interview

Jean-Dominique Senard: "L'alliance Renault-Nissan n'est pas morte! On le démontrera bientôt"

©PHOTOPQR/LA MONTAGNE/MAXPPP

Affaire Ghosn, rumeurs de divorce entre Renault et Nissan... Le patron de l'alliance dédramatise. Nous l'avons rencontré au Salon de l'Auto.

Dire que le groupe Renault est au centre de l’attention médiatique est un euphémisme. Carlos Ghosn, l’ancien patron de Renault n’en finit plus de défrayer la chronique depuis qu’il s’est enfuit de ses geôles japonaises.

Je n’ai jamais vu autant d’entente cordiale entre les différents dirigeants de nos trois groupes pour faire progresser l’alliance dans la bonne direction.

Dans le même temps, l’alliance que ce dernier a lui-même bâtie est remise en question, tout particulièrement du côté japonais, si l’on en croit un article du Financial Times. Le président de l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi et président du groupe Renault, Jean-Dominique Senard, justement de passage au Salon de l’Auto de Bruxelles, nous a accordé un entretien. Pour lui, "l'alliance n'est pas morte".

Cet article du Financial Times, qu’en pense-t-il donc? "J’en ressens une frustration considérable. Je suis stupéfait. Ce qui est écrit là n’a aucun lien avec la réalité actuelle de l’alliance. Je m’interroge sur l’origine de ce type d’informations. Je ne suis pas certain de la bienveillance de l’origine des celles-ci. L’alliance n’en est pas du tout là. Nous sommes en train de recréer son esprit original. Le conseil de l’alliance que je préside est de qualité exceptionnelle. Je n’ai jamais vu autant d’entente cordiale entre les différents dirigeants de nos trois groupes pour faire progresser l’alliance dans la bonne direction. On ne manquera pas, dans peu de temps, de le démontrer de manière publique", nous précise le président. Il rappelle qu’un secrétaire général de l’alliance, Hadi Zablit, a été nommé et estime que les conseils d’administration des différentes sociétés sont très favorables à l’alliance.

"Projets combinés"

Concrètement, on attend des détails sur le futur de l’alliance dans les prochaines semaines, que ce soit en termes d’investissements, de technologies ou de synergies. Jean-Dominique Senard rappelle que les choses prennent du temps dans l’industrie automobile. Mais le président estime que les bases de Renault-Nissan-Mitsubishi sont déjà là et que les premiers résultats de cette nouvelle stratégie de l’alliance, on les verra "beaucoup plus tôt, dès cette année sur la mise en œuvre des projets et la capacité de crédibilité de cette alliance".

Nous sommes obligés de prévoir des investissements considérables pour explorer les technologies de l’avenir qui se chiffreront en milliards d’euros. On ne peut pas le faire seul.

Comprenez que les entreprises vont venir avec des "projets combinés". Senard ne veut pas nous en dire plus, mais on peut penser à des plateformes communes ou des véhicules quasi communs par exemple.

"Aucun dirigeant de nos trois groupes ne doute de l’utilité fondamentale de l’alliance. On n’a pas le choix. On doit réussir. Tout ce dont on discute aujourd’hui c’est de cela. Les défis pour notre industrie sont énormes. Nous avons une révolution technologique extraordinaire. Bien heureux celui qui peut nous dire avec certitude quelles seront les technologies dominantes dans 10 ans. De toute façon, nous sommes obligés de prévoir des investissements considérables pour explorer les technologies de l’avenir qui se chiffreront en milliards d’euros. Ce n’est pas compliqué, on ne peut pas le faire seul, aucune de nos sociétés ne peut se le permettre. Le potentiel de cette alliance est donc considérable, même s’il n’est pas perçu dans son ampleur par le monde extérieur", souligne le patron.

Moment charnière

Il reconnaît que le moment est charnière pour l’alliance. Il faut dire que les actions Renault et Nissan ont été très malmenées. Renault se négociait à 40,66 euros à la bourse lundi contre 55 euros il y a un an et plus de 90 euros il y a deux ans. L’action Nissan connaît une chute similaire depuis deux ans. Il s’agira donc pour l’alliance de reconquérir les analystes et les investisseurs avec des annonces de poids dans les semaines à venir. "On a passé une année compliquée. Il y a un an, j’ai trouvé une alliance dans un état beaucoup plus mauvais que je l’imaginais. Cela ne datait pas d’il y a trois mois, mais plutôt d’il y a deux ou trois ans", insiste Senard.

On tente une question sur Carlos Ghosn en fuite au Liban. Que répond le président aux critiques acerbes de l’ancien patron sur le projet de rapprochement avorté entre Fiat Chrylser (qui convole désormais avec le groupe PSA) et l’alliance? "Je n’ai aucune envie de commenter ce commentaire. J’ai soutenu cette opération. Je considère qu’elle était très utile pour Renault et Nissan. Je suis bon joueur. Aujourd’hui, je suis totalement orienté vers l’alliance", répond-il. Pas d’autre piste de rapprochement? "Avec les sujets que nous avons sur la table, ça va bien. Cette alliance est bien solide et bien robuste. Elle est tout sauf morte!"

On est en train de franchir ce cap avec des autonomies de 395 kilomètres sur la Zoé en WLTP. Quand un client essaye, il constate qu’il peut fonctionner en autonomie parfaite.

Pas de fiscalité punitive

On en oublierait presque qu’au Salon de l’Auto de Bruxelles Renault a des arguments commerciaux et technologiques à faire valoir avec sa nouvelle Zoé et l’arrivée des plug-in hybrides. Si la Zoé de Renault est un véhicule en progression dans les ventes du groupe, l’électrique reste marginal par rapport à l’ensemble des ventes thermiques de Renault.

Senard estime que "les progressions dans l’électrique sont gigantesques. Il y avait un problème d’appétence. On est en train de franchir ce cap avec des autonomies de 395 kilomètres sur la Zoé en WLTP. Quand un client essaye, il constate qu’il peut fonctionner en autonomie parfaite", souligne-t-il. Il estime néanmoins que la fiscalité devra faire partie de l’équation si on veut accélérer le rythme vers l’électrique, tout en se disant opposé à la fiscalité "punitive" sur d’autres types de véhicules. Mais il rappelle que la voiture électrique coûtera des emplois et que c’est aussi son job de travailler à la formation et à la reconversion des équipes vers les métiers nécessaires de demain.

Nissan nie toute volonté de dissoudre l'Alliance

Nissan "n'a pas du tout l'intention de dissoudre" son alliance avec Renault et Mitsubishi Motors, a assuré ce mardi le constructeur japonais dans un communiqué, réagissant à l'article du Financial Times.

"L'alliance est à l'origine de la compétitivité de Nissan. Avec l'alliance, pour générer une croissance de long terme et rentable, Nissan va chercher à continuer à obtenir des résultats gagnants-gagnants" pour les trois sociétés, a ajouté le constructeur.

Le ministre français de l'Economie Bruno Le Maire parle, lui, d' "informations malveillantes". Il juge qu'il y avait  "beaucoup de manipulation" dans ces intentions prêtées à Nissan.

Le rétablissement de la confiance entre les deux groupes "prendra du temps", même si leurs dirigeants "sont convaincus que sans l'alliance les deux sociétés ne vont nulle part", indique-t-on en interne. 

Ces dernières spéculations sur l'avenir de l'alliance ont encore malmené les titres de Renault et Nissan: le premier a lâché 2,82% lundi à la Bourse de Paris, tandis que le second a terminé mardi sur une chute de 2,96% à 618 yens à la Bourse de Tokyo, qui était fermée lundi.

Nissan tient un conseil d'administration ce mardi en fin de journée à son siège de Yokohama.

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