"L'échec de l'alliance Renault-Nissan n'est pas une option" (Thierry Bolloré)

©REUTERS

La page Carlos Ghosn est tournée chez Renault. Le nouveau patron Thierry Bolloré rappelle que le meilleur des synergies reste à venir au sein de l’alliance avec Nissan et Mitsubishi. 80% des voitures Renault seront produites sur des plateformes partagées avec Nissan. Il faudra voir comment va évoluer le partenariat avec Daimler sans Carlos Ghosn et Dieter Zetsche.

D’abord ad interim, ensuite à temps plein, Thierry Bolloré est un capitaine d’industrie qui a navigué dans la tempête Carlos Ghosn. Aujourd’hui, alors que se joue le nième rebondissement concernant son ancien patron, le directeur général de Renault estime que la page Carlos Ghosn est déjà tournée au sein du groupe Renault. Il est d’ailleurs plutôt confiant pour Renault et son alliance avec Nissan et Mitsubishi Motors . Et pour cause, le patron explique que les équipes ont continué à bien mener la barque malgré les vents contraires de l’affaire Ghosn. "Notre nouvelle gouvernance est efficace et complète. On doit réaliser ce que l’on a promis et être sur la bonne trajectoire de notre plan à moyen terme. Il faut délivrer à la fois pour Renault et l’alliance. Le début de 2019 fonctionne comme prévu. Il y aura d’autres événements autour de ce drame et de raisons de perdre son focus, notre rôle est de nous assurer que tout le monde reste concentré", nous explique-t-il en petit comité au Salon de Genève.

Les revenus 2018 de Renault sont en hausse de 2,3% à 57,42 milliards d’euros. Renault a par contre soldé l’ère Carlos Ghosn, avec l’annonce d’une chute de 37% de son bénéfice net en 2018 à 3,3 milliards d’euros en raison d’une moindre contribution de son partenaire japonais Nissan qui avait, il est vrai, profité d’éléments exceptionnels à hauteur d’un milliard d’euros en 2017. Mais, dans un marché automobile mondial qui s’est brutalement détérioré durant les derniers mois de 2018, les investisseurs avaient préféré retenir le maintien d’une rentabilité opérationnelle solide, à 6,3% des revenus chez Renault.

"Avec Nissan, des dossiers ont été un peu mis de côté, mais on les a déjà rouverts."
Thierry Bolloré
CEO du groupe Renault

Actionnaire à hauteur de 43% de Nissan, il semble que les destins de Renault et de Nissan soient liés et ce malgré les problèmes relationnels qu’ont pu produire l’affaire Carlos Ghosn entre management japonais et français. Thierry Bolloré avoue que quand l’affaire a éclaté, une certaine prudence a été de mise. Certains ont temporisé avant d’échanger des informations confidentielles avec le partenaire japonais. Une époque déjà révolue, assure le patron.

"Les synergies se réalisent et on va aller plus loin", assure le patron. La nouvelle Clio, cinquième du nom, est basée sur une nouvelle plateforme de l’alliance. "Plus de 80% de nos modèles seront sur les plateformes de l’alliance au terme de notre plan moyen terme fin 2022", rappelle Bolloré. En gros, mis à part des véhicules spécifiques comme l’Alpine ou autres, l’essentiel des voitures de Renault partagera la même base que les Nissan. De quoi laisser dire au patron de Renault qu’une grosse part des synergies est encore à venir au sein de l’alliance.

Pour rappel, Renault-Nissan-Mitsubishi prévoit d’atteindre des synergies annuelles d’un montant supérieur à 10 milliards d’euros d’ici à la fin du plan. L’objectif 2022 est la production de neuf millions de véhicules basés sur quatre plateformes communes. Les moteurs communs représenteront 75% des ventes totales. "Les synergies sont devant nous. Ce ne sont pas les événements récents qui vont nous faire changez de cap. Quand vous investissez des centaines de millions dans telle ou telle plateforme, dans des architectures électroniques, des systèmes de conduite autonome, dans de l’électrification, vous ne changez pas de pied du jour au lendemain, car cela vous coûterait extrêmement cher", détaille le patron Thierry Bolloré.

Un esprit rationnel qui devrait donc permettre d’aller de l’avant dans l’Alliance quelles que soient les manœuvres "politiques" à l’œuvre au sein du groupe.

Et le partenariat avec Daimler?

Le départ de Carlos Ghosn soulève aussi une autre question. Chaque année à Genève, la deuxième journée presse est marquée par le "Carlos & Dieter" show. Renault a en effet un partenariat avec Daimler (Mercedes-Benz, Smart, etc.) sur de nombreux projets spécifiques. Un partenariat pour lequel on se demande s’il sera possible d’aller plus avant sans Carlos Ghosn d’une part et sans Dieter Zetsche d’autre part, car ce dernier passe le flambeau à Ola Källenius à la tête de Daimler en mai. En matière de voitures autonomes, Daimler vient par exemple de décider de travailler avec BMW et non Renault. "Le partenariat avec Renault fonctionne bien sur base d’un cas par cas. Si d’autres opportunités win-win se présentent, on est ouvert. Mais ce partenariat est non-exclusif tant pour eux que pour nous", nous dit le futur patron de Daimler, Ola Källenius.

Thierry Bolloré explique de son côté que rien n’est exclu en termes de partenariats pour le futur. Il aura en tout cas fort à faire, car d’autres décisions stratégiques de collaboration au sein de l’alliance devront également être prises prochainement. Pense-t-on néanmoins quand même à un scénario catastrophe en cas d’échec de l’alliance? "Dans toutes les situations, nous avons toujours un plan B, un plan C et même un D. Mais en ce qui concerne l’alliance, le plan A qui ne marcherait pas n’est pas une option", insiste-t-il.

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