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Fiat Chrysler et Renault, une gigafusion face à la révolution automobile

©REUTERS

Fiat Chrysler et Renault discutent officiellement d’une fusion d’égal à égal. Une telle association a un sens stratégique que ce soit d’un point de vue géographique ou de partage des coûts. Les coûts de R&D à venir sont colossaux dans l’auto.

C’est une petite bombe dans le monde automobile, alors que Renault est encore secoué par l’affaire Carlos Ghosn et que l’alliance avec Nissan et Mitsubishi se cherche un nouvel équilibre, Fiat lui propose sa main. L’idée est de s’allier à Renault pour une alliance mondiale.

Quand on dit Fiat, on pense surtout au groupe Fiat Chrysler Automobiles (FCA), un groupe très fort aux Etats-Unis, justement là où Renault ne l’est pas. Les discussions sont désormais officielles. Fiat les a confirmées avant-Bourse ce lundi. Renault a confirmé également étudier "avec intérêt l’opportunité d’un tel rapprochement, confortant l’empreinte industrielle du Groupe Renault et générateur de valeur additionnelle pour l’Alliance". Le marché apprécie la perspective d’une telle fusion alors que les deux actions Renault et FCA se sont appréciées de 12,06% et 7,98% respectivement ce lundi.

15 millions de voitures

Si on prend uniquement les ventes de la société Renault (Dacia, Avtovaz et Renault) et qu’on y ajoute celles de FCA, on obtient un total de 8,7 millions de véhicules vendus.

De son côté, Renault possède 43% de Nissan, qui elle-même contrôle Mitsubishi Motors avec 34% des actions. Cette Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi est déjà le premier vendeur de voitures au monde avec 10,8 millions de véhicules écoulés dans le monde en 2018. En y ajoutant les 4,8 millions d’unités de FCA en 2018, on obtient un colosse de 15,6 millions de véhicules par an, loin devant la compétition comme le groupe Volkswagen ou Toyota.

15,6 millions
Fiat Chrylser et Renault ensemble, c’est 8,7 millions de voitures livrées en 2018, mais si on y ajoute les voitures de l’Alliance avec Nissan et Mitsubishi, on atteint les 15,6 millions de véhicules, loin devant les groupes Toyota (10,6 millions de voitures) et Volkswagen (10,8 millions).

Depuis que Carlos Ghosn a mis sur pied cette Alliance avec les marques japonaises, on ne parle quasi que synergie année après année. Les synergies se passent au niveau de la production, dans un pouvoir de négociation plus grand pour l’achat de pièces et dans le partage des coûts de développement. Ce dernier point est peut-être le plus important alors que l’industrie automobile est en pleine révolution.

Les investissements nécessaires dans la voiture autonome, connectée et électrique sont énormes. C’est d’ailleurs ce qui explique en partie que les marchés ne valorisent pas vraiment les constructeurs automobiles à la valeur de leurs bilans, vu l’incertitude qui plane sur leur futur.

En Europe, dès l’an prochain, les constructeurs devront ainsi afficher sur leur flotte de voitures neuves vendues en Europe des émissions moyennes de CO2 inférieures à 95 grammes par kilomètre. "C’est un défi énorme", car cela va les contraindre à "réduire les émissions de CO2 de 20% entre 2019 et 2020, alors qu’ils ont mis 10 ans pour les réduire de 25%", souligne Euler Hermes dans une récente étude. La pression ne se relâchera pas les années suivantes, puisqu’une réduction supplémentaire de 37,5% des émissions de CO2 s’appliquera à l’horizon 2030. En résumé, la voiture électrique est indispensable à court terme.

©Mediafin

Marchionne a vu juste

Pour pouvoir continuer de vendre des voitures, les constructeurs vont devoir lancer une multitude de nouveaux modèles hybrides (essence et électrique) et surtout 100% électriques. "Les constructeurs avaient investi 25 milliards d’euros dans l’électrification sur ces huit dernières années, ça va être dix fois plus, 250 milliards, dans les huit prochaines", estime Laurent Petizon, expert automobile pour Alix Partners.

La taille est la clé pour arriver à répondre à ces besoins d’investissements tout en restant rentable. Cette réalité avait parfaitement été prédite par le défunt patron de FCA Sergio Marchionne, qui indiquait en avril 2015 que la consolidation dans le secteur automobile était inévitable sur fond de renforcement de la réglementation contre les émissions polluantes et la concurrence mondiale. Ses tentatives de rapprochement avec General Motors n’auront finalement pas abouti. Son successeur après son décès l’été dernier, Mike Manley, avait indiqué en mars être également favorable aux alliances.

Rentable dans l’électrique

De son côté, Renault-Nissan a déjà prouvé sa faculté à être rentable dans le véhicule électrique. Les sociétés ont été pionnières dans le domaine, il y a une dizaine d’années, et elles en récoltent les fruits aujourd’hui. Fiat, de son côté, ne s’y est mise que plus récemment et est à la traîne au niveau de ses moyennes en Europe. Parallèlement, Renault a aussi réussi à se spécialiser dans des moteurs bon marché dans les pays émergents.

Ensuite, FCA c’est surtout Chrysler, du pain béni pour Renault, car les Etats-Unis font rêver le groupe français qui y est absent. Renault n’a vendu que 437.000 véhicules dans sa zone Amériques en 2018, essentiellement au Brésil et en Argentine. La zone Nafta (Canada, Etats-Unis et Mexique) représente par contre 2,63 millions de véhicules pour FCA.

Mais dire que Renault n’est pas présent aux Etats-Unis est aussi erroné, car il s’agit du deuxième marché de Nissan qui y a écoulé 1,49 million de véhicules en 2018. Le problème, c’est que les performances de Nissan sont en baisse. Chez FCA, c’est clairement les Etats-Unis qui boostent les résultats.

De son côté, FCA a également deux trois boulets aux pieds. Du côté du moins des politiques, les signaux sont au vert. Le gouvernement français, qui détient 15% de Renault et 22% des droits de votes, s’est dit plutôt favorable au deal. Le vice-président du Conseil, Matteo Salvini, a également déclaré que son gouvernement soutenait ce projet et qu’il était favorable à l’emploi.

Il faut dire que les discussions portent sur une fusion complète des deux sociétés et que l’idée est que in fine, les actionnaires de Renault et de Fiat Chrysler détiennent chacun 50% des actions de la nouvelle structure.

Le problème des usines Fiat en Italie qui tournent à capacité réduite est récurrent. Les responsables politiques italiens et l’opposition sont opposés à toute fermeture de sites et cela fait des années que les ouvriers y attendent davantage de modèles pour tourner à plein régime. Rien ne dit qu’une fusion avec Renault est une réponse à ce problème.

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