la dernière réunion du conseil d'administration de Renault, seuls les représentants syndicaux de la CGT se soient opposés à l'accord, ceux de l'Etat et de Nissan, soit les deux principaux actionnaires, ayant en revanche refusé de se prononcer.

  • Une opportunité gâchée?

Avec cette fusion, les deux constructeurs espéraient se préparer à répondre aux profonds bouleversements que connait l'industrie automobile mondiale. FSA, particulièrement en retard sur les questions d'électrification ou autonomisation des véhicules, aurait grandement bénéficié de la fusion et surtout de l'apport technologique de l'alliance Renault-Nissan. Par ailleurs, le groupe italo-américain espérait s'ouvrir la voie de l'Asie, tandis que Renault comptait sur la partie américaine de Fiat Chrysler pour accéder au grand continent.

Cette union aurait également permis une production annuelle au-delà du cap symbolique des 8 millions de véhicules, réalisant ainsi la vision du célèbre Sergio Marchione, ancien CEO de Fiat Chrysler et visage du groupe, décédé en 2018.

  • PSA, un plan b crédible?

A l'image de la réaction des marchés, les spéculations quant à un possible rapprochement entre FCA et l'autre grand constructeur français, PSA Peugeot Citroën, n'ont pas tardé à faire surface. La possibilité d'un partenariat avait déjà été évoquée en mars dernier alors que Fiat Chrysler accélérait sa recherche de l'allié idéal.

A ce sujet, Eric Desomer, expert de l'industrie automobile chez Deloitte, tempère et qualifie les rumeurs de fusion avec PSA de "précipitées" invoquant "des synergies moins évidentes qu'avec Renault et des cultures d'entreprise moins compatibles". Il ajoute toutefois que pour FCA, et les grands constructeurs automobiles, "la fusion fait sens afin d'être capable d'affronter les nouveaux défis d'une industrie en pleine transformation".

 Malgré la débâcle, Renault et FCA n'abandonnent pas leurs rêves de grandeur. Après les faits, les deux parties ont confirmé leur volonté de poursuivre leur projet de consolidation industrielle, chacun de son côté par contre.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect