"Il faut augmenter les accises sur le carburant!"

©ERIC CHARNEUX _Mercedes

Il n’a pu réagir à la déclaration de guerre que le nouveau président du sp.a, John Crombez, vient de déclarer aux voitures de société.

Mark De Haes (51 ans) a été pendant neuf ans le patron de Mercedes-Benz et de Smart en Belgique et à ce titre, il intervenait volontiers dans le débat sur les voitures de société et la mobilité. Mais c’est fini: depuis peu, il dirige Mercedes-Benz et Smart au Proche et au Moyen-Orient. Notre compatriote est aujourd’hui responsable de toute la zone: du Sultanat d’Oman à la Syrie, en passant par les pays du Golfe, l’Iran et le Liban. Contrairement à la Belgique, Mercedes-Benz est de loin la principale marque allemande du Moyen-Orient, avant Audi et BMW. Mais on n’y vend pas beaucoup plus de Mercedes qu’en Belgique: avec 30.000 véhicules vendus par an, le Moyen-Orient représente le dixième marché de Daimler, alors que la Belgique occupe la douzième place, avec environ 25.000 véhicules vendus chaque année.

"Alors que les Belges achètent surtout des Classe A et B, au Moyen-Orient, nous vendons surtout des Classe S et G. La moitié des voitures de Classe S sont vendues dans leur version sportive (et chère) AMG, explique Mark De Haes. La fierté et l’enthousiasme de rouler en Mercedes sont ici énormes. Pour de nombreux importateurs, la vente de voitures Mercedes-Benz ne représente qu’une partie de leurs activités. Ils ont souvent d’autres filiales plus importantes en termes de bénéfices ou de chiffre d’affaires. Mais Mercedes-Benz est toujours la filiale dont ils sont le plus fiers."

"Les étrangers démolissent nos routes. Il suffirait d’introduire une vignette et d’investir dans notre réseau routier."
Mark De Haes
Ancien CEO de Mercedes Belgium

"C’est un marché en plein développement. Ces dernières années, nous avons connu une croissance de 10% par an, même si les ventes sont stables depuis le début de l’année. Cela s’explique surtout pour des raisons géopolitiques. La situation avec l’état islamique en Syrie, au Yémen et en Irak a laissé des traces. Les clients sont devenus plus prudents. Et ils dépendent du prix du pétrole, mais de manière inversée par rapport à nous: une baisse du prix du brut réduit leurs revenus, et le recul de l’euro par rapport au dollar ne les aide pas non plus. Car les devises locales du Moyen-Orient sont presque toutes liées au billet vert, ce qui augmente la facture, exprimée en dollars, pour l’achat d’une Mercedes."

Pourquoi avez-vous quitté la Belgique?
J’ai occupé pendant neuf ans le poste de CEO pour la Belgique, ce qui est beaucoup. Ils sont venus me chercher. On m’avait déjà fait souvent des propositions, mais je les avais refusées, pour des raisons familiales. J’aurais aimé travailler ailleurs en Europe, mais quand ils sont venus avec cette demande, je me suis dit: si je dois partir, alors autant que ce soit très loin.

Ces neuf années ont malgré tout été turbulentes.
J’ai dû réaliser trois grosses restructurations. La première a eu lieu après la scission avec Chrysler. Nous avons eu ensuite les programmes d’économies "New Management Model" et "Fit For Leadership". En neuf ans, nos coûts ont baissé de 30%, et nos ventes ont augmenté de 40%. Toutes ces restructurations se sont déroulées sans licenciements secs. J’en suis très fier. L’objectif de Daimler est de devenir le plus important constructeur de voitures de luxe en 2020. En Belgique, nous devrions y arriver plus vite.

Et entre-temps, le marché des voitures de société est en pleine (r)évolution.
Cela ne tient pas debout. Il y a tellement de voitures de société en Belgique parce que c’est le seul moyen dont les entreprises disposent pour compenser les coûts salariaux élevés. Pour accorder une augmentation de salaire de 40 euros, elles doivent débourser 140 euros. Ensuite, c’est de la fiction que les gens qui ont une voiture de société roulent davantage que ceux qui ont leur voiture. Ou dans tous les cas, la différence est minime: 12 km par mois. Je cherche désespérément une étude qui me prouve qu’ils roulent plus.

"J’ai dû réaliser trois grosses restructurations."

"Il y a tellement de voitures de société en Belgique parce que c’est le seul moyen dont disposent les entreprises pour compenser les coûts salariaux élevés."

"Il ne faut pas taxer l’achat, mais la consommation ou les émissions de gaz à effet de serre."

Qu’est-ce qui vous a le plus agacé quand vous étiez en Belgique?
La ‘taxe jalousie’. Aujourd’hui, on calcule la taxe avant tout sur le prix d’achat. C’est une ‘taxe de jalousie’. C’est ce qui m’a le plus agacé pendant ces neuf ans. Il ne faut pas taxer l’achat, mais la consommation ou les émissions de gaz à effet de serre. Les voitures de société sont désormais taxées via l’avantage de toute nature, qui est en grande partie basé sur le prix d’achat. C’est la meilleure façon de décourager les achats. Il faudrait plutôt encourager une utilisation correcte. Si vous taxez sur base du prix d’achat, vous éliminez systématiquement du marché les voitures qui polluent le moins, comme les véhicules hybrides et les voitures électriques.

Comment faire alors?
En augmentant les accises sur le carburant! Cela permet d’encourager l’achat de voitures qui consomment moins et de décourager le recours systématique à la voiture. Ensuite, je ne comprends vraiment pas pourquoi notre pays ne dispose pas depuis longtemps d’une vignette automobile. La Belgique est un pays de transit par excellence, tant pour les camions que pour les voitures individuelles. Les étrangers démolissent nos routes. Il suffirait d’introduire une vignette et d’investir dans notre réseau routier. Ces trente dernières années, on n’a construit aucune autoroute significative dans notre pays. Trouvez-vous dès lors étonnant que nous ayons autant de problèmes de trafic? C’est tout simplement absurde, car plus de voitures, cela veut automatiquement dire plus d’embouteillages.

De ce point de vue, la situation est sans doute bien différente au Moyen-Orient…
Là-bas, la voiture est l’expression du statut social de son propriétaire. Ici, les gens n’osent plus. Et oui, il y a aussi des embouteillages, mais ils sont rapidement résolus. Tout près de chez moi, à Dubaï, il y a un grand rond-point. Lorsque je suis arrivé l’an dernier pour la première fois, le trafic était à l’arrêt. Lorsque j’y suis retourné en mars, ils avaient entrepris des travaux pour élargir les voies. En avril, le problème était résolu.

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