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Harald Krüger, CEO de BMW: "Personne ne vend autant de véhicules électrifiés que nous en Europe"

©BELGAIMAGE

En plein Mondial de l’automobile à Paris, BMW fait un peu cavalier seul. Audi et Mercedes-Benz exposent des SUV électriques fraîchement révélés dans un salon où l’électrification est dans la bouche de tous les patrons automobiles. BMW n’a pas encore d’équivalent à proposer. C’est donc avec sa nouvelle Série 3 que le constructeur abordait le salon parisien. Brexit, normes WLTP ou guerre commerciale américaine, le patron du groupe BMW, Harald Krüger, revient lors d’une interview exclusive sur une année compliquée pour le marché automobile premium.

Ce salon est focalisé sur les voitures électriques. Chaque marque propose de nouveaux modèles. Où en êtes-vous dans ce domaine ?

Nous sommes encore les premiers en Europe. Il n’y a pas d’autre compagnie qui vend autant de véhicules électriques que nous (hybrides rechargeables y compris NDLR). Nous avons un objectif de 140.000 voitures dans le monde cette année. Nous avons la plus grande portion de véhicules hybrides rechargeables en plus de l’i3. Maintenant, nous aurons 5 nouveaux modèles d’ici 2021.

Et 25 modèles d’ici 2025. Seule une seule autre compagnie était capable de faire aussi bien que nous l’année passée dans le premium.

Vous voulez dire Tesla?

Oui, Tesla. En Californie, un tiers des Série 5 vendues sont déjà des plug-in hybrid. Nous y avons enregistré une croissance de 42% de nos ventes électriques.

CV express

Harald Krüger (52 ans) est ingénieur mécanicien.

Il rentre chez BMW en 1992. Après 5 ans dans la société munichoise, dont deux années dans l’usine américaine de Spartanburg, il prend la tête de la division Strategic Production Planning. Il entre au conseil d’administration de BMW en 2008. Il dirige les RH pendant plusieurs années, puis l’après-vente (2012) et la production (2013).

Il est nommé CEO du groupe en mai 2015.

Mais vos compétiteurs ont lancé des rivaux à la Tesla Model X comme l’Audi e-tron ou la Mercedes EQC. Vos consommateurs doivent donc se contenter de la BMW i3 ?

Nous offrirons l’iNext à nos clients. Ce ne sera pas juste une voiture électrique, mais une vision du futur avec de la conduite autonome du futur, l’intérieur du futur et les matériaux du futur. Nous sommes déjà une étape plus loin (BMW a promis l’iNext entièrement autonome pour 2021, NDLR). L’électrification n’est qu’une tendance. La conduite autonome est encore une plus grande tendance. En plus la connectivité du futur est déjà dans la nouvelle Série 3.

Pour l’électrique, je ne suis pas inquiet, car nous aurons la Mini électrique l’année prochaine. Qui peut rivaliser avec une Mini électrique? Smart n’est pas une option.

Pourquoi?

Ce n’est pas un produit premium pour nos clients. Mini est une marque forte. Ensuite, l’IX 3 arrive (une SUV électrique de 400 km d’autonomie dans le même segment que les Mercedes et les Audi, NDLR), l’iNext, et puis l’i4 qui sera dans le segment de la Model 3.

Mais elles ne sont pas encore là. Arriverez-vous trop tard?

Il faut le faire étape par étape. Pour Tesla, il y a une question. Ils publient leurs trimestriels ce mercredi. S’ils ne font pas de profits avec 50.000 Model 3, alors ils ont un gros problème.

La question n’est pas juste d’avoir le produit, mais l’efficience au niveau des coûts. Vous pouvez être pionnier, mais quand vous avez des volumes, il s’agit d’être rentable sinon c’est du suicide.

Vous devez prendre tous les nouveaux entrants dans notre secteur au sérieux. C’est la preuve que notre industrie est très intéressante et en vie et qu’on peut y gagner de l’argent.

Les phrases clés

"En Belgique, nous sommes leaders du marché depuis plusieurs années. On y a ressenti la fin des subsides sur certains hybrides."

"Le WLTP, la nouvelle norme d’homologation des véhicules, va avoir des effets sur le marché européen pendant 6 à 9 mois."

"Qui pourra rivaliser avec une Mini électrique? Smart n’est pas une option."

BMW a toujours bien performé en Belgique, mais cette année est plus compliquée. Comment l’expliquer ?

Nous étions leaders du marché depuis quelques années. Il y a eu un peu d’incertitude sur les véhicules électrifiés. La fin des aides sur certains hybrides rechargeables s’est ressentie dans nos chiffres. Le diesel a aussi eu un impact. ("BMW a fini à la première marche des immatriculations en septembre", intervient le porte-parole belge de la marque, Christophe Weerts).

Avec le WLTP, (la nouvelle norme d’homologation des véhicules) si vous regardez les chiffres de juillet et août en Europe, ils ne sont pas du tout représentatifs. Certains compétiteurs ont enregistré des hausses de 80% des immatriculations dans certains pays. C’est juste impossible. Ils ont fait des pré-immatriculations. Nous n’avons pas ces problèmes et nous sommes prêts depuis le premier septembre avec tous nos véhicules en WLTP.

Avez-vous vu les images de la compétition à l’aéroport de Berlin? (des milliers de voitures du groupe Volkswagen en attente d’homologation sur un parking NLDR). Ces nouveaux produits ne sont pas encore homologués WLTP, mais déjà produits. Il y a une grosse pression pour se débarrasser de ces voitures. Le WLTP va donc avoir des effets sur le marché européen pendant 6 à 9 mois selon moi. Il ne s’agit pas que de vieilles voitures produites avant le 1er septembre mais aussi de nouvelles qui s’entassent.

Vous venez de publier une alerte sur résultats après des mois et des mois de profits records.

Après une décennie!

Maintenant que nous sommes à des niveaux d’avant crise, pensez-vous que l’on a atteint un maximum ?

Il y a plein de changements à l’heure actuelle. Le WLTP, le Brexit, les disputes commerciales entre les Etats-Unis et la Chine et peut-être avec l’Europe. Notre X5 produite aux Etats-Unis est par exemple déjà taxée à 45% en Chine.

"Notre business model est basé sur le libre-échange. Nous payons la facture des guerres commerciales."
Harald Krüger
CEO de BMW

C’est surtout la politique le problème?

Notre business model est basé sur le libre-échange. Nous investissons en Europe, aux Etats-Unis et en Chine. Nous payons la facture de ce qui se passe.

Les investissements dans l’électrique jouent un rôle aussi?

Nous nous concentrons sur des mesures d’efficience, mais nous devons continuer d’investir dans le futur. Nous investissons plusieurs milliards d’euros dans la R&D cette année, dans la conduite autonome, la digitalisation, l’électrification, l’interface digitale client ou les nouveaux produits.

En Europe, le WLTP a eu plus d’effets que ce que nous avions anticipé. Nos concurrents détruisent le marché.

Comment se préparer pour le Brexit ?

On voit une baisse de la demande en septembre qui est traditionnellement un bon mois au Royaume-Uni.

Vous stocker des pièces au cas où?

On peut ajuster la production à Oxford et aux Pays-Bas. La fermeture annuelle des usines a été avancée en avril au lieu d’août au cas où il y aurait un hard Brexit à la fin mars. C’est 4 semaines de fermeture. Si c’est le chaos, qu’il n’y a pas de camions et de pièces qui transitent, nous avons 4 à 6 semaines pour nous adapter.

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