interview

Jean-Philippe Imparato, CEO de Peugeot: "Chaque concession, chaque vendeur Peugeot aura un objectif CO2"

©Tim Dirven

L'Echo a rencontré le patron de Peugeot, à la veille du 98e salon de l'auto à Bruxelles.

"Le salon de Bruxelles, c’est ma piqûre de bonheur", plaisante le grand patron de Peugeot, Jean-Philippe Imparato, alors que nous nous installons dans une arrière-salle du stand Peugeot. L’homme n’a pas pour habitude d’avoir sa langue en poche. Il nous avait promis au même endroit l’année passée que Peugeot serait prête pour les 95 grammes de CO2 au niveau européen. Sa gamme sur le stand semble prouver que c’est le cas. Peugeot propose deux versions entièrement électriques de ses nouvelles 208 et 2008, deux véhicules phares de la marque au lion. "On est bien au-dessus des 10% dans les commandes avant même que les clients aient pu essayer les voitures. Globalement, je suis très surpris du niveau d’équipement moyen sur les véhicules électriques", dit le patron. Ceci est notamment rendu possible par le fait que beaucoup de clients optent pour un financement mensuel des voitures (plus de 70%). "Les gens passent de la propriété à l’usage. Quand vous payez par mois, les questions de tarifs sont moins centrales et pour 10 ou 20 euros par mois en plus, vous pouvez facilement monter d’un niveau", explique Imparato.

Tension sur les prix

"Je ne ferai pas d’économies sur le style. Cela ne coûte pas plus cher de faire beau que de faire laid."

Il veut retirer les freins des véhicules électriques un par un. On pense aux clients qui craignent de ne pas avoir assez d’autonomie pour partir en vacances. Peugeot leur propose des voitures thermiques quelques semaines par an dans leur contrat. "Cela n’a aucun sens d’avoir une voiture qui peut faire 800 kilomètres quand vous ne faites que 100 bornes par jour. En France, j’ai vu beaucoup de clients basculer vers l’électrique grâce à cette offre de véhicules pour partir en vacances", tranche le patron.

Bram Schot, le patron d’Audi, confiait récemment à des journalistes néerlandais que le prix des voitures risquait d’augmenter drastiquement à cause de la technologie embarquée. Imparato partage ce diagnostic. "Du fait de l’évolution réglementaire des marchés, les voitures vont devenir de plus en plus chères avec l’électrique, la 5G, etc. Le contenu techno est tel qu’il renchérit le prix de la voiture. Il faut que les coûts soient baissés, pour que le prix reste abordable, voire tout simplement humain." Peu de place donc selon lui pour une voiture autonome de niveau 4 dans le marché particulier. "Quel client privé voudra payer 20.000 euros pour cela? On va plutôt vers une hypersélectivité des équipements. On peut toujours mettre l’arbre de Noël dans la voiture, mais ça va coûter très cher." Les toutes petites voitures très bon marché comme la 108 sont en péril, car leur prix risque de grimper proportionnellement plus que pour leurs grandes sœurs. "Le segment A risque d’être très touché", dit le patron. Peugeot a rationalisé à outrance ses équipements, toujours dans une optique de réduction de coûts. On ne croise ainsi plus de cabriolet dans les lignes de production du constructeur.

"Quand vous payez votre voiture par mois, les questions de tarifs sont moins centrales."

Électrifier tout le réseau

Les limites européennes sur les émissions de CO2 ne posent pas de souci à Imparato. Rien qu’en Belgique, la moyenne d’environ 100 grammes que Peugeot a prévue pour notre marché devrait être atteinte assez facilement, surtout que les commandes de la nouvelle 2008 sont déjà à 13% en électrique. "On met un objectif CO2 par concession et par vendeur ou tout le moins, les garages qui font bien leur boulot devraient le faire. On ne paiera pas un euro d’amende dans le monde."

"On met un objectif de CO2 par concession. On ne paiera pas un euro d’amende."

Reste que le réseau est sous pression. Le patron en est conscient, lui qui anticipe que le véhicule électrique va diminuer les passages en atelier de 30%. "L’après-vente va changer plus que jamais dans l’histoire de l’automobile", prédit-il. Mais cela ne veut pas dire que le réseau n’a plus sa raison d’être. Les équipes seront formées à l’électromécanique. Un vrai travail devra avoir lieu pour vendre ces voitures électriques et faire comprendre au consommateur qu’ils peuvent être compétitifs si on regarde leur coût réel par mois. "Le premier qui doit changer, c’est le vendeur. Ça replace les réseaux au centre du business. Cela ne marche pas uniquement avec des ventes sur internet. Personne ne basculera sur l’électrique s’il n’y a pas un vendeur qui explique les choses au client qui va devoir passer au coût total à l’usage de son véhicule." L’autre parade face aux amendes, c’est de changer la production. "Si ton mix de production est égal à XX grammes de CO2, tu es sûr que tu es conforme d’un point de vue réglementaire. Mais on pourrait atteindre la moyenne réglementaire avec un nombre de commandes d’électriques bien plus bas qu’actuellement."

La bataille de Peugeot se passera donc au niveau des coûts et du CO2. Mais il ne faudrait pas en oublier les voitures elles-mêmes, dont le patron est très très fier. Le style des nouvelles Peugeot est en effet bien accueilli depuis plusieurs années par le marché. "Il y a un truc sur lequel je ne transige pas, c’est le style. Je suis prêt à faire des compromis sur tel ou tel équipement techno, mais le style, ça n’a pas d’impact sur le prix. Cela ne coûte pas plus cher de faire beau que de faire laid", dit le patron en montrant la photo de sa dernière née, la 208.

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