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La Belgique peine à électrifier son parc auto

©Photo News

Avec la croissance actuelle, à peine 6% du parc belge sera électrifié d’ici 2030. L’offre va fortement évoluer, mais cela suffira-t-il pour atteindre les 2,2 millions de véhicules prévus par le Bureau du Plan? 

Alors que l’on ne parle que de ça dans l’automobile depuis des années, les motorisations alternatives ont connu un coup de frein en 2018 en Belgique. Certes la croissance est toujours au rendez-vous, mais elle s’avère loin d’être suffisante pour opérer un changement drastique du parc automobile. C’est ce qui ressort du livre blanc élaboré par Sirius Insight, société basée à Mont-Saint-Guibert. La croissance est pourtant au rendez-vous pour les voitures au gaz naturel (+56,1%) et pour les voitures électriques (+38%), mais elles représentent ensemble moins de 8.000 voitures neuves en 2018 sur 556.906 immatriculations. Dans le même temps, les voitures hybrides ont stagné en dessous des 25.000 unités en 2018, alors que le parc de voitures à motorisations alternatives ne représentait toujours que 2,57 % du parc.

Le problème actuel c’est que l’offre de véhicules alternatifs provient essentiellement des marques comme Audi, Mercedes ou Porsche que tous les publics ne savent pas s’offrir.
Carole Noon
Chargée de l'étude

"Avec les taux de croissance actuels et si rien ne changeait par ailleurs, seuls 6% du parc sera composé de voitures à carburant alternatifs d’ici 2030", explique Carole Noon, en charge de ce livre blanc. C’est très loin des prévisions du Bureau du Plan qui tablent sur un parc automobile composé de 5% de voitures électriques et de 31% de voitures hybrides, soit grosso modo 2,2 millions de voitures à motorisation alternative sur nos routes en 2030.

Problème d’offre de véhicules

"Le problème actuel c’est que l’offre de véhicules alternatifs provient essentiellement des marques comme Audi, Mercedes ou Porsche que tous les publics ne savent pas s’offrir", ajoute Noon. Selon les études de Sirius Insight, les clients actuels de véhicules hybrides ou électriques consistent "essentiellement en des ménages aisés effectuant un kilométrage moyen ou des petits rouleurs (semi)urbains au revenu proche de la moyenne nationale".

On pense que cela va aller encore plus vite que les prévisions du Bureau du Plan. 
Jean-Marc Ponteville
Porte-parole de Volkswagen

Alors que l’essentiel des constructeurs annoncent l’électrification des gammes et l’arrivée de nouveaux modèles, des voitures moins chères devraient permettre à une autre clientèle de s’offrir ce genre de véhicules, ce qui sera essentiel pour avoir un effet de levier permettant de multiplier les offres meilleures marchés. Les constructeurs automobiles sont poussés dans le dos par la législation européenne qui leur imposent des moyennes de 95 grammes de CO2 par kilomètre dès 2021, ce qui va les obliger à vendre des voitures électriques à des prix plus attractifs qu’aujourd’hui.

Chez Sirius Insight, on sait en effet que l’offre des constructeurs automobiles va fortement évoluer dans les années à venir et que cela va donc changer la donne. "Quand une marque comme Seat lancera ses hybrides et ses véhicules électriques, d’autres types de publics vont apparaître", estime Carole Noon. "Nous on pense que cela va aller encore plus vite que les prévisions du Bureau du Plan. Aujourd’hui, c’est déjà intéressant de rouler à l’électrique. Les coûts d’entretien et d’énergie sont moins grands. Si dans le futur vous produisez vous-même votre électricité, ce sera encore plus intéressant", explique Jean-Marc Ponteville, le porte-parole de Volkswagen.

Aucune autre technologie que la voiture électrique, à batterie ou à hydrogène n’existe aujourd’hui pour atteindre les accords de Paris.
Jean-Marc Ponteville
Porte-parole de Volkswagen

Il s’agira évidemment de voir à quel prix ces offres "abordables" de véhicules alternatifs se négocieront. Le consommateur n’a pas l’habitude de calculer un coût par mois de son véhicule et regarde en général plutôt le prix d’achat du véhicule en premier lieu. Dans ce jeu-là, les constructeurs automobiles n’ont pas toujours toutes les cartes en main, car les fournisseurs de cellules batteries se comptent aujourd’hui sur les doigts de deux mains et sont tous asiatiques. Le prix de ces voitures électriques dépendra donc beaucoup dans l’avenir du prix des batteries. Pour le porte-parole de VW, le prix des batteries est déjà en train de baisser. "D’ici 2030 au plus tard, les batteries vont connaître une étape importante avec l’électrolyte solide qui permettra de charger beaucoup plus vite avec une autonomie beaucoup plus grande. On parle de 1000 kilomètres pour un prix compétitif".

L'hybride stagne

En attendant, les marchés européens des véhicules alternatifs se sont montrés hyper réactifs aux incitants. La stagnation des hybrides de 2018 pouvant s’expliquer en grande partie par le fait que certains véhicules hybrides n’étaient plus favorisés fiscalement. Aux Pays-Bas, le marché s’est totalement effondré après la fin des incitants. "La vente de ces véhicules à une clientèle professionnelle est encore fort guidée par leur déductibilité", abonde Karolien Sottiaux en charge de la communication chez Sirius.

"Le succès dépendra en grande partie de facteurs non automobiles comme la fiscalité, les zones de basses émissions, une interdiction des voitures thermiques, la production de l’énergie, les points de recharge, etc. Mais une chose est sûre: aucune autre technologie que la voiture électrique, à batterie ou à hydrogène n’existe aujourd’hui pour atteindre les accords de Paris", conclut Ponteville.

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