L'automobile européenne dans le viseur de Trump, le secteur plie en Bourse

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Le président américain a ordonné une enquête sur les importations automobiles aux Etats-Unis. Le cadre est identique à celui ayant précédé l'imposition de droits de douane sur l'acier et l'aluminium. Sur les marchés, cette annonce met les trois grands groupes automobiles allemands sous pression, leurs titres cédant plus de 2% en début de séance.

Les Etats-Unis ouvrent un nouveau front dans le combat commercial que Trump mène au nom de l'"America First" pour ramener sur le sol américain des emplois délocalisés. Après le relèvement des droits de douane de 25% sur l'acier et de 10% sur l'aluminium ou encore la renégociation de l'Accord de libre-échange nord-américain (Alena) en place depuis 1994 avec le Canada et le Mexique, le président républicain s'attaque à présent au secteur automobile.

Le modus operandi est toujours le même. D'abord un 'teaser' sur son compte Twitter: une "grande nouvelle prochainement pour nos formidables ouvriers américains de l'automobile", pouvait-on y lire mercredi soir. Ensuite une communication quelque peu plus officielle: "J'ai donné instruction au secrétaire (Wilbur) Ross d'envisager de lancer une enquête 'Section 232' sur les importations d'automobiles, y compris de camions, et de pièces détachées pour déterminer leurs effets sur la sécurité nationale de l'Amérique", écrit ainsi le président Trump dans un communiqué. Aussitôt après, le département américain du Commerce a confirmé que l'enquête était ouverte.

20 à 25%
Le taux d'imposition envisagé
Donald Trump pourrait imposer des droits de douane de l'ordre de 20 ou 25% sur les voitures importées, selon un responsable de son administration et trois représentants du secteur automobile informés de ce projet. Actuellement, les Américains imposent des droits de douane de 2,5% à l'importation des automobiles.

Les actions du secteur auto sous pression

Les chiffres du secteur auto

L'an dernier, 12 millions de voitures et poids-lourds ont été fabriqués aux Etats-Unis. La même année, les Etats-Unis ont importé 8,3 millions de véhicules pour une valeur totale de 192 milliards de dollars (environ 165 milliards d'euros).

Dans le détail, 2,4 millions ont été importés du Mexique, 1,8 million du Canada, 1,7 million du Japon, 930.000 de Corée du Sud et 500.000 d'Allemagne.

Dans le même temps, les Etats-Unis ont exporté deux millions de véhicules pour une valeur totale de 57 milliards de dollars (49 milliards d'euros).

Selon plusieurs sources, le président américain a en coulisses spécifiquement critiqué les constructeurs automobiles allemands. Les Etats-Unis sont, derrière la Chine, leur deuxième marché d'exportation. En mars dernier, Trump avait même mis en garde les Européens: "Si l'UE veut augmenter encore les énormes taxes et barrières douanières imposés aux compagnies US qui y font du business, alors nous appliquerons une Taxe sur leurs Automobiles qui inondent librement les Etats-Unis", avait-il écrit sur Twitter.

"En 2017, les Etats-Unis ont importé 8,3 millions de véhicules pour une valeur totale de 192 milliards de dollars (environ 165 milliards d'euros - lire encadré ci-contre)", rappelle Invest Securities. "Parmi les constructeurs, Nissan, qui a vendu 1,59 million de véhicules l'an dernier en a importé 40% (640.000), BMW a importé 200.000 véhicules (66% des ventes)." La crainte de voir Washington taxer lourdement les voitures importées a logiquement pesé sur les valeurs du secteur.

En Europe, l'indice Stoxx de l'automobile affiche de loin la plus forte baisse sectorielle du jour. A la Bourse de Francfort, les actions BMW Daimler et Volkswagen, constructeurs qui disposent tous d'usines d'assemblage sur le territoire US, perdent plus de 2% alors que le Dax évolue légèrement dans le vert. A Paris, Renault et le groupe PSA  sont en queue de peloton.

Les titres General Motors et Ford ont à l'inverse gagné du terrain dans les échanges électroniques après la clôture à Wall Street alors que le titre coté à New York de Fiat Chrysler Automobile (FCA)  a perdu 2%.

A Tokyo, l'indice Nikkei a cédé 1,11%, Toyota a perdu 3,05%, Nissan 1,76% et Honda 3,39%.

Encore une question de sécurité nationale pour les Américains

Volkswagen est le premier constructeur à être sorti du bois pour dénoncer le protectionnisme américain après les menaces de taxes douanières. "Personne n'a bénéficié sur le long terme d'un protectionnisme unilatéral", a affirmé un porte-parole du groupe, ajoutant que "seul un commerce libre et équitable garantit la prospérité." Pour BMW, mastodonte des voitures haut-de-gamme, "l'accès sans barrières au marché est un facteur crucial non seulement pour le modèle économique du groupe, mais aussi pour la croissance et l'emploi dans l'ensemble de l'économie mondiale".

Mais avant que la moindre voiture ne soit touchée pas une hausse substantielle des droits de douane, l'administration Trump promet de passer au crible les importations de voitures, de camions et de pièces détachées sur son sol. Cette étude susceptible de déboucher sur l'imposition de droits de douane devrait prendre plusieurs semaines.

"Des éléments laissent à penser que, depuis des décennies, les importations ont affaibli notre industrie automobile."
Wilbur Ross
Secrétaire d'Etat américain au Commerce

Dans son communiqué, le président américain souligne que "les industries de base que sont l'automobile et les pièces détachées sont cruciales pour la force de notre nation". Donald Trump ajoute que cette enquête dans le cadre de la section 232 d'une loi de 1962 sur le commerce devra déterminer si les importations automobiles ont un impact sur la sécurité nationale des Etats-Unis. Le même cadre, qui autorise le mise en place de protections commerciales au nom de la "sécurité nationale" des Etats-Unis, a servi en mars dernier pour justifier l'imposition de droits de douane sur les importations d'acier et d'aluminium.

Le projet de taxation des importations automobiles risque aussi de se heurter à une forte hostilité de la part des partenaires commerciaux des Etats-Unis mais aussi des concessionnaires américains de véhicules importés. Les gouvernements japonais, chinois et sud-coréen, très exposés sur le marché US de la voiture, ont déclaré qu'ils suivaient la situation avec attention, et Pékin, qui voit de plus en plus dans les Etats-Unis un marché automobile à conquérir, a fait savoir qu'il défendrait ses propres intérêts. "La Chine s'oppose aux clauses sur la sécurité nationale, qui vont nuire fortement au commerce multilatéral et perturber l'ordre commercial international normal", a ainsi souligné Gao Feng, porte-parole du ministère chinois du Commerce.

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