Fiat Chrysler retire son offre de fusion avec Renault

©REUTERS

Coup de théâtre. Fiat Chrysler met un terme aux discussions avec son concurrent Renault pour leur union à 30 milliards d'euros. Le constructeur italo-américain justifie son choix par "les conditions politiques en France" qui ne permettent pas "qu'une telle combinaison voie le jour avec succès."

Alors que le secteur auto attendait avec impatience la publication des bans du mariage entre Fiat Chrysler (FCA) et Renault, les dernières tractations entre les deux constructeurs ont capoté. Contre toute attente, le groupe italo-américain a procédé au retrait immédiat de son offre de fusion à 30 milliards d'euros, opération censée créer le numéro trois mondial de la voiture. 

Il est devenu clair que les conditions politiques en France ne sont actuellement pas réunies pour qu'une telle combinaison voie le jour avec succès.
Fiat Chrysler
Communiqué de presse

Un ultime conseil d'administration (et le second en deux jours) se tenait mercredi soir chez Renault après celui de la veille. Mais, après six heures de réunion, aucun consensus n'a pu émerger pour répondre favorablement aux avances de Fiat Chrysler. L'État français, premier actionnaire de la marque au losange avec 15% du capital, a demandé un report du vote qui devait sceller l'union entre les deux constructeurs. 

Pourquoi ça coince? 

D'après une source proche de la marque au losange, la majorité des administrateurs étaient favorables au projet avec Fiat, à l'exception du représentant du syndicat CGT qui s'est prononcé contre et des deux administrateurs représentant Nissan qui se sont abstenus.

Les représentants de l'Etat ont de leur côté demandé un report du vote pour laisser au gouvernement le temps d'évoquer le projet directement avec Nissan au Japon dans les prochains jours, a ajouté la source. Ils cherchaient aussi à obtenir des garanties sur l'emploi en France et le versement de dividendes aux actionnaires du groupe français.

"Un accord avait été obtenu sur 3 des 4 conditions", indique Bruno Le Maire, ministre français des Finances. "Il nous restait à obtenir le soutien explicite de Nissan."  D'où le délai demandé.

John Elkann, le patron de Fiat Chrysler. ©EPA

C'est visiblement cette temporisation qui a fâché Fiat Chrysler. Son conseil d'administration, réuni sous la présidence de John Elkann, a décidé de retirer avec effet immédiat l'offre. Autrement dit, les propositions lancées par Fiat Chrysler il y a 9 jours - et sensiblement améliorées ces dernières heures - ne sont plus d'actualité. 

Renault avait, lui, annoncé quelques minutes plus tôt, dans un communiqué distinct, l'échec de son conseil d'administration à prendre une décision et son souhait de reporter le vote.

La position soudaine et incompréhensible de Bercy se trouve au coeur de l'échec des discussions.

"Il est devenu clair que les conditions politiques en France ne sont actuellement pas réunies pour qu'une telle combinaison voie le jour avec succès", a déclaré Fiat Chrysler dans un communiqué. Le groupe, qui a aussi eu récemment des discussions avec PSA, mais qui n'ont pas abouti non plus, a ajouté qu'il poursuivrait son chemin en appliquant sa stratégie indépendante actuelle.

 "La position soudaine et incompréhensible de Bercy" se trouve au coeur de l'échec des discussions, entend-on par ailleurs dans les rangs italiens. "De nouvelles exigences du gouvernement français ont conduit à cette situation dommageable pour toutes les parties."

Quand les politiciens tentent d'intervenir dans les affaires économiques, ce n'est jamais une bonne chose. Je ne ferai pas d'autres commentaires. Si FCA a retiré son offre, c'est parce qu'il ne voyait pas d'avantages économiques ni d'autres avantages.
Luigi Di Maio
Premier ministre italien


Interrogé sur les ondes de la radio italienne, le Premier ministre italien Luigi Di Maio s'est contenté de déclarer: "Quand les politiciens tentent d'intervenir dans les affaires économiques, ce n'est jamais une bonne chose. Je ne ferai pas d'autres commentaires. Si FCA a retiré son offre, c'est parce qu'il ne voyait pas d'avantages économiques ou d'autres avantages."   

Échec pressenti

La relation particulière entre Renault et Nissan apparaissait, dès l'entame des discussions, comme un possible obstacle à la fusion entre FCA et le constructeur français.

Selon des sources proches du dossier, les dirigeants de Nissan se sentaient laissés à l'écart du projet. Le directeur général de la firme japonaise, Hiroto Saikawa, n'avait pas fait objection à une fusion Renault-FCA, mais avait prévenu que celle-ci "modifierait de manière significative la structure" du partenariat avec Renault et "nécessiterait une revue fondamentale des liens actuels" entre les deux alliés.

Jean-Dominique Senard, PDG de Renault. ©REUTERS

Il s'agit d'un nouveau coup rude pour Renault, après l'affaire Carlos Ghosn, et d'un revers pour son successeur à la présidence du constructeur français, Jean-Dominique Senard. Il s'était grandement investi dans le projet avec Fiat Chrysler et s'était rendu, la semaine dernière, au Japon afin d'en plaider les bénéfices auprès des dirigeants de Nissan et Mitsubishi.

Avant la réunion du conseil d'administration de Renault ce mercredi soir à Paris, il semblait pourtant que Senard, Elkann et les représentants de l'État français avaient résolu leurs points de désaccord relatifs.

Senard aurait demandé que Fiat Chrysler accorde un délai, mais l'Italo-Américain a rapidement rejeté la demande.

Secousses à venir sur les marchés 

Cet échec dans les discussions laissent Renault et Fiat Chrysler face au désarroi des investisseurs et à de nombreuses questions. Se pose notamment celle de savoir quels moyens pourrait-il y avoir pour supporter les importants investissements nécessaires afin de répondre aux ruptures technologiques de l'électrification et de la voiture autonome.

"FCA reste fermement convaincu de la logique évidente et transformante d'une proposition qui a été largement saluée depuis qu'elle a été soumise", a dit le constructeur italo-américain dans un communiqué.

Le jour de l'annonce du projet de fusion, les actions Renault  et FCA  avaient signé des hausses à deux chiffres. Le marché avait notamment salué une fusion qui aurait mieux armé les deux groupes pour faire face aux défis de l'industrie automobile, aux changements rapides vers l'électrification des véhicules et la voiture autonome. 

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect