L'alliance Renault-Nissan en mode survie

La production de voitures pourrait s'arrêter à l'usine Renault de Flins (France). ©REUTERS

20.000 emplois en moins chez Nissan, des usines qui risquent de fermer en France, Mitsubishi en pertes... L'Alliance Renault-Nissan Mitsubishi joue sa survie via de profondes restructurations.

Depuis le départ rocambolesque de Carlos Ghosn, l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi a beaucoup fait parler d’elle. Allait-elle survivre? Les deux cultures allaient-elles continuer à s’entendre? L’ancien patron, aujourd’hui en cavale, était-il le seul garant de cette union sacrée? Il aura fallu beaucoup de tact et de sens commun pour apaiser les tensions. Mais alors que le volet "diplomatique" semblait enfin enterré, c’est la crise du coronavirus qui fait maintenant à nouveau trembler l’alliance sur ses bases.

"Le groupe Renault joue sa survie."
Bruno Le Maire
ministre français de l'Économie

Les résultats sont mauvais, les liquidités sous pression. Ce vendredi, Nissan a ainsi indiqué vouloir supprimer 20.000 emplois dans le monde sur 140.000. Le groupe veut diminuer ses coûts fixes de près de 3 milliards d’euros.

Nissan souffrait déjà avant la crise, avec des performances commerciales compliquées. La société souffrait aussi de son positionnement important au Royaume-Uni où le marché a été moins performant en raison d’une confiance des consommateurs plus basse que sur le continent.

Les syndicats au taquet

En France, le Canard enchaîné fait état de la fermeture de 4 usines chez Renault – Flins, Dieppe, Choisy-le-Roi et les Fonderies de Bretagne – dans le cadre d'un plan de 2 milliards d'euros d'économies. Selon une source proche du dossier, à Flins, il ne s'agirait toutefois pas d'une fermeture mais de l'arrêt de la production automobile pour consacrer le site à d’autres activités.

En Espagne, l’avenir de l’usine de Nissan à Barcelone est en péril. Ce qui a même fait réagir la FGTB qui, dans une lettre cosignée avec de nombreux syndicats européens, dit être "solidaire avec les Camarades de Barcelone". Les syndicalistes craignent la diminution des coûts, l’augmentation de la productivité, les demandes de flexibilité, les reports de congés, etc.

Un bras de fer s’annonce dans l'industrie entre patrons et syndicats. Les premiers estimant que la situation exceptionnelle exige des sacrifices. Les seconds pensant que les managers doivent aussi répondre de leurs erreurs stratégiques du passé.

Rapatrier des emplois

La politique n’est jamais loin chez Renault, alors que l'État français possède 15% du constructeur. Alors que les discussions sont toujours en cours sur le prêt de sauvetage de 5 milliards d’euros de l’État français, le ministre Bruno Le Maire, qui indique que Renault joue sa survie actuellement, demande de rapatrier un maximum de production dans l’Hexagone. L’essentiel de l’empreinte industrielle de Renault se situe en Europe. S’il s’agit de rapatrier des emplois en France, cela se fera sans doute au détriment d’un autre pays européens comme L’Espagne, le Portugal, la Slovénie ou la Roumanie.

220 millions
d'euros
Mitsubishi affiche une perte de 220 millions d’euros sur son exercice décalé et un résultat opérationnel de 109 millions d'euros alors que l'objectif était de 1,28 milliard d'euros.

Cela ne va pas mieux chez Mitsubishi

Le troisième allié, le japonais Mitsubishi Motors, est dans le rouge. Ce n’est pas un petit poucet. Mitsubishi Motors, traditionnellement soutenu par les autres entreprises Mitsubishi, écoule plus d’un million de véhicules par an. Le plus gros de son activité se situe en Asie-Pacifique.

Sur son exercice décalé, le résultat opérationnel de Mitsubishi s’est affiché à 109 millions d’euros (12,8 milliards de yens) alors que la compagnie avait fixé un objectif à 1,28 milliard d’euros. Si bien que Mitsubishi a affiché une perte nette de 220 millions d’euros, a-t-on appris mardi.

Mitsubishi doit aussi faire avec les querelles sino-américaines qui nuisent à ses affaires. La société ne se lance donc pas dans des prévisions pour l’exercice qu’elle vient de débuter et se concentre d'ores et déjà sur un plan de réduction des coûts fixes de 20%, de maximisation des retours sur investissements et de refonte de sa stratégie commerciale.

C’est peut-être un avant-goût de ce qui attend les trois constructeurs automobiles de l’alliance. Tous les regards sont désormais tournés vers le 27 mai, lorsque le président de l’alliance, Jean-Dominique Sénard doit détailler la nouvelle stratégie de celle-ci.

Il semble en tout cas que l’on se dirige vers plus d’alliance pour faire face à la crise. On parle déjà de la production de Renault sur des lignes Nissan.

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