"Je suis inquiet. Il n'y a aucune vision pour Nissan ou l'Alliance"

©AFP

À nouveau arrêté, c’est finalement dans une vidéo que ce sera exprimé Carlos Ghosn. Clamant son innocence, il n’a pas donné d’éléments neufs quant aux faits qui lui sont reprochés. Il a par contre profité de l’exercice pour se placer en victime et dénoncer un complot du management en place.

Il avait annoncé qu’il allait dire toute la vérité. C’est finalement un message assez vide sur le volet judiciaire qu’aura livré Carlos Ghosn ce mardi. L’ancien dirigeant de l’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi s’en est par contre donné à cœur joie sur les dirigeants actuels de Nissan. "Ce n’est pas une histoire de cupidité, de dictature d’un homme. C’est une histoire de complot, de conspiration, de trahison", déclare-t-il.

Pour Carlos Ghosn, toute cette affaire est en fait le fruit de la peur de "certains exécutifs" de Nissan de voir la société japonaise perdre son autonomie. "Il y avait une peur que la prochaine étape de l’Alliance vers une fusion allait mettre certaines personnes en danger et mette l’indépendance de Nissan en danger. Ceci n’a pourtant jamais été le cas lors des 19 dernières années. J’ai toujours défendu l’autonomie de Nissan. Mais cette autonomie vient avec la performance. Personne ne reçoit l’autonomie pour l’autonomie, mais parce qu’ils peuvent devenir meilleurs grâce à cette indépendance", a insisté le patron déchu.

La vidéo de Carlos Ghosn

Performance en berne

Pour lui, cette peur vient de là, d’une mauvaise performance de Nissan et d’une performance qui se dégrade. Maintenant qu’il n’est plus aux commandes, il accuse notamment le management actuel d’avoir indiqué que des problèmes étaient réglés alors que ce n’est pas le cas.

11%
Nissan a publié un profit warning en février dernier avec des résultats en baisse de 11% par rapport à ses précédentes prévisions. Le résultat opérationnel est attendu à 3,6 milliards d’euros.

Il a rappelé que depuis son départ en 2017 du poste de CEO, Nissan avait publié trois avertissements sur résultats et avait connu un scandale domestique sur les homologations des véhicules. Rien qu’en Belgique, Nissan a par exemple vu ses immatriculations baisser de 35% au premier trimestre.

Aucun nom

Sur conseil de ses avocats, Carlos Ghosn n’aura finalement cité aucun nom dans son allocation vidéo. Le passage de 30 secondes à ce sujet a simplement été sucré.

Cette vidéo arrive alors que l’ancien patron est plus isolé que jamais. Sa femme a quitté le Japon. Les autorités judiciaires locales ont pris la décision très inhabituelle de ré-arrêter Carlos Ghosn sur de nouvelles accusations d’enrichissement personnel sur le dos de Nissan pour un montant de l’ordre de 4,5 millions d’euros. Carlos Ghosn était à ce moment-là en liberté sous caution pour 30 jours.

Déjà sous le coup de trois inculpations pour déclarations inexactes de revenus sur les années 2010 à 2018, dans des documents remis par Nissan aux autorités financières, et pour abus de confiance, Ghosn est désormais sous la menace d’une quatrième mise en examen.

En France, une enquête interne de Renault a également révélé d’autres pratiques posant question au sein de la filiale commune de Renault et Nissan aux Pays-Bas, RNBV. On parle de millions détournés via un distributeur de véhicules Nissan à Oman, montants dont une partie lui serait revenue indirectement. Il aurait également acheté un yacht et investi dans une société dirigée par son fils aux États-Unis tout ceci avec des fonds de RNBV.

Demande de libération

Carlos Ghosn demande sa remise en liberté, par le biais de son avocat. "Il est clair que M. Ghosn ne peut pas détruire de preuves ni s’enfuir, c’est pour cela qu’il avait été libéré sous caution (le 6 mars), donc on ne peut pas dire que cela a changé et l’arrêter sous ce prétexte", a plaidé son avocat, Me Hironaka. Selon lui, les enquêteurs du parquet n’ont qu’un but: "faire pression sur lui de façon extrême", tenter "par des méthodes cruelles de le faire plier pour obtenir des aveux".

L'avocat japonais a donc déposé mercredi un recours devant la Cour suprême pour tenter de faire libérer son client, selon un bref communiqué du tribunal de Tokyo.

Mis à part des cris d’innocence répétés ce mardi, il y aura donc eu peu d’arguments sur le fond des poursuites à l’encontre de Carlos Ghosn. Il joue clairement la carte de la victime et du complot politique au sein du management de Nissan. Le genre de "story telling" qui vise avant tout l’opinion publique.

Il joue aussi sur la corde sensible au sein de l’Alliance rappelant son attachement à Nissan et au Japon. Carlos Ghosn a perdu son mandat d’administrateur chez Nissan lundi dernier. Il dit que les nouveaux dirigeants font courir des risques stratégiques à l’alliance. "Je suis inquiet car il n’y a aucune vision pour Nissan ou l’Alliance. Franchement, s’asseoir de manière consensuelle autour d’une table, ce n’est pas ça avoir une vision pour le futur dans une industrie aussi compétitive que la nôtre", a-t-il taclé. L’Alliance est en effet désormais gérée par un triumvirat Renault-Nissan-Mitsubishi où les décisions se prennent en effet de manière consensuelle. "Il faut montrer le futur et notre rôle dans celui-ci. Le leadership, c’est de réaliser ce à quoi nous sommes bons et non montrer sur quoi nous pouvons nous mettre d’accord!", a insisté Carlos Ghosn. Il tacle donc au passage ceux qui ont qualifié son règne de dictatorial.

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